Genève raffole des robots chirurgiens

SantéHôpitaux publics et privés s’équipent de ces bijoux de technologie. Avantages et limites.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Le chirurgien est assis à deux mètres de la table d’opération. La tête plongée dans une console, il observe le champ opératoire sur un écran 3D, tandis que ses mains manipulent de petits joysticks. Au-dessus du patient, une pieuvre déploie ses bras articulés munis d’instruments, qui reproduisent les gestes du chirurgien. Voici, à grands traits, une opération menée à l’aide d’un robot Da Vinci. Plusieurs Genevois en ont fait l’expérience. Quel bénéfice en ont-ils tiré? Réelle avancée pour les uns, la chirurgie robotisée n’est qu’un outil marketing pour les autres. A Genève, la question revêt un intérêt particulier puisque le canton possède six de ces bijoux de technologie à plus de 1,5 million d’euros pièce – pour un total de 26 en Suisse.

La Clinique Générale-Beaulieu fut la première à acquérir un Da Vinci, en 2003. Les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) ont suivi en 2006, la Clinique des Grangettes et l’Hôpital de La Tour en 2008. A la fin de mars, ce dernier et les HUG ont annoncé s’être équipés du tout dernier modèle, le Xi. Alors que le canton de Vaud ne possède qu’un seul Da Vinci, la surenchère genevoise peut étonner. L’investissement est considérable (voir l’encadré) pour ce qui ne représente encore qu’une niche. Sur 4500 opérations par an, moins de 200 se font avec le robot à La Tour. Aux HUG, la chirurgie robotisée représente 15% des interventions.

«C’est un domaine en plein essor et la direction nous a clairement encouragés à nous lancer dans ces nouvelles technologies, déclare le professeur Philippe Morel, chef de la chirurgie viscérale des HUG. L’entreprise Intuitive – qui détient le monopole de la fabrication des robots – a décidé de faire de nous un grand centre de formation et de collaborer avec nous dans le domaine de la recherche. Nous sommes le premier centre en Europe à nous équiper ainsi.»

Précision et confort

Pour nombre de chirurgiens, le robot a prouvé son utilité. Il permet d’atteindre des zones difficiles d’accès. Il augmente la précision et la minutie du geste, car la machine efface les tremblements et offre une vision en 3D, augmentée 10 fois. ’opérateur, assis, se fatigue moins que lorsqu’il reste des heures debout. Non exhaustive, la liste des opérations réalisées avec le robot est longue: ablations de la prostate, résection partielle du rein; by-pass gastrique, ablation du rectum, de l’estomac, du foie ou du pancréas; ablation de l’utérus, de tumeurs ovariennes, de la gorge; chirurgie de la main…

«Dans mon domaine, le robot a été un progrès majeur, déclare le professeur Christophe Iselin, chef de l’urologie aux HUG. Il permet de réaliser des sutures délicates. Opérer la prostate au robot réduit l’impuissance et améliore le contrôle des urines. Le patient saigne moins et reste hospitalisé deux fois moins longtemps qu’après une chirurgie ouverte.»

Dans certains cas, le robot serait également plus efficace qu’une chirurgie laparoscopique traditionnelle. Ce procédé consiste à ne pas ouvrir le corps par une large incision mais à réaliser de petits trous par lesquels sont insérés des instruments. Qualifiée de «minimalement invasive», cette chirurgie permet de réduire les complications postopératoires et la durée des hospitalisations. «Le seul défaut de la laparoscopie, ce sont les instruments rigides, indique Jean-Marie Mégevand, chirurgien à La Tour. L’avantage du robot, ce sont ses bras articulés, encore plus mobiles dans la dernière version.» Même enthousiasme du chef de la gastroentérologie des HUG: le professeur Jean-Louis Frossard salue «une évolution technologique magnifique qui offre une liberté de mouvement» supérieure à la laparoscopie.

Pas encore rentable

Quid des risques, récemment évoqués par l’émission de la RTS Temps présent? «Sur 1853 opérations pratiquées aux HUG avec le robot, aucun incident n’a été rapporté. L’engin ne fait rien tout seul. Ce qui compte, c’est de former les opérateurs», martèle Philippe Morel. Mais attention, si le robot peut presque tout faire, il ne s’agit pas de l’utiliser tout le temps. «Cela coûte très cher et ce n’est pas toujours nécessaire, précise Christophe Iselin. Il ne faut pas chercher à rentabiliser la machine en l’employant pour de petites opérations. Inutile, par exemple, d’enlever un kyste ovarien avec le robot. La laparoscopie classique suffit. Ce serait comme d’aller à Lausanne en Airbus quand on peut prendre le train.» Jean-Marie Mégevand renchérit: «Il faut être prudent, la chirurgie robotique a une place mais il faut la pratiquer de façon honnête et scrupuleuse.» A l’Hôpital de La Tour, 75% des 20 dernières ablations de la prostate ont été réalisées avec le Da Vinci. La facture moyenne a été de 23 900 francs pour les opérations avec le robot et de 21 000 fr. sans. «Le robot, en soi, n’est pas rentable, admet le directeur financier Nicolas Froelicher, mais il bénéficie aux patients et permet de répondre au plus près aux défis de la médecine et des chirurgiens. A long terme, c’est une importante valeur ajoutée qui profite à tout le canton qui rayonne au niveau international en matière de santé.»

