Genève est prié d’ouvrir sa bourse pour doper le retour à l’emploi

Lutte contre le chômageLes socialistes veulent muscler les aides financières accordées à ceux qui se forment, qu’ils soient demandeurs d'emploi ou non.

Les députés Grégoire Carasso, Léna Strasser et Romain de Sainte Marie, ainsi que Sami Kanaan, maire de Genève, ont participé au groupe de travail du Parti socialiste qui a planché durant un an sur les besoins en requalification professionnelle.

Les députés Grégoire Carasso, Léna Strasser et Romain de Sainte Marie, ainsi que Sami Kanaan, maire de Genève, ont participé au groupe de travail du Parti socialiste qui a planché durant un an sur les besoins en requalification professionnelle. Image: Georges Cabrera

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«Nous sommes préoccupés depuis longtemps par l’augmentation de la précarisation du marché du travail, explique Sami Kanaan, le maire socialiste de Genève qui a participé à la réflexion de son parti sur cette thématique. Aujourd’hui, nous lançons une offensive en déposant trois projets de loi devant le Grand Conseil.» Leur objectif commun: donner à ceux qui en ont besoin les moyens de se former pour s’en sortir en trouvant un emploi. Ils figureront au programme de la session parlementaire de fin février.

Dans un monde du travail en mutation perpétuelle, les parcours professionnels sont en effet de moins en moins linéaires. En théorie, tout le monde est d’avis que la meilleure parade face aux incertitudes de l’emploi est une formation solide et certifiée et une mise à niveau constante de ses compétences. La réalité est cependant très différente. En effet, le peu d’aides qui existent pour les chômeurs (l’allocation fédérale de formation) est extrêmement peu utilisé à Genève.

Une infime minorité

«En 2018, il n’y avait effectivement que 71 chômeurs genevois bénéficiaires de l’allocation fédérale de formation, soit le 0,47% des 14 709 demandeurs d’emploi inscrits en août 2018, poursuit le député Romain de Sainte Marie. C’est encore pire pour la mesure de formation cantonale – qui existe dans la loi genevoise sur le chômage – puisqu’elle n’a jamais été mise en œuvre.»

La première proposition consiste par conséquent à créer une allocation cantonale de formation des chômeurs. Elle couvrirait une formation qualifiante et certifiante de quatre ans au maximum. Son montant serait à hauteur de 80% du gain assuré selon la loi fédérale, mais au minimum de 4000 francs par mois. Elle est destinée aux chômeurs de plus de 22 ans.

«Nous estimons que 2% au moins des chômeurs devaient bénéficier de cette aide, ajoute l’élu. Cela représente environ 250 personnes.»

Diversifier les possibilités

La deuxième proposition vise le même objectif, mais en renforçant l’allocation fédérale de formation. La loi fédérale limite en effet à 3500 francs par mois au maximum l’allocation. Le complément cantonal permettrait un minimum de 4000 francs. Le dispositif fédéral est inaccessible avant 30 ans. le projet de loi veut une aide à la formation à partir de 23 ans. À nouveau, l’objectif quantitatif est d’offrir la mesure à 2% des demandeurs d’emploi.

«Notre intention est également de ne plus se restreindre aux formations duales, et donc de type apprentissage, précise Léna Strasser. La mesure de formation pourra avoir lieu dans les entreprises, les collectivités ou entités publiques et les institutions de formation.»

Pas question en revanche d’entrer en matière sur toutes les demandes. Il s’agira de définir quels sont les métiers les plus prometteurs en matière de débouchés et quelles sont les formations les plus adéquates. Le bénéficiaire de l’allocation devra s’engager à se conformer à la convention de formation qui aura été élaborée avec lui.

S’adapter à la réalité

Enfin, le troisième projet de loi vise une autre population que celle des demandeurs d’emploi, mais avec le même objectif et en appliquant les mêmes critères. C’est cette fois par le biais de la loi sur les bourses et les prêts d’études que le PS veut agir.

«Ainsi que l’a souligné la Cour des comptes dans son rapport de mai 2018, cette loi remplit bien son rôle pour ceux qui ont une trajectoire de formation linéaire, détaille le député Grégoire Carasso. En revanche, ajoute le rapport, elle soutient moins bien les personnes qui entreprennent une reconversion professionnelle ou qui ont un parcours de formation plus heurté.» Or, affirment les socialistes, les parcours linéaires sont devenus minoritaires de nos jours. On doit donc parfois se former à n'importe quel âge.

La première proposition est par conséquent de supprimer la limite d’âge de 35 ans fixée pour avoir accès aux bourses et prêts. La deuxième est d’inscrire formellement la reconversion professionnelle dans les objectifs de la loi. La troisième est d’élever le montant maximum en cas de reconversion professionnelle à 48 000 francs par an. Aujourd’hui, la bourse maximale est de 16 000 francs.

Bien entendu, tout cela aura un coût. Les rédacteurs des projets reconnaissent toutefois qu’il leur est impossible de le chiffrer. «Nous sommes dans l’expérimental, cela ne peut être que flou, répond Sami Kanaan. Notre seule certitude, c’est que ce sera toujours moins cher que le montant de l’aide sociale qu’il faudrait verser pour ceux qui ne retrouveraient pas de place dans le marché du travail sans être requalifiés.»

Créé: 09.02.2019, 09h57

Quatre cas de formations finançables

Danseur classique au bénéfice d’une formation de niveau HES,Raymond (tous les cas sont fictifs) voit sa carrière brisée à 38 ans à la suite d’un accident professionnel (cheville en capilotade).

Il souhaite se former en gestion d’entreprise, puis lancer sa propre activité commerciale.

Aujourd’hui, son âge ne lui donne en principe pas accès à une bourse ou à un prêt (35 ans au maximum). Avec la nouvelle loi, ce n’est plus un problème et sa reconversion dans un nouveau métier devient possible.

Malgré son CFC de vendeuse, Paola ne retrouve pas d’emploi dans sa branche. Elle avait cessé de travailler pour élever sa fille.

Elle aimerait devenir ambulancière, mais ne peut arrêter ses petits boulots nécessaires pour équilibrer le revenu du ménage.

La voie du prêt lui est ouverte mais le surendettement menace.

La nouvelle loi lui permet d’obtenir une bourse: l’évolution négative dans le secteur de la vente justifie de se former dans un métier offrant de meilleurs débouchés.

Le cas de Luc est totalement différent. Il a toujours travaillé depuis ses 16 ans, mais, à 43 ans, il se voit licencié. Difficile de rebondir quand on n’a pas de diplôme malgré son expérience.

Luc peut bien sûr obtenir une allocation fédérale de formation pour devenir aide-soignant, comme il en rêve. Mais comment survivre avec au maximum 3500 francs?

L’allocation complémentaire cantonale complète son revenu d’apprenti, qui atteindrait 4000 francs par mois.

Enfin, Jacqueline, qui a perdu son emploi de coiffeuse à 41 ans, veut changer de métier car elle ne trouve plus d’engagement.

Au chômage, la voie de la formation financée d’aide soignante est difficile car elle a déjà un CFC de coiffeuse. La nouvelle législation augmenterait ses chances.

Si elle épuise ses droits et arrive à l’aide sociale, seule la nouvelle loi sur les bourses lui permettrait d’obtenir une bourse. Elle est en effet trop âgée selon la législation actuelle.
E.BY

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