Genève veut sauver davantage de victimes d'arrêt cardiaque

Premiers secoursL’État veut optimiser l’usage des défibrillateurs pour mieux lutter contre les accidents cardiorespiratoires. Cela passe par une meilleure connaissance de ces appareils.

Les défibrillateurs (ici celui d'Uni Mail) sont encore trop souvent installés à l'intérieur des bâtiments, donc inaccessibles à certaines heures au grand public.

Les défibrillateurs (ici celui d'Uni Mail) sont encore trop souvent installés à l'intérieur des bâtiments, donc inaccessibles à certaines heures au grand public. Image: LUCIEN FORTUNATI

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L’arrêt cardiaque, ou cardiorespiratoire, un fléau qui guette n’importe lequel d’entre nous et cause plus de 5000 décès par an en Suisse, hors milieu hospitalier. Pour avoir une chance de s’en sortir, c’est la rapidité d’intervention qui compte. Les spécialistes s’accordent à dire que chaque minute qui passe diminue d’environ 10% les chances de survie!


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Si Genève s’en sort plutôt bien par rapport à la moyenne suisse (une moyenne de 15 à 17% de vies sauvées sur 250 personnes réanimées, contre environ 10%), il veut faire mieux. Un vaste dispositif, appelé Save a Life, se met actuellement en place. Il devrait se déployer avant cet été.

Améliorer l’accès aux défibrillateurs

L’usage rapide d’un défibrillateur figure parmi les premières mesures d’aide à la survie, en complément du massage cardiaque manuel, indispensable. «Cet appareil permet de traiter la cause la plus fréquente de l’arrêt cardiorespiratoire», rappelle le Dr Robert Larribau, médecin responsable de la centrale d’appel 144. On l’utilise quand le cœur ne se contracte plus normalement – victime de spasmes, on dit qu’il fibrille. L’appareil produit alors une décharge électrique susceptible de ramener le cœur à battre régulièrement.

Depuis quelques années, ces défibrillateurs externes automatiques (DEA, ou AED en anglais) ont fleuri dans les lieux publics, les bâtiments communaux et les entreprises. Il y en aurait des centaines, voire des milliers à Genève. De quoi améliorer le système de secours? Pas totalement. «En effet, pour le moment, une minorité de ces appareils ont été annoncés à la centrale 144, ce qui rend difficile l’accès aux défibrillateurs en cas d’urgence», relève Sébastien Martin-Achard, directeur de l’association Swiss Emergency Responders, soutenue financièrement par des mécènes et l’État pour mettre sur pied le projet Save a Life avec l’aide des HUG et de la centrale 144.

«Du coup, enchaîne cet ancien ambulancier, personne ne sait vraiment où se trouvent les DEA. Or, pour être utiles, ces appareils doivent être accessibles au public dans les toutes premières minutes qui suivent un arrêt cardiorespiratoire.» Pour l’heure, l’utilisation d’un défibrillateur est plutôt rare – une quinzaine par an à Genève, selon Sébastien Martin-Achard – mais il est possible d’améliorer cette situation.

Save a Life, dont l’objectif est d’atteindre un taux de survie post-crise cardiaque d’environ 50% à l’horizon 2024, recense actuellement les DEA existants à Genève. Dans le but de les géolocaliser, mais aussi de conseiller leur installation dans les lieux dits à risque. «Notamment les centres sportifs, les lieux de rassemblement et ceux où l’on peut trouver une concentration de personnes de plus de 50 ans», précise Sébastien Martin-Achard. Qui salue au passage la résolution votée au début du mois à Meyrin: «Certaines communes sont en avance dans ce domaine, et nous en accompagnons d’autres pour les rejoindre.»

Les «premiers répondants»

La géolocalisation des DEA une fois effectuée, ces données seront intégrées dans une application pour mobile. C’est là qu’intervient le second volet du projet Save a Life. Ce type d’application, qui a fait ses preuves au Tessin (canton pionnier en matière d’intervention de premiers secours), met en relation la centrale 144, le réseau de défibrillateurs géolocalisé et le «premier répondant» (en anglais: First Responder). C’est-à-dire une personne se trouvant proche de la victime et qui, alertée via l’application par le 144, intervient en premier.

«Nous sommes actuellement en train de former ces «premiers répondants» et de les mettre en réseau, indique Sébastien Martin-Achard. Le plus souvent, il s’agit de personnes connaissant les bases des premiers secours (policiers, pompiers volontaires, samaritains, voire employés municipaux, etc.) et pouvant être clairement identifiées par le public, car elles peuvent être appelées à intervenir chez les victimes, ce qui n’est pas simple.» Selon les études, en effet, environ 65% des arrêts cardiaques surviennent à domicile.

N’importe qui peut agir

Le réseau qui se met en place permettra sans nul doute d’améliorer les chances de survie des personnes frappées par une crise cardiaque. Mais «premiers répondants» ou pas, on peut déjà faire beaucoup mieux, estime le Dr Jacques-André Romand, médecin cantonal. «Beaucoup de gens ont appris les gestes de premiers secours, mais confrontés à une personne victime d’un arrêt cardiorespiratoire, ils n’osent rien faire sur place. Or, n’importe qui peut agir en commençant immédiatement un massage cardiaque manuel. Si on ne fait pas tout juste, si on casse une côte à la victime, ce n’est pas grave!»

Il s’agit aussi de changer les mentalités, poursuit-il, notamment par le biais d’une vaste campagne de promotion de la santé sur les douleurs dans la poitrine: «C’est fondamental, parce qu’on s’est rendu compte que la plupart des 250 personnes réanimées annuellement avaient eu des signaux préalables, telles des douleurs dans la poitrine, mais n’en ont pas tenu compte. Or, cela aurait pu améliorer notablement leur prise en charge.»

Changer la culture de l'entraide

Faire évoluer les mentalités, c’est aussi le credo de Sébastien Martin-Achard: «Il faut changer la culture de l’entraide, en sensibilisant le plus de personnes possible, et ce dès le plus jeune âge. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) préconise des cours chaque année durant deux heures, dès l’âge de 12 ans, ou plus tôt.»

Des enfants qui pourraient parfaitement faire usage d’un défibrillateur (là encore, des études l’ont démontré), car le maniement de ces appareils est simple

Créé: 25.02.2019, 16h55

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Les bons réflexes

Chacun peut intervenir face à une victime d’un arrêt cardiorespiratoire. Voici les règles de base.

1. Appeler immédiatement la centrale d’alarme 144 et se conformer à ses indications.

2. Commencer sans attendre le massage cardiaque manuel, même si la victime semble encore respirer. Le massage doit être vigoureux et ne pas être interrompu jusqu’à l’arrivée des secours, car il remplace les battements du cœur, rappelle le Dr Robert Larribau.

3. Utiliser un défibrillateur rapidement (ou demander à quelqu’un d’aller en chercher un) s’il y en a un à proximité.
X.L.

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