Créé: 30.04.2015, 12h29

Un robot assiste le chirurgien. Vidéo: Olivier Vogelsang

Articles en relation

Craints ou séduisants, les robots déferlent

Technologies Jadis utilitaire et fonctionnelle, la robotique prend un virage important: les machines revêtent toujours davantage des formes humaines. Plus...

Enfant et robot apprennent à écrire ensemble

EPFL Des chercheurs ont mis au point un outil pédagogique pour faciliter l'apprentissage de l'écriture. Plus...

«La robotique a fait un pas de plus en devenant sociale»

Technologie Au Salon CES de Las Vegas qui ouvre ses portes ce mardi, le robot sera l’une des vedettes. Entretien avec l'anthropologue Daniela Cerqui. Plus...

Le combat ardu contre les robots tueurs

Droit international Toute la semaine, les Etats discutent à Genève des robots au service de la guerre. Un débat fondamental. Plus...

Des robots transporteurs à l'école d'ingénieur

Ce vendredi 21 juin, des professeurs de l'hépia ont lancé un défi à leurs étudiants de première année : Construire des robots téléphériques capables de transporter un litre d'eau d'un endroit à un autre. Plus...

Black-out des HUG

Combien ont coûté les trois robots Da Vinci Xi reçus ce printemps par les HUG? L’établissement public refuse de
le dire, avançant le «secret des affaires». Il donne simplement le prix catalogue: 1,7 million d’euros par robot.
Interrogé, le conseiller d’Etat responsable de la Santé, Mauro Poggia, précise que les HUG ont obtenu un important rabais sur le prix officiel et que le fabricant a demandé la confidentialité. Le professeur Philippe Morel ajoute que l’entreprise souhaite faire des HUG un centre de formation. En 2010, lors de l’acquisition de l’avant-dernier modèle, les HUG ne cachaient pas son prix de 2,15 millions de francs. Du côté des cliniques privées, on joue la transparence.
La Tour indique avoir payé son robot Xi 1,5 million d’euros. La Clinique des Grangettes a payé 1,415 million
d’euros son modèle acquis en 2011.
Quant à la Clinique Générale-Beaulieu, elle a déboursé 1,79 million d’euros à la fin de 2011, sans compter le montant de
la reprise de l’ancien modèle. S.D.

Les réserves de Lausanne et de Zurich

Genève a-t-il trop de robots et cet outil offre-t-il vraiment un avantage au patient? La question est débattue en Suisse. Vaud possède un seul Da Vinci, partagé par la Clinique de La Source et le Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV). Ce dernier envisage d’acquérir son propre engin. Le responsable de la chirurgie, le professeur Nicolas Demartines, exprime un point de vue nuancé. «Le robot n’est pas une nouvelle technologie en soi, mais un bras télémanipulable. Pour
beaucoup, il est un outil marketing.
Toutefois, j’estime qu’il doit être évalué par les universités. Pour l’heure, il a prouvé une certaine supériorité surtout pour le cancer du rectum et les tumeurs
de la base de la langue. De toute façon, la réussite de toute opération dépend de l’expérience du chirurgien, plus que de l’outil qu’il emploie.»
A l’Hôpital universitaire de Zurich, le chef de la chirurgie se montre plus sévère. «Je crois aux robots. Un jour, le chirurgien travaillera peut-être devant un ordinateur. Mais on n’en est pas là, estime le professeur Pierre-Alain Clavien. La compétition dans l’acquisition des robots n’est pas souhaitable et le patient n’en est pas le premier bénéficiaire.» Regrettant qu’une seule firme détienne le monopole du marché, il attend l’arrivée de concurrents pour faire «baisser les prix et accroître la
qualité». Le chirurgien est «content» que les HUG recherchent et investissent dans ce domaine et attend les résultats.
«A ce jour, rien ne prouve scientifiquement que le Da Vinci apporte un avantage au patient dans la plupart des interventions. Des études récentes ont même démontré qu’il était inférieur à la laparoscopie conventionnelle dans
certaines opérations.» De plus, le robot est cher et son entretien coûte plus de 200 000 francs par an. L’installer en salle d’opération prend également beaucoup de temps. D’où un verdict sans appel: «Si je devais être opéré, je
ne chercherais pas un centre qui privilégie le Da Vinci!»
Pas de quoi émouvoir Philippe Morel: «On revit ce qu’on a vécu il y a vingt-cinq ans au début de la laparoscopie. Personne n’y croyait. Aujourd’hui, elle s’est généralisée, notamment pour l’ablation de la vésicule biliaire, même si aucune étude scientifique n’a prouvé sa supériorité.» Le Genevois défend l’emploi du robot dans le cadre d’études
contrôlées. «Aux HUG, nous évaluons les interventions et réalisons un suivi. Il faut publier les résultats, c’est capital, opérer lors d’indications reconnues puis définir les critères de nouvelles interventions s’il y a un bénéfice pour le patient.» Relevant que Genève mène des études internationales avec Oxford et Chicago, il regrette que ses confrères suisses ne s’intéressent pas davantage
aux robots. «Ils ont raison d’être critiques. On doit prouver leur utilité et mettre en évidence les problèmes. Pour cela, il faut les utiliser!» S.D.

Paid Post

CallDoc, assuré malin et flexible
Bénéficiez de consultations médicales 24h/24, 7j/7 et faites des économies! Profitez du rabais de prime sur l’assurance-maladie de base. Demandez une offre maintenant.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Après l'accord avec l'UE, Johnson doit convaincre le Parlement
Plus...