Genève est en passe de perdre le téléjournal

MédiasLa direction de la RTS a élaboré un plan de centralisation des journalistes sur le site de l’EPFL, au détriment de la tour de la télévision. Le Conseil d’État se dit «trahi».

Selon la direction, environ mille personnes continueront de travailler dans la tour de la télévision.

Selon la direction, environ mille personnes continueront de travailler dans la tour de la télévision. Image: Steeve Iuncker-Gomez

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Centralisation. Décidément, les médias vivent à l’ère du regroupement. Mercredi, la RTS a annoncé le «transfert partiel» de ses activités à ses collaborateurs. D’ici à 2024, les «news», à savoir la production d’actualités, seront transférées à Lausanne, où le bâtiment sur le campus de l’EPFL est relancé, après une mise en veille durant la campagne «No Billag».


Lire aussi l'éditorial: Merci pour «No Billag» et au revoir


Plus précisément, le projet de regroupement émane de la direction de la RTS, qui le soumettra au conseil d’administration de la Société suisse de radiodiffusion et télévision (SSR) dans le courant de 2019. Il s’agit seulement d’une «vision d’intention», tient à nuancer Pascal Crittin, directeur de la RTS.

Quant au Syndicat suisse des mass media (SSM), il insiste également sur l’incertitude, mais pour d’autres motifs: «Ce n’est qu’un projet de la direction. Monsieur Crittin oublie qu’il est soumis à la consultation du personnel», rappelle la secrétaire régionale Valérie Perrin. Elle estime à 150 le nombre de personnes concernées par ce déménagement.

Un sentiment de trahison

À l’heure où la RTS rassemblait ses employés pour leur annoncer ses intentions, le Conseil d’État genevois s’est fendu d’un communiqué. Il déplore le départ des «news», c’est-à-dire du téléjournal, de Genève, où il est réalisé depuis 1981, ainsi que des émissions d’actualité. Cette mutation privera notre canton d’une activité historique», poursuit Antonio Hodgers, président et signataire du communiqué de l’Exécutif genevois.

Ce déménagement «réduira le personnel actif dans la tour RTS et potentiellement aussi l’emploi alentour». Le propos du conseiller d’État est sévère: «Nous avons un sentiment de trahison. Six mois après une campagne qui a engagé le gouvernement et les Genevois, nous découvrons que le média public déploie à son tour des arguments managériaux pour justifier une vision financière. Il adopte les mêmes stratégies que les groupes privés.» Pour Antonio Hodgers, la RTS révèle sa vision à court terme. «En s’éloignant des cantons, elle risque de perdre son adhésion identitaire», dit-il. Le risque? «Dans cinq ou dix ans, si la population est de nouveau amenée à voter, je ne suis pas sûr que le soutien sera aussi large.»

Les transferts ont débuté

Six mois après le refus de l’initiative «No Billag», voilà donc le déploiement annoncé de mesures d’économies. Pour la RTS, 15 millions sont à trouver (sur un plan total de 100 millions pour l’ensemble de la SSR). Les effectifs sont concernés, tout comme les locaux occupés, qui doivent diminuer de 25%.

En réalité, les transferts ont déjà commencé entre Genève et Lausanne. Ils concernent les journalistes qui alimentent le site RTS Info, bientôt rattachés à un «desk news» basé dans la capitale vaudoise. Combien sont-ils? Si la direction en compte «une demi-douzaine», plusieurs sources internes affirment qu’ils sont bien davantage. «Le choix s’est porté sur Lausanne dès lors qu’il convient de travailler en étroite collaboration avec les flashistes radio», fait savoir une porte-parole de la RTS. Ce regroupement s’inscrit dans un projet cher à la direction, celui de regrouper les rubriques, qu’elles produisent des contenus vidéo, audio ou numériques.

