À Genève, la réalité virtuelle a cent visages

FestivalDurant ce premier week-end du GIFF, on a testé plusieurs œuvres immersives.

Depuis vendredi, les visiteurs ont la possibilité de tester à la Maison communale de Plainpalais plusieurs œuvres immersives grâce à la réalité virtuelle. Vidéo: Georges Cabrera
Vidéo: George Cabrera

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Dédier une section à la réalité virtuelle (VR), c’est ne pas craindre, quelque part, la disparité. Car rien ne ressemble moins à une œuvre de VR qu’une autre œuvre de VR. Sauf qu’elles ont en commun cet appareillage basique (casque, lunettes, parfois capteurs dans les mains) obligatoire pour chaque installation, de la plus simple à la plus sophistiquée. Depuis vendredi, jour d’ouverture du GIFF, le Théâtre Pitoëff en montre tous les signes extérieurs. L’expérimentation, elle, demeure intérieure et autrement complexe.

Éviter le crash

Le spectaculaire «Jurassic Flight» présente par exemple un appareillage qui ne passe pas inaperçu. Pour tenter le vol plané avec le point de vue subjectif d’un ptérodactyle, il faut prendre place sur une structure peu confortable et se mettre pour ainsi dire en position de vol. Ce sont alors nos bras qui font office de guide pour tenter le vol plané au-dessus des terres préhistoriques et éviter le crash qui mettrait un terme prématuré à l’expédition. VR ludique et interactive en partie créée par des Suisses, elle fait clairement office d’attraction au GIFF. Ce week-end, les visiteurs – moyenne d’âge plutôt jeune – faisaient la queue pour tester les limites de leur vertige. On a adoré.

Misant davantage sur ce didactisme confortable et muséal que revêtent les visites guidées, les œuvres du Musée VR nous plongent à l’intérieur de tableaux. Le mouvement y est fondamental. La barque de Charon nous conviant vers «L’île des morts» d’Arnold Böcklin ou la balade en forêt permettant de dialoguer avec les différentes versions du «Bûcheron» de Ferdinand Hodler valent bien mieux que des introductions à l’histoire de l’art. L’expérience y devient voyage spatio-temporel, immersion dans un monde parallèle qu’aucune réalité, sinon celle du peintre, ne recouvre entièrement. Totalement fascinant.

Couleurs inconnues

Fascination également que cette plongée dans un rêve éveillé suggérée par «V.Dream». L’expérience se fait en position couchée, dans une pièce fermée rappelant un cabinet médical, au sous-sol de Pitoëff, et des jets de couleurs laissent apparaître des gammes chromatiques inconnues pendant que l’œil recrée de nouvelles formes puisées en nous-mêmes, comme s’il existait une réalité virtuelle à l’intérieur de nos corps. C’est troublant et beau, mais pas supportable pour tous. Certains auraient demandé à stopper l’expérience, pourtant très courte.

Plus ludique, «Umami» se déroule dans un restaurant japonais où la dégustation de différents mets, sushis ou galettes, fait surgir des souvenirs liés à un meurtre «nous» concernant. C’est cocasse et visuellement pas loin de la perfection. Certaines VR obligent en revanche à retrouver la passivité d’un simple spectateur qui n’a rien d’autre à faire que regarder. Ainsi avec «Battlescar», qui survole l’âge d’or du mouvement punk à travers deux personnages. Ou de «Space Explorers: A New Dawn», qui nous introduit dans les coulisses de la NASA et nous familiarise avec l’exploration spatiale.

L’interactivité reprend ses droits dans «Kobold VR Experience», thriller horrifique malheureusement malaisé à utiliser pour aller jusqu’au bout de l’expérience. Telles sont parfois les limites de la VR. Certaines œuvres nécessitent une assistance technique, ce qui peut paraître paradoxal.

Toutes les œuvres immersives qui prennent place à Pitoëff se testent individuellement, chacun seul sous son casque. Ce ne sera pas le cas de la pièce de théâtre immersive «24/7», qui débute le lundi 5 novembre, et sur laquelle nous reviendrons dans la semaine. Ni de «The Enemy», événement VR du GIFF 2018 installé à l’auditorium Arditi, dont nous parlons ci-dessous et pour lequel les places s’arrachent.


24e Geneva International Film Festival - GIFF Jusqu’au 10 novembre. Renseignements et programme: 2018.giff.ch


«The Enemy», dense mais un peu long

Créée par le photojournaliste Karim Ben Khelifa, «The Enemy» est l’expérience la plus longue parmi les œuvres immersives montrées cette année. Et quelque part aussi l’une des plus ambitieuses. Elle se déroule à l’auditorium Arditi. Avant de nous lancer, nous devons d’abord remplir un questionnaire sur iPad afin de déterminer notre rapport aux conflits présentés, par exemple celui de la République démocratique du Congo. Cet iPad fait ensuite partie du harnachement qu’on nous place sur le dos et influe sur notre parcours. Puis l’expérience, d’une durée d’environ soixante minutes, débute. Nous sommes quatre et déambulons au cœur d’une exposition de photographies de guerre.

Différents visages apparaissent. Puis un rideau s’ouvre et les avatars des deux personnages vus en photo viennent se placer aux bouts de la pièce. En se rapprochant d’eux, on assiste à leur interview. Les avatars sont très réalistes et nous fixent quel que soit l’endroit où l’on se place. Le procédé se réitère pour chacun des trois conflits évoqués. À la fin, nous passons dans une dernière pièce, toute noire, et faisons face à un miroir montrant qui nous sommes réellement.

Impressionnant et dense, «The Enemy» se révèle néanmoins un peu long. À titre personnel, l’équipement qu’on nous met sur le dos me pèse douloureusement au bout de trente minutes. Il faudrait pouvoir s’asseoir – certains le font, par terre – ou abréger le visionnage de certaines interviews. Ce qui devrait être possible. P.G.

Créé: 04.11.2018, 18h30

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À Genève, la réalité virtuelle a cent visages

À Genève, la réalité virtuelle a cent visages Durant ce premier week-end du GIFF, on a testé plusieurs œuvres immersives à la Maison communale de Plainpalais (Théâtre Pittoëf).

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