Genève investit deux fois plus que Vaud

500 000 habitantsIl a fallu investir pour maintenir le niveau de service offert à une population en hausse. Parfois, l’argent a manqué.

Le Léman Express constitue la plus grosse dépense d’équipement jamais consentie par le Canton.

Le Léman Express constitue la plus grosse dépense d’équipement jamais consentie par le Canton. Image: Paolo Battiston/Archives

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Le franchissement par Genève de la barre des 500 000 habitants coïncide avec l’inauguration d’importantes infrastructures. La plus marquante est le Léman Express. Pesant 1,5 milliard, cofinancé par Berne et les CFF, celui-ci constitue la plus grosse dépense d’équipement jamais consentie.

Ces prochaines années, les inaugurations seront légion. Il faudra ajouter au Léman Express, à la fin de 2019, l’ouverture de la plage des Eaux-Vives et la réouverture du Grand Théâtre, puis, en 2020, l’inauguration de la nouvelle Comédie, puis, en 2023, la fin de la rénovation des bâtiments les plus connus de la Genève internationale (Palais des Nations, OIT, etc.). On le voit, l’agrandissement du canton provoque la construction de nouvelles installations et la rénovation d’infrastructures existantes.

Le tunnel des années 90

Alors, champagne pour la Genève du XXIe siècle? Une certitude: le Canton voit se matérialiser le résultat d’une dizaine d’années d’efforts. Mais on revient de loin. Durant la décennie 1985-1994, l’État investit environ 500 millions de francs bruts par an. Quand la crise immobilière éclate, au début des années 90, la somme est maintenue pour soutenir l’activité économique. Mais année après année, les déficits s’accumulent et, ajoutés aux investissements que le Canton finance par l’emprunt, la dette passe de 2,8 à 8,4 milliards de francs. La réaction arrive. Dès 1995, on baisse la voilure et les investissements passent en moyenne à 400 millions de francs par an. On repousse des investissements importants et, plus globalement, on économise sur tout, y compris les frais d’entretien des immeubles publics, ce qui se paiera très cher dans le domaine scolaire dix ans plus tard. En 2000, l’étiage est atteint, avec 353 millions de francs seulement.

Explosion démographique

Le problème, c’est qu’en parallèle, la population explose. Entre 1985 et 2000, Genève gagne 42 000 personnes, pour atteindre un total de 413 000 habitants… Cette hausse, personne ne l’a vue ou n’a voulu la voir venir. En 2006, un peu penaud, un document de mise à jour du plan directeur cantonal élaboré à la fin des années 90 admet l’erreur. Mais le mal est fait: les infrastructures et les logements n’ont pas suivi alors que la pression sur l’espace public augmente. Bref, Genève craque de toutes parts. Que faire? Deux solutions s’offrent. La première, c’est de continuer à baisser la voilure. Pas absurde, puisque la dette augmente suite au sauvetage de la Banque cantonale. Mais c’est admettre un certain déclin. La conjoncture reprend, Genève choisit de baisser ses impôts et de relancer la machine. Pour la dette, on verra bien. Les investissements remontent à 473 millions de francs entre 2000 et 2007, puis à 600 millions en moyenne depuis (630 millions l’an passé).

Par rapport à Vaud, la différence est sidérante même si la répartition des tâches entre le Canton et les communes chez notre voisin est différente. En 2017, Vaud n’a ainsi investi «que» 287 millions de francs par an, moins de la moitié de la somme genevoise, alors que sa population (794 384 habitants) dépasse la nôtre de presque 300 000 personnes… Folie des grandeurs? «Il faut arrêter, s’indigne le conseiller d’État Antonio Hodgers, en charge du Département du territoire. Les investissements cantonaux doivent être mis en rapport avec la taille réelle de l’agglomération genevoise, qui, qu’on le veuille ou non, regroupe 800 000 personnes.» Un autre argument relativise la boulimie locale d’investissements: en 1985, Genève investissait 978 francs par habitant. Le montant est passé à 1260 francs. Mais 978 francs de 1985 vaudraient 1519 francs aujourd’hui, ce qui veut dire qu’en 1985, on dépensait, en valeur absolue, 17% de plus…

Mais ne pleurez pas pour Genève! Car les investissements cantonaux ne sont qu’une partie des investissements publics. L’activité des entités publiques, comme les SIG, Genève Aéroport, l’Université, etc., doit également être prise en compte. L’année dernière, alors que l’État dépensait 630 millions de francs, les entités ajoutaient 523 millions au pot pour l’extension de l’aéroport, l’amélioration du réseau thermique, la rénovation de Batelle, etc. Et il ne faut pas oublier les communes. En 2016 (les chiffres 2017 ne sont pas encore compilés), elles investissaient 354 millions de francs. Ce qui nous amène à un total approximatif mais stratosphérique de 1,5 milliard de francs d’argent public investi sur le territoire genevois par an…

Que faire maintenant?

Que fait-on de cet argent? Selon les comptes cantonaux de ces dernières années, les transports, la santé et la formation se sont taillé la part du lion. Et demain? En 2013, le Conseil d’État publiait un plan décennal d’investissement. Mais aucun document actualisé n’a été réalisé depuis, malgré les promesses de l’époque d’en sortir un par an… C’est le reflet sans doute de l’absence de vision à moyen terme du collège. Pour le conseiller d’État Antonio Hodgers, le fort rattrapage des années passées doit continuer, notamment «pour les transports publics avec les lignes de tram vers Bernex et Saint-Julien». Il évoque aussi la «raquette», nouvelle ligne CFF devant relier Cointrin à Versoix «Mais ces projets supposent la mise en place d’une gouvernance régionale, puisque ces infrastructures dépassent le territoire cantonal, et c’est le seul moyen de rééquilibrer la région, dont le mal-développement actuel, avec les logements hors de Genève et les activités dans le canton, se traduit par la pollution, le bruit et les embouteillages. Ne rien faire, c’est se condamner à subir.» Reste à convaincre les citoyens de suivre. (TDG)

Créé: 02.08.2018, 15h35

La rédaction sur Twitter

Restez informé et soyez à jour. Suivez-nous sur le site de microblogage

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Le PLR repousse son vote sur la démission de Maudet
Plus...