Genève sonde le cerveau des psychopathes

PsychiatrieUne étude analysera les connexions cérébrales des personnes qui ne ressentent pas d’empathie.

Le psychiatre Panteleimon Giannakopoulos, chercheur et directeur médical de Curabilis.

Le psychiatre Panteleimon Giannakopoulos, chercheur et directeur médical de Curabilis. Image: LAURENT GUIRAUD

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Que se passe-t-il dans la tête des psychopathes? Ces personnes, dont le comportement se caractérise notamment par une absence de peur, une indifférence aux règles sociales et un manque d’empathie envers autrui, ont-elles un cerveau différent? C’est la question que pose le professeur de psychiatrie Panteleimon Giannakopoulos et à laquelle il tentera de répondre avec des chercheurs en neurosciences de l’Université de Genève.

«Le Fonds national de la recherche vient de nous allouer une somme importante (un demi-million de francs) pour étudier un domaine encore peu exploré en Suisse», explique le psychiatre. Pendant trois ans, le cerveau de 110 personnes considérées comme psychopathes sera examiné et comparé à celui de 110 individus du même âge*.

Sans affect

Qui sont ces «psychopathes»? Panteleimon Giannakopoulos précise que ce groupe sera composé d’hommes et de femmes présentant des problèmes sociaux, ayant commis des délits et qui sont soumis à une obligation pénale de soins ambulatoires à Genève. En bref, ces personnes peuvent très bien comprendre le comportement d’autrui et ses motivations, mais restent insensibles à la vue de quelqu’un qui souffre ou à la perspective d’une punition. «L’intellect fonctionne, mais pas l’affect», résume le spécialiste.

L’étude cherchera à savoir pourquoi. Par une série de tests couplés à une étude par IRM fonctionnelle et encéphalogramme, les chercheurs analyseront l’activité du cerveau lorsque la personne est amenée à se mettre dans la peau d’un autre. Par exemple, l’un des tests montrera une personne faisant face à un mur orné de deux ronds. Dans le dos de cette personne se trouve un autre mur, avec un, deux ou trois ronds. L’analysé devra dire ce que la personne voit et à d’autres moments ce que lui-même voit. «Une personne normale hésitera. Pas un psychopathe, qui ne voit que son point de vue, et ne se laisse pas du tout influencer par la perspective de l’autre», relève Panteleimon Giannakopoulos.

Irresponsabilité?

À l’aide de l’imagerie et l’électro-encéphalogramme, il s’agira d’analyser ce qui se passe dans le cerveau lorsque cette imperméabilité à autrui se manifeste. «Que se passe-t-il quand les personnes psychopathes doivent adopter la position d’autrui? Leurs circuits cérébraux ont-ils une structure ou un fonctionnement différents?»

En filigrane, cette recherche pose donc la question de la responsabilité. «Jusqu’à présent, aucune étude n’a mis en évidence des altérations constantes de la structure cérébrale des psychopathes. Si on en trouvait, on pourrait conclure à une invalidité affective d’origine biologique», admet le professeur. Lui-même a son hypothèse: «Je pense que nous trouverons des anomalies. La question sera de savoir si elles sont fréquentes et surtout si elles perdurent dans le temps.»

Le psychiatre précise que le tableau n’est pas noir ou blanc. Les traits antisociaux peuvent être plus ou moins marqués chez les individus. «Il existe des personnes qui présentent un haut niveau de psychopathie sans avoir commis d’actes graves et pénalement répréhensibles. Avec un QI élevé, certains vont même très loin dans la vie...»

Enfin, si l’étude établit une différence dans la structure et le fonctionnement cérébraux des personnes psychopathes, dira-t-elle également si ces altérations relèvent de l’inné ou de l’acquis? «C’est une question importante. Il faudrait pour y répondre suivre ces personnes dans le temps. Cela pose évidemment la question d’un traitement. Si on identifie les circuits vulnérables, cela ouvre la possibilité d’agir. Mais commençons d’abord par l’observation.»

* Renseignements au 022 305 57 75 (recrutement de volontaires)

Créé: 18.11.2019, 07h09

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