«Les Genevois veulent du concret. Ils l’auront»

Politique Le Conseil d’État va vivre une rentrée intense. L’analyse de son président, Pierre Maudet.

Pierre Maudet l’admet: en tant que président du Conseil d’État, il doit se montrer patient. «C’est un travail sur soi…» LAURENT GUIRAUD

Pierre Maudet l’admet: en tant que président du Conseil d’État, il doit se montrer patient. «C’est un travail sur soi…» LAURENT GUIRAUD

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Le Canton va devoir affronter ses dossiers les plus lourds très vite. C’est l’avalanche. Que faire? Comment organiser le travail? Le point avec le président du Conseil d’État.

Pierre Maudet, les plus gros dossiers de la législature sont mûrs. Auriez-vous souhaité plus de temps?

Non, sur la plupart des dossiers, comme la Caisse de retraite des fonctionnaires, un enjeu pour assurer la pérennité de la caisse, ou comme la réforme de l’imposition des entreprises, essentielle pour l’économie genevoise, les paramètres sont connus: il faut maintenant rassembler et convaincre, mettre les partis gouvernementaux devant leurs responsabilités et décider dans l’intérêt du plus grand nombre. Lors du discours de Saint-Pierre, le Conseil d’État avait évoqué la possibilité que les partis concluent un contrat de législature: l’occasion de donner des directions claires sur les chantiers en cours, y compris dans nos rapports avec les communes. Mais la décision leur appartient et il est encore trop tôt pour dire comment le parlement va évoluer.

J’ai cependant deux certitudes: les élections ont renforcé les partis gouvernementaux et la faiblesse du taux de participation exprime le désintérêt des Genevois pour les bisbilles de partis. Ils veulent du concret: ils l’auront avec le programme de législature du Conseil d’État.

Justement, cet été, le Conseil d’État devait réaliser son budget, accoucher d’un plan financier. Ce sera fait?

Nous sommes prêts. Nous avons mis à profit la nouvelle configuration de cette législature – le Conseil d’État a prêté serment le 1er juin – pour nous octroyer durant l’été deux séminaires de trois jours au vert. Ces plages de réflexion et de discussion nous ont permis de travailler sereinement. Nous avons identifié les enjeux et fixé le cadre financier pour ces cinq prochaines années, puis transcrit cette recherche d’équilibre pour notre premier budget. L’ensemble de ces éléments sera présenté le 14 septembre.

En 2014, le Conseil d’État avait dramatisé la situation suite à des prévisions de recettes négatives. Quelle sera votre méthode?

Nous travaillons en toute transparence, dans une démarche sincère et prudente et en nous réservant le droit à l’erreur. Le produit de la croissance, bien que soutenu, ne permet pas de suivre la hausse des dépenses. Ces huit dernières années, les rendements de l’impôt ont progressé de 12% et les dépenses sociales de 37%. Nous présenterons un budget qui sera compatible avec les limites financières prévisibles sur quatre ans. Il tiendra compte de ce contexte, tout en essayant de préserver les prestations, c’est-à-dire des domaines essentiels pour les familles, nos enfants, nos aînés.

Les choix du gouvernement ont été fixés sans vote?

Quand je vois que des décisions ne sont pas acquises, on se remet à l’ouvrage et on va au fond des divergences pour dégager une solution collective.

Cette belle patience, ce n’est pas vraiment vous…

Tout le monde évolue. Être président du Conseil d’État, c’est pratiquer plus de concertation, être aussi, il est vrai, plus patient; c’est un travail sur soi… (Il sourit).

La réforme de la fiscalité va faire chuter les recettes dès 2020. Comment s’y préparer?

