Pourquoi Genève vote à nouveau sur le ticket de bus

Votations du 21 mai Trois ans après un scrutin semblable, les citoyens doivent jauger les tarifs des transports publics.

Cette nouvelle votation sur les tarifs des transports publics à Genève est la troisième en quatre ans.

Cette nouvelle votation sur les tarifs des transports publics à Genève est la troisième en quatre ans. Image: Lucien Fortunati

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Cela devient une sorte de sport national. Les Genevois doivent à nouveau se pencher, le 21 mai, sur les tarifs de leurs transports publics, sur lesquels ils se sont déjà prononcés en 2013 et 2014. Vont-ils cette fois accepter une hausse après s’être offert une baisse? Cette nouvelle votation est donc la troisième en quatre ans. Voire la quatrième en neuf ans, si on inclut le scrutin de 2008 où deux tiers des votants ont rejeté l’idée d’une gratuité des transports publics.

La genèse du nouveau scrutin remonte, elle, à 2010. Alors qu’une hausse des tarifs est envisagée pour la fin de l’année, l’Avivo – une association de défense des retraités – lance une initiative pour la contrer. Son texte vise à inscrire une grille tarifaire dans la loi (c’est, à peu de chose près, les prix qui sont en force actuellement). Le fait d’ôter la prérogative tarifaire au Conseil d’Etat rend toute modification sujette à un débat parlementaire et à une possible contestation du résultat par référendum.

Une votation annulée

Le projet de hausse tarifaire est reporté d’un an et entre en force le 12 décembre 2011, huit ans après la dernière adaptation, pour coïncider avec l’inauguration du tram de Bernex et la nouvelle conception du réseau, dont la mise en place provoque initialement un véritable chaos. Le prix du ticket standard à plein tarif passe ainsi de 3 francs à 3 fr. 50, tandis que l’abonnement mensuel adulte stagne à 70 francs, un prix qu’il a atteint déjà en 1996.

Entre-temps, l’initiative de l’Avivo a abouti. En 2012, le Grand Conseil la désapprouve à l’unanimité (à l’exception des abstentions socialistes). L’opportunité d’un contre-projet est rejetée par une écrasante majorité. Mais le peuple ne l’entend pas de cette oreille. Le 3 mars 2013, il accepte l’initiative, à 55,8%. Or le scrutin est visé par des recours et la justice l’invalide. Motif: la brochure officielle incluait une version erronée du texte de l’initiative.

Le 18 mai 2014, le peuple approuve à nouveau l’initiative, à 53,8%. Le texte contenant des aberrations, comme un billet journalier valable soixante minutes, le Grand Conseil doit adopter un correctif. Le billet standard redescend à 3 francs, l’abonnement mensuel reste à 70 francs, mais il sera largement déserté en raison d’un abonnement annuel dont le prix a été abaissé de 700 à 500 francs.

Avant l’entrée en force des tarifs abaissés en décembre, les TPG sont paralysés par une grève, le 19 novembre. Le personnel craint que la réduction des recettes ne provoque des licenciements. Un accord avec la direction scelle le maintien des effectifs.

Mais tout ne va pas pour le mieux dans la régie. Les TPG doivent supporter l’ensemble du manque à gagner découlant des tarifs abaissés, préservant ainsi les autres opérateurs de la communauté tarifaire Unireso (CFF, Mouettes genevoises). C’est le prix à payer pour la sauvegarder.

La majorité de droite du Grand Conseil ayant rejeté les propositions de gauche de compenser les recettes amaigries par une hausse des subventions, l’offre de transports publics subit des coups de rabot en 2015 et 2016. On raccourcit des lignes de bus, on réduit la durée des heures de pointe où les cadences sont plus soutenues, on enlève des convois durant les heures dites creuses, notamment sur les lignes de tram. Les prestations reculent de 4% en deux ans. Les tarifs adoucis ne séduisent guère de nouveaux usagers, contrairement à ce que les partisans de l’initiative espéraient.

Hausse nationale

L’an dernier, on apprend qu’une hausse nationale de 3% sera imposée. L’Exécutif genevois décide de la répercuter sur les tarifs locaux, tout en les relevant encore un peu. Le ticket standard remonterait à 3 fr. 20, moins que le niveau connu de 2012 à 2014. L’abonnement mensuel grimperait à 75 francs, le sésame annuel à 550 francs. Le tout doit rapporter 8 millions supplémentaires.

Au parlement, la hausse trouve une majorité grâce à un compromis entre les Verts et la droite, celle-ci acceptant d’accroître la subvention. Une minorité (MCG, PS, Ensemble à Gauche) aurait voulu préserver les seniors et les jeunes. Le référendum que ces opposants ont fait aboutir déclenche la votation du 21 mai.

Que le peuple accepte ou non l’ajustement tarifaire, le débat se poursuivra. Une nouvelle refonte devrait accompagner l’avènement du RER Léman Express lors de la mise en service du tronçon CEVA en 2019. La Confédération, impliquée dans les transports locaux au travers de ses subsides et des CFF, devrait peser dans cette discussion.

Créé: 27.04.2017, 19h55

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Un débat contradictoire mardi prochain

«Faut-il adapter les tarifs pour réduire le manque à gagner?» Cette question, au cœur de la votation du 21 mai, est l’intitulé d’un débat contradictoire qui aura lieu mardi 2 mai à 18 h 30 à Uni Dufour (auditoire U300). Tenants et opposants de la réforme en découdront sous la houlette de Pierre Ruetschi, rédacteur en chef de la Tribune de Genève. Les référendaires seront représentés par Caroline Marti (députée PS), Pierre Vanek (député d’Ensemble à Gauche), Christian Decorvet (vice-président du MCG) et Jamal Al-Amine (secrétaire d’Unia). Le ministre des Transports, Luc Barthassat (PDC), défendra la réforme avec l’aide de trois députés: Murat Julian Alder (PLR), Bernhard Riedweg (UDC) et Mathias Buschbeck (Verts).

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