Les Genevois refusent d’abolir l'impôt sur les chiens. Réactions

Scrutin du 9 févrierDeux tiers des votants refusent d'abolir la taxe. La magistrate en charge des Finances, Nathalie Fontanet, se réjouit du résultat.

Image: Olivier Vogelsang / Archives

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L'impôt sur les chiens sera maintenu à Genève: deux tiers des votants (67,26%) ont dit non à son abolition.

Malgré les prises de position de nombreuses personnalités, notamment politiques, l'argument sur un impôt «discriminatoire» n'a visiblement pas porté.

La conseillère d'État PLR Nathalie Fontanet, en charge des Finances, dit «se réjouir du résultat». Seule membre du gouvernement à n'être pas en vacances ce dimanche, elle estime que «la population a bien compris qu'il ne s'agissait pas de taxer pour taxer. Cet argent est utilisé pour le bon entretien des parcs et ce qui est mis à disposition pour les chiens dans l'espace public. Cet impôt n'a rien d'injuste, il est en lien avec le nombre de chiens présents dans le canton et les coûts que cela engendre. Le Conseil d'État sait que cette taxe ne doit pas être un frein à l'acquisition d'un animal de compagnie, dont il est bien conscient de l'importance pour certaines personnes. J'ai regretté que les communes n'aient pas été entendues par la commission du Grand Conseil.»

Le désaccord entre sa position et celle de son parti ne dérange pas la magistrate: «On apprend quand on est conseillère d'État à accepter que son parti émette des avis différents. À la suite de ce vote, la taxation 2019 sera faite en tenant compte de cet impôt, dont la perception avait été suspendue.»

Enfin, sur le projet de loi annoncé par le MCG Thierry Cerutti (lire ci-dessous): «Monsieur Cerutti est libre de déposer le projet de loi qu'il entend, j'imagine qu'il sera un peu différent. Ce vote me paraît sans appel, mais ce nouveau projet, s'il est déposé, sera examiné. C'est le rôle du Parlement.»

«Étonné de la netteté du résultat»

François Lance, député PDC opposé à l’abolition, avoue sa surprise face à l'ampleur du non: «J’étais confiant et pratiquement sûr que la suppression de l’impôt serait refusée, mais je suis assez étonné de la netteté du résultat. Cela me réconforte. Ce vote n’était pas un vote dirigé contre les chiens ou leurs propriétaires mais ces derniers ont une responsabilité à l’égard de leur animal et des autres personnes qui occupent l’espace public. Je pense aux enfants notamment. Même modeste, l’impôt sensibilise les propriétaires. Le chien est le seul animal, avec le cheval en campagne, qui occupe et salit l’espace public.»

Bertrand Reich, président du PLR genevois, était quant à lui favorable à la suprression de l'impôt: «Les Genevois ont souhaité maintenir un impôt qui leur semblait juste. Ce n’est pas un enjeu fondamental et le résultat ne laisse pas de place à l’interprétation. Nous étions favorables à l’abolition pour une raison de philosophie politique: cet impôt avait été créé pour financer les mesures à prendre en cas de rage ou d’épizootie. Ce risque ayant fortement diminué, il était logique de penser à supprimer cette taxe. Ce qui m’a gêné repose plus sur la forme que sur le fond: les communes n’ont pas été consultées. Dans un pays où la concertation est importante, on ne peut pas faire passer une loi qui touche les communes sans les consulter.»

Pour Maria Pérez (Parti du Travail), «C'est complètement injuste que cet impôt soit maintenu! Le parti avait laissé une liberté de vote, mais j'étais pour l'abolition de cette taxe. D'un côté, le PS soutient la réforme de l'imposition des entreprises et offre des cadeaux conséquents aux plus nantis . Mais de l'autre il se bat pour maintenir un impôt qui ne rapporte que 2 millions de francs et qui impacte les personnes âgées.»

«Mépris de la population»

Thierry Cerutti, député MCG, pour l’abolition, a réagi par téléphone depuis le Burkina Faso: «C’est dommage mais je ne suis pas surpris. Quand on a fait campagne, j’ai constaté la méconnaissance et le mépris de la population à l’égard des propriétaires de chiens. Les gens n’ont pas compris que cet impôt, lié à la rage, devait être provisoire et qu’il n’a plus lieu d’être. Cela ne changera rien à la propreté des rues, au contraire. Certaines personnes ne nettoient pas car elles partent du principe qu’elles paient un impôt pour cela. Je suis quand même surpris par le fait que Genève est le canton de Suisse où l’on paie le plus d’impôts, où le taux de précarité est le plus élevé et où le budget social explose. Je vais redéposer un projet de loi pour redemander la suppression de cet impôt.»

Le socialiste Romain de Sainte Marie était opposé à la suppression de l'impôt. «Je suis satisfait même si ce n'était pas un enjeu majeur. Les Genevois ont voté pour une logique de responsabilité et d'affectation de l'impôt: cette contribution se fait en échange d'une mise à disposition, par les communes, de tout ce qui permet de maintenir une bonne qualité de vie (caninettes, parc à chiens, etc). Quid des personnes les plus pauvres? Le calcul des frais d'entretien prend en compte le fait d'avoir un chien. Au sein de la classe moyenne, je sais bien que pour certains, le fait de payer 100 francs n'est pas négligeable. Et dans un monde idéal, j'aimerais que l'impôt soit le plus progressif possible, mais mêler la taxation des entreprises à celle sur les chiens n'a pas de sens.»

«Pas de discussion avec les communes»

Conseiller administratif PLR de Thônex, Pascal Uehlinger était opposé à la suppression de l'impôt, alors que son parti y était favorable: «Je suis surpris par la proportion du résultat. Pour moi, il n'était pas normal d'enlever un revenu à une commune sans qu'il n'y ait eu de discussion sur le transfert des charges.»

La participation atteint 43,1%.

Créé: 09.02.2020, 12h03

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