Genève n’a pas été épargné durant la Grande Guerre

1914-1918Des usines ferment, des blessés transitent par la gare: les Genevois ne font pas la guerre mais ils en ressentent les impacts.

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Si Genève n’a pas «fait» la guerre, elle l’a tout de même vécu. Quels sont les impacts du conflit sur la ville et ses habitants? Retour sur la vie genevoise entre 1914 et 1918 avec l’historien-réalisateur genevois David Lathion.

Comment les Genevois ont-ils perçu la réalité de la guerre?

David Lathion: Du fait de sa situation frontalière avec la France, le canton a connu la réalité de la guerre mieux que beaucoup d’autres en Suisse. Des trains de blessés transitaient par Genève et certains habitants se rendaient à la gare pour apporter de la nourriture ou leur soutien. Ils découvraient alors de leurs yeux des choses épouvantables. Une implication plus concrète a été celle des centaines de bénévoles travaillant à l’Agence internationale des prisonniers de guerre, intégrée au CICR, et installée au musée Rath durant le conflit. Sans oublier la relation de personne à personne, le paysan savoyard discutait avec ses clients genevois sur le marché par exemple. Il existait donc des liens de partage direct de l’information. A ce propos, la presse romande était fort appréciée des Français pour sa qualité d’informations. Certains commentateurs étaient jugés plus perspicaces — et sans doute moins censurés — que leurs homologues français.

Quels étaient les impacts concrets du conflit sur le quotidien des habitants?

Il y avait d’abord un impact sur l’activité professionnelle. Des usines fermaient, les salaires stagnaient alors que le coût de la vie augmentait. Les familles de mobilisés souffraient financièrement car la compensation pour perte de gain n’existaient pas. Certains secteurs industriels ont toutefois fait d’excellentes affaires grâce à la guerre, comme l’industrie chimique, automobile ou horlogère [ndlr: fabrication de mécanismes d’horlogerie pour l’artillerie], en adaptant leur infrastructure de production aux gigantesques besoins engendrés par le conflit. Mais ce n’est pas la population qui a bénéficié des retombées financières, ce sont les chefs d’entreprises et les détenteurs de capitaux. Les Genevois rencontraient aussi des problèmes de logements. Le secteur de la construction tournait au ralenti, il était difficile de trouver à se loger, malgré le départ de nombreux étrangers ou frontaliers.

L’approvisionnement posait aussi problème car le canton dépendait de la production de ses voisins, notamment pour les céréales. Or, de nombreux agriculteurs étaient au front...

Certaines denrées étaient certes rares, mais les marchés genevois restaient approvisionnés en produits français. La France a fixé des quotas pour les denrées autorisées à passer la frontière, ce qui a déclenché une explosion de la contrebande et du marché noir. Les tribunaux français prononçaient régulièrement des peines et des amendes pour de simples trafics d’œufs. Les Genevois qui ont souffert de la faim le devaient autant à la cherté de la vie qu’aux difficultés de ravitaillement du pays. Les autorités fédérales avaient bien anticipé le conflit en préparant l’armée, en revanche elles n’ont réagi que tardivement pour mettre en œuvre les mesures intérieures propres à améliorer le quotidien de la population.

Peut-on dire que Genève a été paralysé par la guerre?

Ce serait excessif. Des Genevois ont connu des privations ou des difficultés financières, d’autres ont fait d’excellentes affaires. Les banques notamment ont tiré profit de la déstabilisation du système monétaire international. Usant habilement du statut de neutralité et de la stabilité politique de notre pays, elles ont réussi un remarquable développement à l’international.

On oublie parfois que les Genevois ont aussi été mobilisés. Que sont devenues les campagnes sans leurs paysans?

Comme en France, ce sont les femmes, les enfants et les vieillards qui ont pris le relais, notamment pour terminer les moissons de 1914. Par la suite, les soldats démobilisés ou désœuvrés aux frontières ont fourni la main-d’œuvre nécessaire aux travaux agricoles.

Lire nos deux pages événements sur la Grande Guerre dans nos éditions payantes du week-end.

Créé: 22.08.2014, 17h18

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