Gotland a inspiré son dernier polar

Retour au pays 3/5Le romancier genevois Marc Voltenauer aime tant son île suédoise qu’il vient d’y passer une année. Et il s’apprête à y retourner.

Entre Arve et Rhône, Suisse et Suède, Marc Voltenauer aime les croisements.

Entre Arve et Rhône, Suisse et Suède, Marc Voltenauer aime les croisements. Image: Georges Cabrera

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Il avait su magnifier Gryon et ses légendes, en y plantant le décor de ses deux premiers polars. «Le dragon du Muveran» et «Qui a tué Heidi?» parus en 2015 et 2017, lui ont aussi permis d’acquérir une renommée fulgurante. C’est à présent Gotland, la plus grande île suédoise, que l’auteur genevois Marc Voltenauer (46 ans) met en lumière. Sur fond de Baltique, mythologie nordique et croyance païenne, il y emmène ses lecteurs dans le troisième opus de sa série noire, guidée par les enquêtes de l’inspecteur Auer. Similitudes entre ces deux endroits: nature, calme et authenticité. De façon plus personnelle, le village des Alpes vaudoises est le nouveau port d’attache de Marc Voltenauer: «Mon compagnon Benjamin est originaire de Gryon.» Quant à Gotland, c’est une part de lui-même qui s’en dégage, sa mère étant Suédoise: «J’y ai tant de souvenirs. Depuis que je suis né, je me rends chaque année dans notre maison familiale. Je peux d’autant plus en profiter que mes parents m’ont fait le plus beau des cadeaux en m’apprenant le suédois (ndlr: et l’allemand, sa langue paternelle). Je ne pourrais vraiment pas me passer de Gotland.» Pas plus que de la Suède.

Passionnée de thrillers, sa maman est originaire de Falun en Dalécarlie, au nord-ouest de Stockholm. Un lieu qui a illuminé tant de Noëls: «Je me souviens de la neige qui éclairait les longues nuits d’hiver, des lumières et des décorations aux fenêtres, des Pepparkakor (biscuits aux épices de Noël) qu’on préparait en famille, ainsi que du Glögg, ce vin chaud populaire, raconte Marc. Sans oublier la messe de minuit qu’on n’aurait ratée pour rien au monde. On y allait en «Spark», sorte de luge à patins poussée par le passager arrière.» Puis, ajoute le quadragénaire, «mes aïeux ont déménagé à Strängnäs, mon grand-père, évêque de l’Église luthérienne suédoise, ayant été nommé dans cette ville située à une heure de Stockholm. C’est là que j’ai été baptisé.»

Quatre fois plus d’insulaires en été

Une vraie source d’inspiration ce grand-père! Marc a, en effet, étudié la théologie à l’Université de Genève dans les années 1990. Puis, alors qu’il rêvait de devenir pasteur, le jeune homme démarre sa carrière professionnelle aux Unions chrétiennes de Genève, avant de bifurquer vers la Banque Cantonale de Genève, où notre star du jour a vécu de «belles années» dans les ressources humaines. Drôle de parcours… Des cycles de huit ans qu’il apprécie: «Des étapes de vie pas réfléchies mais dotées d’un vrai côté régénérateur.» Tout comme ce voyage autour du monde de douze mois, entrepris en 2011 avec son compagnon. Une aventure emplie de découvertes et de lectures d’où germera l’idée d’écrire un polar.

L’attrait pour Gotland se joue bien avant cela puisque c’est en 1963 que ses grands-parents maternels achètent une ancienne ferme, au sud de l’île, à proximité de la baie de Fide (lire ci-contre); une demeure devenue aujourd’hui celle des retrouvailles. Marc Voltenauer y retrouve chaque été ses proches, dont son meilleur ami avec qui il a appris, gamin, tous les secrets de la ferme. «Sauvage toute l’année, Gotland passe de 50 000 à 200 000 habitants en été. Vers la mi-août, les vacanciers s’en vont et l’île retrouve sa quiétude. De manière générale, en Suède, on peut très vite se retrouver au cœur d’une nature sauvage. Le vent, les éléments atmosphériques contribuent à créer une certaine atmosphère. Mais Gotland est aussi un endroit qui a été profondément marqué par son passé viking.» Un passé empreint de paganisme nordique que Marc s’est appliqué à creuser pendant son année sur place avec le concours, notamment, d’un historien et d’un archéologue du cru.

