Genève maintient l’alerte sur la pollution de l’air

SantéLe taux d’ozone est toujours trop haut en Suisse romande. Les Verts et des personnes âgées déplorent l’insuffisance des mesures prises par le Conseil d’État.

Un taux d’ozone élevé affecte les voies respiratoires. Les personnes asthmatiques, les enfants et les personnes âgées sont les plus à risque.

Un taux d’ozone élevé affecte les voies respiratoires. Les personnes asthmatiques, les enfants et les personnes âgées sont les plus à risque. Image: GETTY IMAGES

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Malgré l’orage et la pluie de dimanche soir, la pollution de l’air à Genève reste inquiétante. Notamment en ce qui concerne le taux d’ozone, un gaz qui se forme sous l’action de la lumière du soleil en présence de polluants (CO2 et dioxyde d’azote). «Les niveaux ont un peu baissé, mais pas encore suffisamment pour que l’on puisse lever l’alerte», indique Philippe Royer, directeur du Service de l’air, du bruit et des rayonnements non ionisants (Sabra).

«Nous nous coordonnons avec le reste de la Suisse romande. Il faut trois lieux où l’on mesure un taux d’ozone supérieur à 180 microgrammes d’ozone par mètre cube pour déclencher l’alerte, et que tous les trois lieux soient à nouveau sous ce taux. En ce moment, même si Genève se situe actuellement en dessous, le canton de Vaud dépasse encore cette limite.»

«Mesures insuffisantes»

L’alerte pollution ne consiste pourtant qu’en une recommandation basée sur la bonne volonté des citoyens: il était conseillé de rouler à 80 km/h sur l’autoroute de contournement et d’utiliser les transports publics, les TPG abaissant leurs tarifs. Mais aucune mesure contraignante n’a été prise.

Pour les Verts genevois, ces mises en garde sont insuffisantes. Dans un communiqué, le Parti écologiste préconise «une circulation alternée, la fermeture de certains axes au trafic individuel motorisé, la limitation massive de la climatisation en particulier dans les véhicules motorisés».

«Ça brûle dans la gorge»

La légèreté des mesures pour limiter la pollution de l’air fait également tousser Marie, 70 ans, habitante du quartier de Malagnou. La retraitée consulte régulièrement son médecin pour des dyspnées – difficultés respiratoires – qui s’aggravent lors des pics de pollution. «Ça brûle dans la gorge et je ne peux plus respirer. Les bouchons de voitures le matin puis à 16 h 30 entre l’avenue Krieg et l’avenue de Malagnou dégagent une fumée bleue vraiment irritante.»

Elle en veut au Conseil d’État de n’avoir pas anticipé la situation par des limitations du trafic «comme à Paris», qui a interdit l’accès à la ville et son agglomération aux véhicules les plus polluants depuis le 1er juillet.

Une autre habitante du quartier, Renée, 87 ans, non-fumeuse comme Marie, voit aussi sa santé affectée par la pollution. «Depuis quarante ans, je perds ma voix lors des grandes chaleurs de l’été, et je parle comme une vendeuse de journaux. J’ai fait des batteries d’examens médicaux, on a soupçonné un cancer des cordes vocales, mais rien. Pourtant, à chaque fois qu’il pleut, je constate que ma voix revient, et qu’en hiver, je n’ai pas de problème. J’ai compris que c’était lié à l’ozone dans l’air.»

Pire à la campagne

La situation ne s’améliore pas au fil des ans, comme le montre le graphique ci-contre. Les points de mesure répartis dans le canton montrent une augmentation, légère mais constante, des concentrations moyennes d’ozone ces vingt dernières années. Chose apparemment étonnante: le milieu rural et la périphérie sont davantage touchés que le centre-ville. «Car d’autres polluants – comme le monoxyde d’azote – attaquent l’ozone en milieu urbain et font baisser son taux», explique Philippe Royer. Le jogging en fin de journée est donc «fortement déconseillé pendant les pics de pollution, particulièrement à la campagne, qui hérite du nuage de pollution de la ville». Le bord du lac au matin est donc à préférer.

