Le Genevois se multiplie et apprend à se serrer à l’extérieur

Genève 500'000 habitants (5/6) Les espaces publics de la ville sont devenus trop rares pour une population qui croît. Et qui a changé d’habitudes.

En quinze ans, le nombre de manifestations autorisées chaque année a doublé. LAURENT GUIRAUD

En quinze ans, le nombre de manifestations autorisées chaque année a doublé. LAURENT GUIRAUD

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Il y a les chiffres abstraits et il y a la réalité du bitume. C’est ici, au ras du trottoir, que l’on perçoit ces 500 000 habitants qui peuplent désormais le canton. Au fil des ans, les espaces publics sont devenus de plus en plus sollicités. Et ce voisinage serré change le paysage de la ville.

Le Genevois a appris à zigzaguer sur les trottoirs, à plier sa serviette en quatre au bord de l’eau, et il ne trouve plus toujours la paix dans les parcs. Mais il se déplace aussi avec son gril et sa barquette de viande, il s’entasse dans des grands rassemblements dès 6 heures du matin (aux Aubes musicales) et il passe un temps fou sur les terrasses de bistrot, jusqu’à point d’heure.

La ville de Genève vit le plus ce changement. Certes, sa population a augmenté de 15% en vingt ans et compte désormais 202 000 habitants. Mais c’est surtout son rôle de ville centre qui s’est renforcé. Elle accueille toujours la moitié des emplois du canton, et les grandes manifestations, telles que la fan zone de Plainpalais ou les Géants de Nantes, s’y installent naturellement et attirent bien au-delà des frontières.

C’est également la ville que, bien souvent, on choisit pour boire un verre sur une terrasse, à défaut d’en trouver dans les quartiers résidentiels de la périphérie. En schématisant, on peut dire qu’en vingt ans, le centre a vu son bassin d’attractivité passer d’un canton de 400 000 habitants à une région presque deux fois plus peuplée.

Manifestations multipliées

Responsable jusqu’à cet été du Service de la sécurité et des espaces publics à la Ville de Genève, Antonio Pizzoferrato a été aux premières loges pour observer cette évolution. «Quand il s’agit d’organiser un événement, les regards se tournent toujours vers le centre-ville.» En quinze ans, le nombre de manifestations autorisées chaque année a doublé, passant de 500 à 1200. Et les exigences accrues demandées aux organisateurs ne les découragent pas.

On assiste à un changement des mentalités. «Avant, les gens fuyaient la ville durant leur congé, constate Guillaume Barazzone, conseiller administratif en Ville. Désormais, ils veulent y habiter et y vivre.» De nouvelles habitudes ont été prises, en partie apportées par les expatriés. On ose désormais s’installer sur les pelouses (lire ci-dessous) et les terrasses de café sont prises d’assaut même par temps frais. Le nombre de terrasses est passé en quinze ans de 650 à plus de 1000.

Saturation

Le marché des Grottes illustre cette évolution. On y vient davantage pour trouver un lieu de convivialité que pour y faire ses courses. Son succès a dépassé toutes les attentes. Idem pour celui de Plainpalais le dimanche.

La promiscuité guette. Au bord de la saturation, la Fête de la musique a tenté de faire baisser la pression en débordant sur la Rive droite. Elle en est revenue. «Les gens sont toujours attirés vers l’hypercentre, commente Laurent Marty, coordinateur de la manifestation. Il y a une sorte d’inertie qui les fait se retrouver autour du site historique.»

Les organisateurs ont donc appris la délicate gestion des flux et répartissent subtilement les concerts dans la journée. «L’espace est encore viable, mais un jour nous atteindrons la limite.» Par chance, les communes périphériques développent désormais leur offre culturelle, ce qui tend à relâcher la pression au centre. Un festival comme Antigel, qui explore des lieux inédits en banlieue, y contribue aussi.

Il n’empêche, les espaces publics au centre deviennent insuffisants. Le quartier des Pâquis offre un arbre pour 100 habitants et 6 m2 d’espace public par habitant et par emploi. C’est chiche.

Privatisation

La Ville de Genève répond à ce phénomène de plusieurs manières. Sur les comportements d’abord. «La Ville a interdit les grils, les tentes et les structures fixes dans les parcs, relève Guillaume Barazzone. Il faut fixer des règles et éviter que l’espace public ne soit privatisé.» Des voix s’élèvent également pour interdire la musique. La Ville tente aussi de décentraliser les animations. En créant des lieux comme L’Escale, près de Baby-Plage. D’autres endroits pourraient être ainsi valorisés pour enlever la pression dans l’hypercentre. Une réflexion est également en cours sur l’aménagement de la rade. Avec un objectif. «Il faut préserver l’atout de Genève, à savoir son lac, sa nature et des espaces de repos. Les espaces publics doivent aussi être des lieux de respiration.»

La question des espaces publics se pose bien sûr au niveau cantonal. Les urbanistes des années 30 ont créé les pénétrantes de verdure, ces parcs qui relient le centre à la périphérie. «Aujourd’hui, il est difficile de mettre en place ce type de planification», regrette l’urbaniste Béatrice Manzoni. La pression pour réaliser des logements, des bureaux et des infrastructures de transport est telle que les espaces publics passent au deuxième rang. «Et avec les exigences de densité de la Confédération, il faut justifier de l’utilité de chaque mètre carré.»

Genève paie également les errements d’un urbanisme qui n’a pas réussi à créer de nouveaux quartiers vivants. La vraie urbanité se trouve, encore et toujours, au centre-ville. (TDG)

Créé: 06.08.2018, 20h02

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