Georges Abraham, cet éternel aventurier de l’intime

PortraitUn nouveau livre est dédié à cette figure de la psychothérapie. Découvrez ce jeune homme de 92 ans.

«Le plus beau des voyages est d’avancer à travers soi-même», estime ce vieux sage.

«Le plus beau des voyages est d’avancer à travers soi-même», estime ce vieux sage. Image: GEORGES CABRERA

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Il nous accueille dans le hall de son immeuble, à l’avenue Krieg. Respirant l’élégance, Georges Abraham nous invite à le devancer dans les escaliers. Sans doute pour montrer qu’il porte avec une certaine légèreté le poids de ses 92 ans… lui qui pratique encore régulièrement le karaté, le taï-chi et le qi gong.

Mais ce ne sont pas ses qualités sportives qui nous ont amenés à rencontrer ce nonagénaire souriant et volubile. Georges Abraham est avant tout un as de la psychothérapie. Et sa flamme restant vive, un nouveau livre intitulé «Aventurier de l’intime», paru chez Slatkine, lui est consacré dans la collection «Les Grands Témoins» que dirige Maryvonne Nicolet-Gognalons. Après plusieurs bibliographies d’artistes, dont celles dédiées à la sculptrice Malbine et à feu le peintre Ellis Zbinden, cette docteure en lettres et sciences humaines aime célébrer la force créative qui aide à vieillir positivement.

«La vieillesse est une conquête»

En explorant de nombreux territoires de l’intime depuis les années 60, Georges Abraham – neurologue, sexologue, psychanalyste et philosophe à la fois – a construit une œuvre riche de curiosités et de rencontres. Et celle-ci n’est de loin pas achevée: «J’ai toujours beaucoup de plaisir à travailler. Peut-être plus qu’avant. À mon âge, on apprécie, on fait durer…» souligne notre hôte en nous ouvrant sa bibliothèque. Les livres se superposent, s’entrecroisent, telles les vagues d’une mer agitée. «Je les prends au hasard», indique cet homme deux fois veuf, père de cinq enfants, multigrand-père et arrière-grand-père depuis peu: «La vieillesse est une conquête! J’ai échangé l’espoir contre la curiosité. Au fil du temps, on renonce à l’espoir pour être surpris… Vieillir en vaut la peine, même si on est moins en forme. La mort qui nous guette valorise l’instant présent.»

Doté d’un grand sens de l’humour, ce sage espiègle (en référence au dernier livre d’Alexandre Jollien) plaide pour une pensée dualiste: «On ne peut pas se contenter d’une vision. On doit se confronter à son contraire, l’angoisse à la vitalité excessive par exemple. Une de mes visées les plus captivantes consiste à transformer le trouble en succès.» La bonne santé n’intéresse guère ce fin provocateur: «Je préfère me concentrer sur toutes les formes de handicap. Il faut savoir franchir la barrière de l’imprévisibilité!» Ses explorations s’inscrivent dans une perspective dépassant les clivages disciplinaires…

Pionnier de la sexologie, Georges Abraham a ainsi parcouru les champs de la psychothérapie, de la gériatrie et actuellement de la science des rêves, grâce à une méthode originale jouant sur les oppositions, les contradictions des souvenirs et de la mémoire. Rien de surprenant pour ce fils unique d’un père juif allemand et d’une mère chrétienne italienne, qui, durant les deux dernières années de la Seconde Guerre mondiale, traqué par les nazis et les fascistes, a dû se cacher avec ses parents dans le nord de l’Italie, à la frontière de la Toscane et de la Ligurie: «Le principal, c’est que nous étions ensemble; nous vivions en pleine nature parmi des paysans et dormions à la belle étoile, même en hiver.»

Petit enfant à l’air un peu triste

«J’ai baigné dans un monde d’adultes, avec un grand risque de solitude ou d’échanger celle-ci contre une mauvaise compagnie», constate-t-il en exhibant une photo de ce petit enfant à l’air un peu triste qu’il fut: «Je n’ai jamais pu m’appeler Abraham en Italie.» «Es-tu content de ce que je t’ai fait devenir?» demande-t-il au bambin d’alors. «Cette question est restée sans réponse. Mais je suis content d’être là», lâche ce séducteur né au discours nourri d’une gestuelle aussi riche que son parcours. Après avoir étudié la philosophie puis la médecine à Gênes, en Italie, il démarre sa carrière de psychiatre à l’Hôpital de Malévoz, en Valais. Il enseignera ensuite la psychiatrie à l’Université de Genève et à celle de Turin. Qualifié de pape de la sexologie, il professera également cette science à la Faculté de Marseille.

«Aujourd’hui encore, je démarre avec le même enthousiasme chaque nouvelle aventure avec mes patients, conclut-il. Quand je vois tous ces voyageurs qui parcourent le monde, je ne peux m’empêcher de penser que le plus beau des voyages est d’avancer à travers soi-même. Il faut de la maturité pour oser marcher vers son intimité.» Et le vieux sage de nous jeter un regard intense, semblant lire en nous.

Créé: 11.04.2019, 08h19

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