«Genève ne se donne pas les moyens de loger ses enfants»

Grand Genève Dans un avis consultatif, les élus de France voisine critiquent la mise à jour du Plan directeur cantonal.

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Inutile de savoir lire entre les lignes pour comprendre que la mise à jour du Plan directeur cantonal 2030 fait grincer des dents en France voisine. Le préfet de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, Henri-Michel Comet, et les élus du Pôle métropolitain du Genevois français (ndlr: qui réunit les collectivités françaises entourant Genève) ne mâchent pas leurs mots.

En substance, les partenaires français reprochent au Canton son incapacité à gérer les conséquences de son attractivité. Dans un avis consultatif émis le 18 mai, ils mettent en avant la trop faible réponse à la demande de logements ou encore le manque de développement de l’offre de transports publics sur les pénétrantes transfrontalières. Sur ce dernier point, ils rejoignent les sept communes de la Champagne (Aire-la-Ville, Avusy, Avully, Chancy, Cartigny, Laconnex et Soral) qui ont récemment émis un préavis négatif sur le même sujet (lire notre édition du 28 juin).

«Effort notable du Canton»

Sur la forme, le président du Pôle métropolitain et maire de Thonon, Jean Denais, voit d’un bon œil le fait d’avoir été consulté. Il salue aussi «l’effort notable du Canton pour trouver les espaces nécessaires à la réalisation du Plan directeur cantonal».

Des points positifs contrebalancés par d’importantes critiques. «L’objectif de 2500 logements par an n’est pas atteint. Les efforts consentis dans le plan directeur permettront d’absorber la croissance mais ne modifient pas la situation actuelle du marché du logement», lâche Jean Denais. La demande des Français, s’appuyant sur les objectifs de rééquilibrage au sein du Grand Genève, se situe entre 3000 et 3500 logements par an sur le territoire cantonal.

Le propos est d’autant plus critique que l’argument du manque de foncier ne colle pas avec les prévisions de développement des zones économiques. Rappelant qu’entre 2016 et 2030, le Canton prévoit la création de 60 000 nouveaux emplois (4300 par an), l’élu de France voisine ironise: «Il est plus facile semble-t-il de trouver de la place pour agrandir les zones d’activités que pour créer du logement. Cela interroge sur les choix et la capacité du Canton à loger ses propres enfants.»

Pour rappel, entre 2000 et 2010, 65% des nouveaux logements ont été construits en France, 24% dans le canton de Genève et 11% dans le district de Nyon. Dans l’avis, les Français reprochent ainsi au plan directeur de «valider pour le court, moyen et long terme le déséquilibre territorial au lieu de le freiner». De quoi faire dire au président du Pôle métropolitain que «le Canton ne peut pas reporter indéfiniment sur ses voisins les charges de son développement».

La question de la mobilité

S’exprimant lui aussi sur le sujet dans une lettre adressée à Antonio Hodgers, conseiller d’Etat chargé de l’Aménagement, le préfet de région Michel-Henri Comet estime pour sa part que «le Canton ne peut ignorer les impacts de ses décisions d’aménagement et projets sur les communes françaises (bruit et aéroport, géothermie ou encore pression foncière). Autrement dit, le périmètre de réflexion et de planification ne saurait se dilater et se contracter au gré des intérêts genevois.»

Enfin, les Français se montrent particulièrement véhéments sur la question de la mobilité. «Nous regrettons que la politique de développement des transports collectifs soit priorisée dans les secteurs centraux du canton et non également sur les grandes pénétrantes transfrontalières», lit-on dans l’avis. Les sept communes genevoises de la Champagne ont, elles aussi, déploré cette mesure et ses conséquences. «C’est une question de cohérence, renchérit Jean Denais. Les déséquilibres transfrontaliers aggravent les difficultés de déplacement au sein du Grand Genève. Cela dégrade la qualité de vie et la santé des habitants.»

A l’instar des communes genevoises, Jean Denais espère que «ces avis serviront à faire évoluer le projet de mises à jour avant qu’il ne soit transmis au Grand Conseil». Au Département de l’aménagement, du logement et de l’énergie (DALE), on assure que des rencontres sont prévues à partir de la rentrée avec les différents acteurs pour évoquer les points critiques, sans commenter davantage sur le fond pour l’heure.

Créé: 14.07.2017, 18h18

Qu’est-ce-que le plan directeur?

Le Plan directeur cantonal
Le PDCn 2030 définit les principaux projets urbanistiques pour les treize prochaines années. Il a été adopté le 20 septembre 2013 par le Grand Conseil.

L’objectif Selon le site de l’Etat, c’est le «nouveau document de référence et de coordination pour l’aménagement du territoire cantonal. Il offre un potentiel de 50 000 futurs logements et contribue à la constitution d’une agglomération compacte, verte et multipolaire.»

La mise à jour Lorsqu’en 2015, le Conseil fédéral a validé les intentions urbanistiques du Canton à l’horizon 2030, il a émis quelques réserves. L’actuelle révision du PDCn 2030 vise à intégrer les remarques de Berne.

Trois thématiques concernées
Il s’agit du dimensionnement de la zone à bâtir, de la protection des meilleures terres cultivables que sont les surfaces d’assolement et d’une meilleure coordination entre urbanisation et transports.

La dernière version du PDCn
réduit ainsi l’emprise sur la zone agricole en densifiant les zones à bâtir. Il s’agit de la plus grande nouveauté de cette mise à jour.
C.G. et M.P

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