Ces Genevois qui ont dû combattre le coronavirus

ÉpidémieMatthieu Jotterand et Pierre Ogay racontent comment ils ont chacun surmonté l’épreuve à domicile. Et ce qui leur en reste.

Matthieu Jotterand est en chemin pour le travail, qu’il a pu reprendre lundi.

Matthieu Jotterand est en chemin pour le travail, qu’il a pu reprendre lundi. Image: LAURENT GUIRAUD

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Ce coronavirus dont tout le monde parle, ces deux Genevois le connaissent bien. Non pour l’avoir étudié, mais pour l’avoir contracté et, heureusement, l’avoir surmonté, ou en tout cas être en passe d’y parvenir. Pierre Ogay, cafetier du quartier de Saint-Gervais, âgé de 52 ans, et Matthieu Jotterand, cheminot de 29 ans et tout fraîchement élu PS à Lancy, ont pour autre point commun d’avoir des vies sociales très actives.

C’est ce qui a motivé chacun d’eux à rendre leur maladie publique sur les réseaux. Ils ont ensuite accepté de livrer leur témoignage à la «Tribune de Genève». Leur récit donne un aperçu de ce que peut représenter le déroulement le plus courant de la maladie, avec des symptômes gérables à domicile et qui finissent tant bien que mal par être surmontés.

Pierre Ogay, ici dans son café du quartier de Saint-Gervais (image d’archive), reste en quarantaine. Photo: Olivier Vogelsang

À bout de souffle

Le microbe s’est signalé dans la vie de Pierre déjà le lundi 9 mars par des douleurs au crâne et aux orbites oculaires. Ces maux empirent le lendemain, avec en prime une grosse fatigue.

«De mardi soir à jeudi, j’ai eu de la fièvre, alors que je n’en ai jamais, poursuit le quinquagénaire. Je n’ai presque pas eu de toux, mais le vendredi j’ai commencé à avoir du mal à respirer, comme si, pris dans un étau, il me fallait des inspirations plus fréquentes et plus profondes pour obtenir assez d’oxygène. C’est très désagréable, ce d’autant qu’on ignore jusqu’à quel point cela peut empirer.»

Odorat perdu

La ligne téléphonique genevoise le dissuade de passer le test car il n’a plus de fièvre et pas eu de toux. Joint par courrier électronique, son médecin est d’un autre avis. Pierre effectue le dépistage aux HUG dimanche soir: il recevra son résultat, positif, trois soirs plus tard. Entre-temps, la bestiole a d’autres supplices dans son sac pour Pierre qui perd le goût et l’odorat le lundi, sans savoir encore qu’il s’agit d’un symptôme répertorié du coronavirus. «J’ai mangé des pâtes à la sauce soja et à la cannelle, et j’ai trouvé ça bon», prouve-t-il. En contrepartie, sa respiration commence à s’améliorer.

Aujourd’hui, grâce au ravitaillement d’un ami, Pierre garde la quarantaine pour sa troisième semaine en mode «hors-service». Fatigué, il a encore des symptômes résiduels et son odorat n’est pas revenu à 100%.

Élu en quarantaine

Matthieu, lui, a franchi l’épreuve plus rapidement. Apparus le mercredi 11 [Insécable (espace définie)] mars au soir, ses symptômes – fièvre, toux, courbatures – le clouent au lit durant les quarante-huit premières heures.

«Le Conseil fédéral n’avait pas encore promulgué ses premières mesures fortes, mais je me suis demandé dès le début si c’était le coronavirus et, sans avoir particulièrement peur, je me suis autoconfiné», raconte le jeune homme, qui savoure son élection au Conseil municipal seul avec un plateau-repas et une tisane devant la télévision.

Il va déjà mieux, mais une toux persistante et une gêne respiratoire le mènent à contacter son médecin. «Comme j’ai déjà eu un peu d’asthme, elle a jugé préférable que je me teste.»

Test qui s’avère «gagnant» (c’est de l’ironie) au cours de la semaine suivante, en plein confinement, pour lequel il bénéficie de l’aide de voisins pour les courses. «Je ne suis pas sorti du tout, de peur de contaminer quelqu’un dans l’ascenseur, raconte-t-il. J’ai trouvé le temps long. J’ai beaucoup lu, parlé au téléphone ou par Skype, fait du rangement.»

Débarrassé de tout symptôme depuis quarante-huit heures, il a repris le travail lundi. «J’ai reçu beaucoup de soutien, mais j’ai senti un certain malaise, de la crainte chez quelques collègues, bien que selon mon médecin, je ne sois plus contagieux.»

Dans cette période qu’il pourra désormais traverser en étant sans doute immunisé, Matthieu veut aussi voir du positif: «Cette ville, vide, a quelque chose de saisissant, mais le silence a du bon.» En pensée avec ceux qui ont davantage souffert que lui du virus, il s’attend à ce que la crise en cours pose «énormément de questions sanitaires, économiques, sociales», à ce qu’elle «nous ouvre les yeux», nous renvoyant à notre condition: «Nous, humains, ne sommes pas invincibles.»

Retour à l’essentiel

Pierre, lui, a davantage senti le souffle du boulet. «La Mort a fait son retour par la grande porte, analyse-t-il. Cela mène à relativiser l’importance qu’on se donne. On peut s’en aller et ça ne changera rien. Quant à l’humanité, est-elle encore utile à la Terre?» Quand on lui demande s’il a eu peur, Pierre répond, après un bref silence: «J’ai écrit mon testament.» Tout de même…

La maladie le laisse avec des questionnements sur son avenir économique personnel, lié à celui de son café qu’il a bouclé avant même d’y être forcé, et il pense ne pas être le seul dans ce cas. «Le Conseil fédéral aurait dû saisir l’occasion pour instituer un revenu de base inconditionnel», estime celui qui pense avoir été renvoyé à l’essentiel: «Tout ce qui importe, c’est avoir de quoi manger, un toit, une bonne santé et des amis.»

Créé: 25.03.2020, 20h22

Des cas graves chez les jeunes

Guérisons Quand on questionne les autorités sanitaires genevoises sur le nombre de guérisons, elles rechignent à fournir un chiffre. La prudence explique cette réticence. Si on comptait mercredi 258 personnes hospitalisées à Genève en raison du coronavirus, on cumulait aussi 122 patients qui ont pu quitter l’hôpital. Guéris? «Pas forcément», précisait mardi la future médecin cantonale Aglaé Tardin. Ne nécessitant plus de soins aigus, ces patients libèrent des lits, mais n’ont pas toujours totalement recouvré la santé. Au Département de la santé, on note aussi qu’il faudra du recul pour savoir quelles éventuelles séquelles demeurent. Quant aux comorbidités qui ont contribué aux hospitalisations, elles demeurent.

Bilan Pour 1604 cas positifs confirmés mercredi (soit 6 nouveaux depuis la veille), on comptait à Genève 258 patients hospitalisés, dont 50 en soins intensifs, parmi lesquels 48 sont intubés. Sur ces patients aigus, la moitié a moins de 65 ans. On déplore trois nouveaux décès pour un total de 15, s’ajoutant à cinq autres trépas avec suspicion d’infection. Les octogénaires ou plus constituent 8% des cas positifs et 70% des décès.

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