Et puis il y a la gastronomie locale. Dès qu’il touche le sol de Gotland, son cœur bat la chamade pour les Kanelbullar, ces douceurs en forme d’escargots à la cannelle et le Saffranspannkaka, galette de riz au safran et aux amandes. Le Blodpudding (sorte de boudin) et le traditionnel Lammsmäcka, à base de boulettes de viande d’agneau et servi avec des pommes de terre cuites au four, les harengs marinés et les Smörgåstårtor - sandwichs garnis de saumon, crevettes et fromage blanc parfumés d’aneth, de raifort et de jus de citron - ont aussi la côte auprès de cet amoureux de bonne chère. Sans oublier les écrevisses que les Suédois savourent à la fin de l’été pour fêter la Kräftskiva, en chantant et en buvant de l’Aquavit.

L’importance des racines

Inspiré des Stieg Larsson, Camilla Läckberg, Jo Nesbo et surtout Henning Mankell, auteurs nordiques à succès, l’écrivain aux multiples racines compte bien ne pas en rester là! Et son aisance à communiquer est un réel atout. Une attitude décomplexée assez peu suisse… «Même si mon «pays de cœur» reste la Suède, je suis très attaché à la Suisse.» Comme lui, environ 15 000 Suédois y vivent, selon une estimation de l’ambassade de Suède. L’industrie pharmaceutique et le domaine bancaire ont attiré bon nombre d’entre eux, tout comme les organisations internationales. Des jeunes viennent aussi y étudier. Quantité de Suédois sont arrivés dans les années 70, principalement en Suisse romande, mais aujourd’hui c’est à Zurich qu’ils habitent en majorité, notamment en raison du siège d’ABB, entreprise suédo-suisse. «Il existe une chambre de commerce entre les deux pays très active», rapporte encore l’ambassade.

Le football et la paroisse

La famille de Marc, elle, s’est établie à Genève: «Je suis né à Chêne-Bougeries mais j’ai grandi heureux à Versoix», précise-t-il. Un enfant bien intégré à sa commune, membre de l’équipe de football locale et de la paroisse, où le pasteur de l’époque lui a transmis l’amour du métier. Question loisirs, les Suédois aiment venir skier en Suisse, à Verbier et Engelberg en particulier. Marc se ressource pour sa part à travers les voyages, la marche, la nature, la lecture et surtout l’écriture: «Avec mon ami, nous aimons passer du temps à Gryon sur ses paisibles alpages au son des cloches des vaches. Cela me ramène à mon enfance en Suède.»

Un mot qui revient en boucle, l’appel du nord et de l’île de Gotland. Son côté rural, l’impression de vivre en huis clos… cadre idéal pour une enquête à suspense. Voltenauer y a donc envoyé son héros dans «L’aigle de sang», son dernier livre qui caracole en tête des ventes de thrillers romands. «Tout s’est enchaîné si rapidement, souligne-t-il. À l’école, le français n’a jamais été mon fort. C’est l’envie de raconter qui a pris le dessus.» L’envie de Gotland est, quant à elle, si forte que l’auteur à succès y retournera déjà à la fin du mois, «comme chaque été.» Pour participer aussi au festival de polars de Visby.


«Déjà tout môme, je nageais dans cette baie»

Un lieux sauvage où Marc aime partager avec son ami un Gin tonique au sirop de sureau, à l'heure de l'apéro. (Image: DR)

Il est tellement amoureux de son île que Marc Voltenauer n’en finit pas de nous montrer des images les plus attrayantes les unes que les autres sur son ordinateur: «Vraiment pas facile de ne choisir qu’une seule photo!» Finalement c’est «Fideviken» - baie de Fide - que l’on aperçoit depuis la maison familiale qui a eu sa préférence. «Déjà tout môme, c’est là que je nageais. C’est aussi de cet endroit que l’on part pêcher à bord de notre barque. Un lieu clé de mon existence où l’on mange beaucoup de poisson frais, mais aussi mariné et fumé.»

C’est encore le long de cette baie que le romancier apprécie les balades du soir et plus particulièrement les couchers de soleil: «En restant une année sur place, j’ai pu découvrir une multitude d’ambiances que je n’imaginais pas. Parfait pour y boire un Gin tonic au sirop de sureau!»

L’écrivain cite aussi le calme si ressourçant de cet espace reculé où ne se risquent guère les touristes: «C’est la partie la plus mince de Gotland. On est en pleine campagne, à deux pas des moutons. Un cliché assez typique de Gotland, soit un terrain plat au bord de la mer, où se forment toutefois des rochers karstiques.» L.B.

Créé: 03.07.2019, 07h02

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