Genève rechigne à construire et plonge dans le doute

Aménagement La votation de dimanche a cassé un élan. Et va relancer un débat sur la croissance qui divise.

Dimanche, 55% des Genevois ont refusé d'urbaniser une partie de la zone villas de Cointrin. C'est le troisième déclassement refusé en trois mois.

Dimanche, 55% des Genevois ont refusé d'urbaniser une partie de la zone villas de Cointrin. C'est le troisième déclassement refusé en trois mois. Image: DR

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«Notre mouvement prend de l’ampleur, nous allons devenir très forts.» C’est avec ces mots qu’un manifestant haranguait la foule, il y a deux ans sur la place Neuve. Deux cents personnes à peine s’étaient réunies pour dénoncer «l’urbanisation incontrôlée» du canton. Le groupe a fait des petits et, aujourd’hui, la prédiction se vérifie. En trois mois, trois projets d’urbanisation ont été rejetés par le peuple. Le dernier, dimanche, à Cointrin.

Ces trois votes ont cassé un élan. Il y a fort à parier que l’État n’osera pas à court terme proposer d’autres déclassements. Déjà opposé à celui de Cointrin, l’UDC Stéphane Florey annonce les luttes futures. «Un changement de zone est en cours à la rampe de Pont-Rouge à Lancy; les associations sont prêtes à lancer le référendum. Et nous nous opposerons à la densification prévue à Collex-Bossy.»

Les carnets de commandes sont pleins

Les chantiers ne vont pas s’arrêter pour autant. Fin septembre, 2400 logements avaient été autorisés et 3000 étaient en cours d’instruction. Les carnets de commandes sont pleins. Mais en refusant de rendre constructibles des terrains aujourd’hui, on se ferme pour l’avenir.

Genève a connu cette situation au début des années 2000. Après la crise des années 90, la reprise économique a pris tout le monde de court. La population a augmenté, les logements n’ont pas suivi, et la pénurie s’est installée, provoquant des hausses de loyers. Le Canton a dû relancer la machine à construire mais il a fallu dix ans pour en voir les effets.

La fin d'un cycle

C’est la fin d’un cycle, annonce Adrien Genecand, député PLR. «Antonio Hodgers ne va plus bouger et son successeur sera élu par des gens qui ne veulent pas construire, jusqu’à la prochaine crise.» Mais pour l’heure, «l’avenir est bouché, on n’a pas de vision à long terme», déplore François Lance, son collègue PDC.

Que faire? Pour l’UDC Stéphane Florey, «il faut surélever partout où on peut. À Meyrin, on rehausse les immeubles, ça ne gêne personne.» Il préconise aussi de transformer les bureaux en logements. Une solution que proposent aussi les associations référendaires, sans voir que les propriétaires n’ont pas d’intérêt économique à faire ces travaux. D’ailleurs, même si un tiers de ces bureaux vides étaient transformés, cela produirait à peine 1000 logements.

«Densifier n'est pas anti-écologique»

«Il faut continuer à construire, martèle la députée socialiste Caroline Marti. Le Conseil d’État n’a pas assez défendu le projet. Il faut expliquer que densifier n’est pas anti-écologique, que l’environnement ne se limite pas aux arbres. Les nouveaux quartiers ont une empreinte carbone nettement meilleure que les villas. Et il faut davantage de qualité, en prenant exemple sur les coopératives. On laisse trop faire les promoteurs.»

«On critique beaucoup les nouveaux quartiers, mais on ne dit pas assez que les gens sont bien contents d’y habiter et de quitter parfois des appartements très exigus où des familles s’entassent», poursuit François Lance.

«Croissance maîtrisée»

Dans ce débat récurrent à Genève, il y a un nouvel arrivé: la (dé)croissance. Les référendaires critiquent le fait que la construction de logements ne fait que courir après une hausse de la population en bonne partie causée par l’immigration. Ils dénoncent «une fuite en avant» et réclament une «croissance maîtrisée».

Ce discours trouve un écho chez les Verts. «On crée des entreprises, mais le chômage ne baisse pas, relève leur président, Nicolas Walder. Que des gens s’installent à Genève car ils ont trouvé du travail, certes, mais pourquoi continuer à attirer des entreprises? Pourquoi ne pas ralentir un peu? Nous avons l’outil de la fiscalité. Pour l’heure, on privilégie trop la compétition fiscale. Mais comment concilier cette croissance avec la volonté du Conseil d’État de réduire nos émissions carbone de 60%? Il y a une contradiction.»

Ralentir la croissance? En tout cas, l’UDC ne veut pas entendre parler de hausses d’impôts. Pour Stéphane Florey, stopper la construction suffit à freiner l’immigration.

Classes populaires

«Ce débat sur la croissance n’apporte aucune solution concrète, si ce n’est ne pas construire et c’est la pire solution pour les classes moyennes et populaires», prévient Caroline Marti.

«Arrêter de croître, c’est comme arrêter de pédaler, on tombe», assène Adrien Genecand. Pour le PLR, si la pénurie s’accroît, la classe moyenne ira s’installer à Annemasse ou à Nyon. Avec des pertes fiscales pour le Canton et des coupes dans les fonctionnaires.

Créé: 11.02.2020, 06h43

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