Il confirme que l’avenir d’un bon nombre de journalistes du service public se trouve à Lausanne. Genève, après avoir perdu «La Suisse», le «Journal de Genève» et une partie de la rédaction de la «Tribune de Genève», perd encore de son aura sur la scène médiatique.

«Détruire un équilibre»

Un élu se démène sur la question depuis longtemps. Plusieurs années, même. D’ailleurs, Manuel Tornare, conseiller national genevois, avait prévu d’interpeller le Conseil fédéral la semaine prochaine pour exprimer sa crainte d’un transfert des rédactions à Lausanne. «Je me sens berné», tempête l’ex-maire de Genève. C’est qu’en 2015, le Conseil fédéral lui avait assuré que «sur la base des informations dont il dispose, il estime que Genève va garder son importance en tant que site de production TV». Aujourd’hui, les intentions se dirigent dans le sens contraire. «Ce n’est pas un match entre Genève et le canton de Vaud, précise Manuel Tornare. Mais nous ne sommes pas un pays jacobin, la cohésion fédérale repose sur la décentralisation. Or, Genève a déjà perdu plusieurs titres de presse en quelques années. Retirer la télévision, c’est détruire l’équilibre, ça ne va pas.» Manuel Tornare déplore par ailleurs un Conseil d’État genevois «trop tiède» sur la question.

Berne sacrifiée

À l’inverse, les autorités du Canton de Berne ont fait grand bruit quand le projet de transférer les journalistes de la radio SFR à Zurich a été présenté au printemps. Mais la colère des élus et journalistes n’a pas fait broncher les dirigeants de la SSR. Mercredi, ils ont confirmé le transfert à Zurich. Environ 170 personnes quitteront la capitale pour les studios des bords de la Limmat. Montant des économies: 5 millions. Comment ne pas voir dans ces regroupements en Suisse alémanique les prémices d’une centralisation des équipes romandes?


«Ce n’est pas la localisation qui importe»

Transférer l’info à Lausanne, c’est son projet. Pour Pascal Crittin, directeur de la RTS, Genève gardera une place importante.

Pourquoi l’information doit-elle être produite à Lausanne?
J’insiste, il s’agit d’un projet qui doit être étudié. Ce n’est pas la localisation qui est importante, mais notre capacité de répondre à l’évolution des médias et de toucher tous les publics.

Avec la TV à Genève et la radio à Lausanne, n’y a-t-il pas un équilibre cohérent?
Cette division est une décision du Conseil fédéral de 1959. Aujourd’hui, nous assistons à la poussée de l’offre digitale et à la diminution de la consommation de radio et de télévision. Nous devons travailler au renforcement des convergences entre médias.

Le Conseil d’État genevois a des mots forts: il parle de trahison…
Le projet est de rester sur deux sites. Genève demeurera une place forte: nous sommes attachés à la tour et au symbole qu’elle représente. Aujourd’hui, 1200 personnes y travaillent. Si le projet se concrétise, il en restera environ un millier.

Vous pourriez louer des locaux?
C’est possible.

La population a largement montré son attachement à l’équilibre régional en balayant «No Billag». Votre stratégie de centralisation, c’est suicidaire?
Regardez nos programmes: nous avons des bureaux régionaux dans tous les cantons, y compris à Genève. Il n’y a pas plus décentralisé que nous! Ce ne sont pas trente minutes de train qui vont nous empêcher de remplir notre mission. L.D.S.

Créé: 19.09.2018, 21h37

Deux villes, deux médias

Au départ, il y avait TV-Genève et TV-Lausanne, deux expérimentations télévisuelles nées au début des années 50. Puis, le Conseil fédéral met fin à la rivalité et aux concessions. En 1960, il attribue à Genève le centre de télévision, et le siège de la Radio suisse romande à Lausanne. Après l’âge d’or de la télévision (années 60) et le bouleversement du numérique (à partir des années 90), la Télévision suisse romande (TSR) et la Radio suisse romande (RSR) fusionnent en 2010. Leurs contenus et leurs équipes convergent. L.D.S.

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