Comment Genève va renouer le lien avec l’Iran

Levée des sanctions économiquesSharif Nezam-Mafi, président de la Chambre de commerce Iran-Suisse, commente le voyage d’une délégation genevoise

Sharif Nezam-Mafi, président de la Chambre de commerce Iran-Suisse, était de passage à Genève jeudi.

Sharif Nezam-Mafi, président de la Chambre de commerce Iran-Suisse, était de passage à Genève jeudi.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Une délégation de plusieurs dizaines de chefs d’entreprises genevois se rendra en Iran du 23 au 28 avril sous la conduite du conseiller d’Etat Pierre Maudet. But de la mission, organisée par la Chambre de commerce et d’industrie genevoise (CCIG) et la Chambre de commerce Iran-Suisse?

Renouer des liens entre Genève et l’Iran, dont l’effilochement depuis la révolution de 1979 a été accéléré par huit années de sanctions. Et explorer les opportunités d’affaires tout en établissant des contacts avec les responsables, patrons et partenaires locaux de confiance.

Le président de l’EPFL, Patrick Aebischer, a fait le voyage il y a trois semaines afin de tisser des liens avec les universités du pays. Zurich a, de son côté, déjà envoyé une petite délégation.

Accord surprise

Samedi 16 janvier, l’entrée en vigueur de l’accord historique entre les grandes puissances et l’Iran a pris les milieux d’affaires par surprise. Quelques jours plus tôt, un ultime rebondissement – la capture de soldats américains dans le golfe Persique, finalement relâchés, via Genève – semblait devoir tout retarder.

Il n’en a rien été. Dès le 17 janvier, Berne a pu ranger au placard la plus grande partie des sanctions économiques à l’encontre de l’Iran, comme l’ont fait l’ONU et l’Union européenne. Les services de la Confédération préparent la visite du président de la Confédération, Johann Schneider-Ammann, le 25 février à Téhéran.

Très fort capital politique

Si une cinquantaine de patrons sera du voyage, «ce déplacement officiel reste avant tout politique», souligne Sharif Nezam-Mafi, président de la Chambre de commerce Iran-Suisse. Crucial, l’accord d’approvisionnement gazier signé avec Téhéran en 2008 – mais jamais mis en œuvre – figurera en tête des sujets d’entretien avec le président iranien.

«Souvenez-vous des critiques essuyées par votre ministre Calmy-Rey – en raison d’un simple foulard – alors qu’elle venait de signer cet accord visionnaire», souffle cet Iranien de 45 ans ayant fait sa scolarité dans des écoles lémaniques.

«En rendant possible le dialogue avec l’Occident, la Suisse a acquis un capital politique en Iran dont seul un autre pays européen, l’Autriche, peut se targuer», assure celui-ci.

Tous les secteurs s'ouvrent

Selon cet intermédiaire clé de la Suisse en Iran – qui ne cesse de vanter ce que les liens doivent à l’ex-ambassadrice Livia Leu – tous les secteurs s’ouvrent. A commencer par le négoce pétrolier – «le pays ne se limite plus à l’importation de céréales» – crucial pour Genève, même s’il ne doute pas que l’Etat iranien va lui aussi réactiver ses antennes lémaniques d’exportation de brut.

Les banques? «Elles se bousculent pour rattraper le retard et trouver un établissement partenaire.» Le pays vient d’être réintégré dans le réseau de paiement Swift et des lettres de crédits en bonne et due forme «devraient être prêtes dans quelques semaines», relate celui qui dirige l’antenne du fabricant de machines outils Bühler en Iran.

Passé par les universités américaines, cet ancien de la SGS n’occulte en rien les risques de l’aventure.

L’Iran est peu préparé

«En ce moment l’Iran fait le buzz mais, en réalité, le pays n’est que très peu préparé à revenir sur la scène économique internationale – standards de qualité, règles antiblanchiment des banques… tout reste inadapté», reconnaît Sharif Nezam-Mafi. Qui souligne combien l’économie a été fragilisée par des années d’embargo qui ont fait fleurir des monopoles dont les bénéficiaires sont hostiles à cette nouvelle concurrence étrangère. Sans compter les factions qui, Gardiens de la Révolution en tête, contrôlent des pans entiers de l’activité. «Bien sûr la corruption et le népotisme sont là, bien sûr ce n’est pas le Danemark; mais il reste bien plus sûr pour une PME de faire des affaires en Iran que dans des pays comme la Russie ou le Nigeria», rétorque-t-il. Des difficultés qui n’empêchent pas, depuis six mois, les délégations de patrons européens de succéder à Téhéran. Cette semaine encore, Mercedes-Benz a annoncé la création d’une co-entreprise dans le pays. (TDG)

Créé: 24.01.2016, 20h55

Réouverture du vol pour Téhéran?

Relique de l’âge d’or des relations entre Genève et l’Iran, l’agence de IranAir de la rue de Chantepoulet a fini par fermer en 2013. Après l’interruption d’une liaison directe – datant de l’ère du shah – qui mettait Genève à moins de cinq?heures de Téhéran. Sa réouverture figure «parmi les priorités de nos discussions avec la CCIG», souffle Sharif Nezam-Mafi. «Il faudra bouger vite. Des contacts ont déjà eu lieu au plus haut niveau avec les responsables de l’aviation civile iraniens et une décision sera vraisemblablement prise ces prochaines semaines», poursuit ce dernier. Selon lui, en cas de feu vert, «la ligne pourrait être ouverte avant la fin de l’année».
Deux candidats se dessinent. La compagnie nationale iranienne ainsi que le transporteur privé Mahan Air. Le responsable de la Chambre de commerce Iran-Suisse note que Zurich est également en train d’essayer d’attirer ce vol direct vers l’Iran. P-A.SA.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Assurance: les spécialistes sont-ils trop payés?
Plus...