Genève donne un coup de frein à la construction

Votations du 9 févrierLes Genevois refusent d’urbaniser Cointrin à 55%. Un coup de semonce contre la politique actuelle.

Les électeurs ont refusé l'urbanisation de deux zones villas à Cointrin.

Les électeurs ont refusé l'urbanisation de deux zones villas à Cointrin. Image: DR

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Les Genevois ont donné un sérieux coup de frein à la construction. Ils ont refusé ce dimanche à une nette majorité de 55,7 et 55,3% le déclassement de deux zones villas à Cointrin pour y construire des immeubles. Cette urbanisation offrait un potentiel de 2300 logements à moyen terme, les électeurs n’en ont pas voulu. Ce rejet aura des conséquences sur la politique suivie par les autorités.

Le résultat est sans appel. Toutes les communes (sauf Avusy pour l’un des deux objets) ont refusé les déclassements, parfois très sèchement. Dix-huit d’entre elles ont dit non à plus de 60%. Les plus rétives sont le Grand-Saconnex (72%), Pregny-Chambésy (66%) et Bellevue (65%), toutes proches du lieu concerné. Mais le rejet est aussi fort à l’autre bout du canton. Vandœuvres s’est opposé à 65%, Corsier à 62%.

Quartiers populaires

La Ville de Genève est plus nuancée avec 51% de non. Huit secteurs ont même accepté les déclassements. Il s’agit des quartiers populaires, là où la pénurie s’exerce le plus. Mail-Jonction ou Saint-Gervais ont dit oui à plus de 55%.

Les référendaires se sentent pousser des ailes. Car ce vote intervient trois mois après le rejet de deux autres déclassements, l’un au Petit-Saconnex, l’autre à Pré-du-Stand.

«Il y a une prise de conscience des Genevois pour défendre un développement intelligent, analyse Jean Hertzschuch, de l’association Sauvegarde Genève. L’environnement, la biodiversité et le climat ont gagné.»

Les référendaires contestaient l’idée d’urbaniser une zone trop proche des nuisances de l’aéroport. «Des projets pour des milliers de logements sont prévus dans un secteur bien trop pollué, ce n’est pas raisonnable», estime Patrick Canellini, président du comité référendaire.

Abattages d’arbres

Pour les opposants, l’État devrait encourager la transformation des bureaux vides. «Il ne fait rien non plus pour favoriser les échanges d’appartements ou pour contrôler les abus dans les locations Airbnb, déplore Jean Hertzschuch. Nous ne sommes pas contre la construction de logements, mais elle doit se faire dans le respect de l’environnement, sans tous ces abattages d’arbres.»

Dans le camp adverse, le coup est rude. «Le PDC a soutenu le projet car nos jeunes disent qu’ils veulent faire leur vie à Genève, pas en France voisine», relate le vice-président Patrick Schmied.

«Les Genevois ont choisi de renforcer la crise du logement, déplore Antonio Hodgers, président du Conseil d’État. Les loyers vont repartir à la hausse et la part des frontaliers va augmenter.» Il relève une ambiguïté dans les résultats. «Les électeurs ont accepté l’initiative de l’Asloca pour des logements abordables, mais ne veulent pas les construire.»

«Ce vote souligne que l’État a un problème de méthode, analyse Bertrand Reich, président du PLR. Il faut mieux écouter les gens, intensifier la concertation.»

Davantage de qualité

Dans un communiqué, le Conseil d’État estime que «ce résultat ne met pas un frein à la construction de nouveaux quartiers mais invite les autorités à redoubler d’efforts en matière de qualité urbaine». Antonio Hodgers annonce toutefois que des déclassements prévus «vont être suspendus».

Le conseiller d’État rappelle que des assises sur le développement sont prévues d’ici à cet été. Il dit aussi vouloir réunir les acteurs du logement. Une démarche attendue par la chambre immobilière. «Seule la concertation peut débloquer la question du logement, estime son secrétaire général, Christophe Aumeunier. Il faut introduire davantage de liberté pour améliorer la qualité urbanistique.»

«Il ne faut pas baisser les bras, on peut relever le défi de la qualité, assure la députée socialiste Nicole Valiquer. Et ceux qui sont logés doivent penser à ceux qui sont mal logés.»

Quant à la zone villas de Cointrin, elle n’est pas sauvegardée pour autant. À défaut d’y construire des immeubles, on pourra y ériger des grandes villas contiguës. C’est ce que confirme un promoteur rencontré dimanche. Son projet est prêt à sortir des cartons.

Créé: 09.02.2020, 17h37

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