Entre Genève et Soleure: l’agent français

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Entre Genève et Soleure, il y a la France comme puissance, comme protectrice, comme médiatrice, attentive à préserver un espace pacifié entre elle et l’Empire romain germanique. Son ambassadeur se fixe à Soleure dès 1530. La ville est restée catholique malgré sa proximité avec Berne et le succès populaire des prédicateurs réformés. Elle est bien située pour être le centre du jeu diplomatique entre le roi et les Confédérés, liés par la «paix perpétuelle» de 1516 et l’alliance de 1521. L’ambassadeur de France, le «bassidor» comme disent les Soleurois, devient le personnage important de la ville, pourvoyeur d’emplois, organisateur de fêtes, dispensateur de largesses, prince influent auprès de tous les cantons, quelle que soit leur religion: peu importe leur Dieu, pourvu qu’ils soient unis, le plus unis possible. C’est la tâche de l’ambassadeur de maximaliser la cohérence de l’ensemble helvétique.

Genève, devenu protestante en 1536, est alors dans une proximité périlleuse avec la Savoie, qui ambitionne de s’en emparer. La cité de Calvin n’a de traité de combourgeoisie qu’avec Berne, protection qu’elle souhaite renforcer en demandant formellement en 1571 à être admise dans l’alliance confédérale. La France appuie de tout son poids cette revendication. Les cinq cantons catholiques de Suisse centrale, Uri, Schwyz, Unterwald, Lucerne et Zoug, s’y opposent farouchement. Ils envoient des délégations à Soleure et Fribourg, plutôt favorables, pour les dissuader d’accueillir l’hérétique Genève, «peuple infâme et sans Dieu». Le massacre des huguenots français, à la Saint-Barthélémy, en 1572, met fin aux pourparlers: les Genevois ne peuvent plus espérer s’entendre avec les catholiques, et d’autant moins que des catholiques suisses ont participé aux crimes de Paris.

De leur côté, les cantons catholiques s’activent avec la Savoie, à laquelle ils promettent leur aide si elle prend Genève, ou Vaud, ou les deux. Une alliance est même jurée à Turin en 1578, après qu’une pluie de cadeaux et magnificences savoyardes soit tombée sur les landsgemeinde de Suisse centrale.

Soleure n’est pas de cette partie. Peut-être parce qu’une opinion protestante y subsiste, ou parce le «bassidor» se montre convaincant. Celui-ci s’inquiète en effet de l’alliance de Turin: elle est une menace de guerre sur l’espace helvétique. Berne, pour sa part, la juge déloyale puisque les cantons catholiques renoncent à la reconnaissance de ses nouvelles possessions vaudoises.

Après la tentative de Jacques de Savoie de mettre la main sur Genève, en 1578, l’alarme est au plus haut. Soleure se joint alors à Berne et à la France de Henri III pour signer, le 8 mai 1579, un traité «perpétuel» pour la protection de Genève. C’est un texte majeur dans l’histoire des deux villes.

Genève est intégrée avec Vaud dans la paix perpétuelle qui avait été conclue en 1516 entre François 1er et les cantons suisses; les citoyens genevois sont placés sur le même pied que les sujets du roi en France; Henri III s’engage à mettre à disposition un contingent de 1500 hommes aussi souvent que Berne et Soleure se verraient obligées d’envoyer des troupes protéger Genève. Mais l’ambassadeur a son mot à dire sur la situation. Il se trouve donc placé en position de décideur sur les affaires genevoises et suisses.

Soleure, quant à elle, acquiert dans la Confédération un rôle politique auquel son catholicisme ne la prédestinait pas. Elle se met à même de porter des jugements et d’entreprendre des actions qui transcendent les adhésions religieuses, rôle qui conforte celui que la France prétend jouer.

Le traité de Soleure est renforcé en 1584 par l’apport de Zurich, qui signe un accord de combourgeoisie avec Genève, forte pour deux siècles de la protection des deux plus puissants cantons suisses.

La France d’après 1789 n’a pas de visées différentes pour la Suisse que la France d’avant : la paix confédérale avant tout. Seule la méthode change : Genève est annexée et Soleure occupée, avec le reste du pays. Les deux villes ne pourront plus rien l’une pour l’autre.

Créé: 27.04.2015, 12h14

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