Ce qu’il faut comprendre, c’est que nous n’avons pas d’autre choix que de réussir cette réforme. Si elle échoue une nouvelle fois, le statu quo nous coûtera bien plus cher. Le Grand Conseil et le Conseil d’État ont une lourde responsabilité. La question de base reste posée: comment compenser la diminution de nos revenus, en dépit des recettes fiscales supplémentaires générées par la baisse du taux? Il y a plusieurs pistes possibles. Tous, nous devons travailler pour le bien du canton. C’est-à-dire qu’il faut aller au-delà des postures gauche-droite et se mettre autour de la table pour trouver une solution concertée entre partis mais aussi avec les partenaires sociaux, comme le Cartel intersyndical.

Pour l’instant, le rééquilibrage de la Caisse de pension des fonctionnaires est à charge des seuls actifs. L’État, donc le contribuable, doit-il y participer?

Nous devons tenir compte de la nécessité de maintenir l’attractivité de l’État pour recruter ou garder du personnel de qualité. Il faut donc gagner en prévisibilité pour éviter que les changements se traduisent par des départs massifs, comme cela avait été le cas il y a quelques années. Là encore, il n’y a pas de tabou: toutes les solutions sont envisageables, à l’instar de ce qui avait été négocié entre le député Christian Dandrès et l’ancien président François Longchamp sur le mécanisme du plan de retraite, du moment qu’elles ne détériorent pas les finances de l’État, ni ne mettent à mal la continuité du service public.

Vous avez repris la présidence en juin, en plus de la Sécurité et de l’Économie. Votre prédécesseur n’avait «que» la présidence. Que donne ce cumul?

Il est clair que c’est un défi. Il n’est pas simple de faire rentrer dans un agenda les exigences du protocole, le travail de cohésion au sein du Conseil d’État, la gestion des dossiers présidentiels, comme ceux des communes ou de la Région, ceux du Département de la sécurité, les dossiers économiques, et enfin ceux de la Conférence des directeurs des départements de justice et police… Cela demande une grande capacité d’organisation et de travail, mais c’est un défi passionnant, que je me sens en mesure de relever avec mes équipes, très investies.

Les suites de votre déplacement à Abu Dhabi vous poursuivent. Quel est son impact sur votre début de mandat?

J’ai surtout passé du temps cet été avec mes collègues à développer des solutions concrètes pour la collectivité tout en restant disponible pour répondre aux questions de la Commission de contrôle de gestion. Je déplore que certains, au sein d’une commission qui devrait travailler dans la confidentialité, aient fait fuiter des documents non révisés. Cela permet tous les malentendus et discrédite l’institution. Prétendre que j’efface tous mes mails est complètement erroné. Évidemment que je ne les efface pas tous! Je traite environ 200 e-mails par jour et je conserve bien entendu ceux que la loi me demande de garder.

Le soupçon est au cœur de cette affaire. Comment restaurer la confiance?

Ce n’est pas le soupçon qui est au cœur de ce feuilleton, c’est la rumeur. Que faire? J’ai conscience que ma personne est attaquée frontalement, car j’ai peut-être dû faire preuve d’arrogance dans le passé. J’ai d’ailleurs reconnu avoir commis une imprudence et je comprends qu’on ait pu la lire comme une forme de négligence de ma part. Mais c’est en confiance que je me suis mis à disposition des institutions pour répondre aux interrogations. J’ai toujours fait face à mes responsabilités, les Genevois le savent, quand ils m’interpellent, je leur réponds. Encore une fois, chacun doit rester dans son rôle. Le mien est institutionnel et me commande de continuer à travailler pour la République. Je conçois parfaitement que c’est la rentrée politique, mais, ce qui m’anime, et m’a toujours animé, c’est l’action politique pour satisfaire les attentes de la population.

Créé: 29.08.2018, 19h42

Grands chantiers

Budget: Présenté le 14 septembre, il va allouer les moyens à disposition et répartir les sacrifices.

Plan financier:
Légalement, le Conseil d’État doit accompagner le budget d’un plan financier sur cinq ans. Le précédent s’en était bien gardé.

Programme: Le texte détaillant les intentions des magistrats doit être rendu d’ici à décembre. Les députés l’avaient rejeté en 2014.

PF17, CPEG, Score: Les petits noms des principales «mines» posées sur la route de la législature.

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