«Genève n’a plus de places d’hébergement»

Requérants en abri PCMagistrat de tutelle de l’Hospice, Mauro Poggia répond à ceux qui refusent que les requérants d’asile soient logés sous terre.

Mauro Poggia. Image d'archives.

Mauro Poggia. Image d'archives. Image: © Olivier Vogelsang / Tamedia

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Hier, plus d’une centaine de personnes se sont à nouveau mobilisées contre l’hébergement de requérants d’asile – tous statuts confondus – dans des abris de protection civile (PC) et donc souterrains (lire ci-dessous). Les revendications du collectif Stop Bunkers, en février, ont été reprises par des députés dans une motion, puis par d’autres associations et solidarités.

Trouver des terrains ou des bâtisses est du ressort de l’Office des bâtiments, piloté par Serge Dal Busco. Délivrer des autorisations de construire revient aux services d’Antonio Hodgers. Mais c’est Mauro Poggia, magistrat de tutelle de l’Hospice général dont la mission est de gérer l’hébergement des requérants d’asile, qui est chargé de communiquer sur le dossier.

Un mouvement cherche à empêcher le déménagement de 80 requérants déboutés vers des abris PC. Vous avez reçu des représentants ce mardi, qu’avez-vous conclu?

Le but était de les entendre sur deux points qu’ils souhaitaient aborder: la mise à disposition d’un terrain par l’Eglise protestante et le risque, pour ceux qui n’intégreraient pas l’abri PC dans les septante-deux heures, de se voir retirer l’aide d’urgence. Je n’ai pas pu les rassurer sur ce deuxième point. J’ai essayé aussi de les convaincre que l’on ne les mettait pas dans des abris PC pour les dégoûter de la Suisse et leur donner envie de partir, mais parce que nous n’avions pas d’autres alternatives. Nous n’avons plus de places d’hébergement disponibles et des familles vont bientôt arriver. Il est donc logique que ce soient les hommes célibataires, déboutés dans leur procédure d’asile, qui soient logés en abri PC en priorité.

Des associations et des députés, et maintenant la Ville de Genève, demandent à l’Etat de trouver rapidement des solutions d’hébergement dignes et en surface. Votre réponse?

Sur le principe, l’Etat est d’accord avec eux. Mettre des gens longtemps dans des abris PC n’est pas humainement acceptable et il faut trouver d’autres solutions. Tout est légitime dans la motion déposée au Grand Conseil, sauf peut-être d’obliger l’Etat à faire des projections sur cinq ans. En 2013, ni nous ni les associations n’avions prévu les flux qui arrivent cette année. Nous étions même prêts à fermer les abris PC en 2014!

L’Hospice général s’attend à accueillir 200 requérants d’asile à Genève au mois de juin. Et on sait que les arrivées augmentent en été. Doit-on conclure que l’Etat et la Confédération ont manqué d’anticipation?

On pourrait reprocher à l’Etat voire à la Confédération de ne pas avoir prévu de nouveaux lieux. On aurait dû et pu anticiper, mais pas envisager le scénario du pire. Imaginer un afflux massif de requérants n’est pas soutenable, car il faudrait laisser des logements vides. Ces arrivées sont liées à l’insécurité croissante dans de nombreux pays du monde, là où la collectivité internationale devrait faire quelque chose. Moi je ne suis qu’un conseiller d’Etat cantonal, responsable de l’hébergement de 5,6% des personnes qui déposent une demande d’asile en Suisse!

Les manifestations contre les «bunkers» semblent parties pour durer…

Les manifestations qui ont abouti à la non-expulsion d’Ayop, le jeune homme blessé lors de l’incendie des Tattes, leur ont donné l’impression que l’on peut faire des miracles. Mais nous n’avons pas d’autres choix et ce n’est pas facile pour l’Hospice général. Cela devrait être quelque chose de compréhensible. Je veux bien qu’on dise que loger des personnes en abri PC est insupportable, mais je regrette qu’on en vienne à la confrontation, comme si l’Etat était un tortionnaire et que seules quelques personnes avaient le monopole du cœur. Engager un bras de fer crée des incompréhensions au sein de la population, voire un rejet. Cela met les demandeurs d’asile en opposition avec les habitants du canton.

Depuis quelques mois, des représentants de plusieurs départements se réunissent pour chercher des solutions. Pouvez-vous nous en dire plus?

Je ne peux pas donner la liste des terrains et des communes pour éviter toute opposition prématurée. Mais nous avons recensé quatorze parcelles aménageables, dont sept en zone de développement, six en zone agricole et une en zone de verdure. M. Hodgers serait ouvert à examiner des dérogations pour y construire des bâtiments provisoires et modulables. Il faut maintenant nous donner du temps pour aboutir, car rien ne pourra se faire avant la fin de l’année.

Et en attendant?

Nous allons probablement devoir ouvrir un cinquième abri PC. Et si une solution alternative se présente, nous la suivront volontiers.


Résistance contre les «bunkers»

La mobilisation continue contre la décision de l’Hospice général de déménager 80 hommes célibataires, déboutés dans leur demande d’asile, du foyer en surface vers des abris PC. Hier à 18 heures, un nouveau rassemblement, soutenu par différentes associations et le parti solidaritéS, était organisé devant le centre culturel du Grütli. Lieu où ont passé la nuit les personnes refusant d’intégrer leur nouveau logement au sein d’un abri PC, après la manifestation de lundi.

«Le conseiller administratif Sami Kanaan a proposé de les laisser dormir dans le centre culturel afin d’éviter qu’ils ne dorment dehors», explique son chargé de communication, Félicien Mazzola. L’élu et deux de ses collègues, la maire Esther Alder et Rémy Pagani, ont en effet été à la rencontre des participants à la manifestation lundi soir, devant la paroisse du Sacré-Cœur.

Au réveil, un petit-déjeuner a été organisé ainsi qu’une assemblée générale. Les participants au mouvement ont alors décidé de travailler sur trois axes: «Obtenir un rendez-vous avec le Conseil d’Etat, voire Mauro Poggia, chercher des solutions de logement et s’occuper de la logistique», explique Pablo Cruchon, de solidaritéS.

Le premier objectif a été atteint à 13 heures déjà; une délégation de membres d’associations et de requérants visés par le déménagement a pu s’entretenir avec Mauro Poggia (lire ci-dessus).

Le Conseil administratif de la Ville de Genève a, pour sa part, décidé d’ouvrir le centre du Grütli une nuit supplémentaire. Dans un communiqué, l’Exécutif municipal a appelé «le Conseil d’État à trouver rapidement une solution adéquate, dans l’intervalle, afin de pouvoir proposer un hébergement à court terme aux requérants du Grütli». Des paroisses ont également été contactées. Des solutions de logements pourraient être trouvées avec elles.

L.G.

Créé: 16.06.2015, 20h16

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