À noter encore que les valeurs limites fixées par la Confédération sont dépassées de manière chronique. Selon l’ordonnance sur la protection de l’air, la valeur de 120 microgrammes par m3 ne devrait être dépassée, en moyenne horaire, qu’une seule fois par année. Or, ces seuils ont été franchis durant 160 heures au centre-ville en 2018. Pire: dans la périphérie et à la campagne, ce fut le cas près de 400 fois, ce qui correspond à environ 80 journées. L’année 2018 a été l’une des pires avec 2003 et 2015, qui ont toutes connu de fortes canicules. Qu’en sera-t-il de 2019?

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Hodgers veut des mesures annuelles

«L’ozone est un polluant secondaire, qui ne va pas directement du moteur aux voies respiratoires comme les particules fines. Contrairement à ces dernières, le taux d’ozone ne diminue pas par des actions chocs entreprises uniquement lors de pics de pollution», assure le président du Conseil d’État Vert Antonio Hodgers.

Pas de quoi fouetter un chat? «Au contraire, la situation est grave et des mesures contraignantes doivent s’appliquer tout le temps.» Lesquelles? «D’abord, des normes contraignantes supplémentaires concernant les filtres pour l’industrie. C’est ce que nous allons appliquer à Cheneviers IV. D’ici la fin de la législature, les chaudières au mazout seront interdites pour les nouvelles constructions, ainsi qu’une réduction massive des feux de cheminée en ville. Enfin, nous prévoyons le déploiement de centaines de bornes électriques. Enfin, un soutien financier de 1500 francs à l’installation de bornes de recharge pour voiture électrique chez les particuliers est déjà en vigueur.» Quant au trafic routier, des mesures sont aussi prises, même si elles visent bien plus à diminuer les particules fines que le taux général d’ozone: «D’ici un an, nous appliquerons le même système des macarons qu’en France pour distinguer le niveau de pollution des véhicules. De cette manière, les plaques françaises seront soumises à la même réglementation sur le territoire genevois.»

D’ici un an également, une nouvelle loi sur la protection de l’environnement entrera en vigueur à Genève. Elle prévoit des réglementations strictes lors de pics de pollution, avec notamment – selon les niveaux d’alerte – l’interdiction de circuler appliquée à des catégories de véhicules, la gratuité des transports publics et l’interdiction de faire du feu.

À quoi servaient finalement les alertes récentes du Conseil d’État sur le taux d’ozone, que les Verts jugeaient cosmétiques? «La sensibilisation est importante pour que les citoyens prennent conscience de cette problématique», estime Antonio Hodgers. MAR.G.

Créé: 02.07.2019, 06h49

Hausse des admissions aux urgences

Les urgences des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) font face à une «surcharge importante» depuis la fin de la semaine dernière. «On n’a pas encore suffisamment de recul pour affirmer que cette hausse des admissions est due à la pollution mais ce qui est sûr, c’est qu’elle est liée aux conditions climatiques de ces derniers jours», fait savoir le Service des médias des HUG.

En 2015, une étude de l’Office fédéral de l’environnement avait montré que 3000 personnes mouraient chaque année en Suisse des suites de la pollution atmosphérique (ozone, mais aussi particules fines, oxydes d’azote, etc.). Les personnes déjà malades voient leur état de santé aggravé par la pollution, tandis que celui des personnes bien portantes est altéré à moyen terme.

Les HUG ne disposent pas de spécialiste des effets de la pollution sur la santé. Ils renvoient au professeur Pierre-Olivier Bridevaux, chef du service de pneumologie à l’Hôpital du Valais. «Pour ce qui est de l’ozone en basse altitude, ses effets négatifs sur la santé sont particulièrement marqués. Plus les concentrations augmentent, plus la fonction respiratoire est diminuée», dit-il.

Le spécialiste souligne que plusieurs études ont mis en évidence un excès de mortalité respiratoire chez les individus chroniquement exposés à des taux élevés de pollution à l’ozone. «Les personnes qui souffrent de maladies pulmonaires et les jeunes sont les plus à risque», ajoute-t-il.

Pour se prémunir, il faut limiter son exposition. «Éviter, par exemple, l’exercice physique aux heures les plus chaudes où les taux d’ozone sont les plus élevés», recommande Pierre-Olivier Bridevaux. En revanche, porter un masque n’est pas très utile. «L’ozone est une molécule de petite taille non retenue par les filtres standards», note-t-il. Selon lui, il n’y a pas grand-chose que les individus puissent faire. «C’est à l’État d’agir avec des mesures visant l’amélioration de la qualité de l’air durant toute l’année.»
Théo Allegrezza

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