Des députés exigent l'arrêt de l’hébergement souterrain

AsileUne motion de la gauche et du PDC demande au Conseil d’Etat ne plus loger de requérants d’asile plus de trois mois sous terre

Le Canton de Genève a logé des requérants d’asile dans des abris de protection civile en 1999, durant la guerre du Kosovo.

Le Canton de Genève a logé des requérants d’asile dans des abris de protection civile en 1999, durant la guerre du Kosovo. Image: Laurent Guiraud

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Le collectif «Stop Bunkers» vient de gagner une étape importante. Après avoir dénoncé, fin janvier, les conditions de vie «inhumaines» des requérants d’asile en abri PCi à l’Hospice général, il a obtenu le soutien de plusieurs députés. Une motion des Verts, des socialistes, du PDC et d’Ensemble à Gauche sera déposée demain au Grand Conseil. Le texte demande notamment à l’Exécutif genevois «d’abandonner le recours aux abris de protection civile pour un hébergement de plus de trois mois», mais également de reloger rapidement les requérants d’asile vivant dans ces locaux souterrains depuis plusieurs mois.

Interdit pour les Genevois

Dans son argumentaire, la motionnaire Verte Lisa Mazzone rappelle que le Haut-Commissariat aux réfugiés recommande aux pays «d’offrir tant l’asile que la possibilité de rétablissement» aux personnes persécutées dans leur pays. Elle relève également que la loi genevoise sur les constructions et installations diverses (LCI) spécifie que «les locaux dont le plancher se trouve au-dessous du niveau général du sol adjacent ne peuvent servir d’habitation». «Cela signifie que nous ne pouvons pas vivre sous terre, mais que l’on considère que les requérants d’asile le peuvent, s’indigne l’élue. Et donc que l’on estime que ce sont des êtres humains de seconde zone.» Et de préciser: «Pour la première fois, des réfugiés prennent la parole. C’est le signe que le seuil du tolérable et de l’humain a été dépassé.»

Le collectif Stop Bunkers est en effet composé de membres d’associations mais également de demandeurs d’asile vivant ou ayant vécu en abri PCi. Mardi passé, ces derniers ont réécrit à l’Hospice général, déplorant n’avoir reçu aucune réponse à leur première requête. La directrice de l’Aide aux migrants au sein de l’institution, Ariane Daniel Merkelbach, se défend en expliquant avoir «reçu une petite délégation du collectif Stop Bunkers le jour de leur manifestation afin de les entendre sur leurs préoccupations» et indique avoir «promis une réponse écrite que nous sommes en train de rédiger».

En attendant, les habitants des abris PCi continuent à dénoncer leurs conditions de vie sous terre. «Dans les bunkers, nous n’avons pas d’air frais, pas de soleil, de la nourriture mauvaise et avariée et n’arrivons pas à dormir à cause du bruit mais aussi de la lumière allumée 24 h sur 24; impossible d’éradiquer les punaises de lit et les maladies respiratoires», énumère Dawit Andu, vivant à l’abri d’Annevelle, au Petit-Lancy, depuis neuf mois avec actuellement 74 autres hommes.

«Comme une prison»

Depuis son arrivée il y a sept mois, Mohammad Jadallah, journaliste soudanais, documente la vie à l’abri de Châtelaine avec son téléphone portable – «qui ne capte pas de réseau sous terre». Il fait défiler les images de dortoirs de lits à trois étages bondés, de jus de fruits périmés et la photo du camion qui livre les barquettes repas. «La nourriture reste plus d’une semaine au frigo et certains ont été malades en la mangeant. Les menus sont toujours les mêmes, des pâtes ou du riz. Ne serait-il pas possible de varier un peu?» Les plats sont réchauffés au micro-onde, les consignes de sécurité des abris PCi interdisant de cuisiner à l’intérieur.

Dawit Andu se plaint du manque de sanitaires mais aussi de n’avoir pas dormi depuis deux jours. «Un homme ivre et drogué crie toute la nuit mais les agents de sécurité ne font rien pour l’arrêter, décrit-il. Avant, je respectais les gens mais maintenant je n’y arrive plus…» «C’est comme vivre en prison, conclut Mohammad Jadallah. Sauf qu’en prison, tu peux recevoir des appels, des visites et manger équilibré.»

Le collectif Stop Bunkers réfléchit à organiser une manifestation pour sensibiliser la population. Lisa Mazzone espère convaincre les députés de la Commission sociale, qui devrait étudier la motion, de visiter les abris PCi «qui ne peuvent être considérés comme faisant partie de notre parc de logements pour requérants». (TDG)

Créé: 22.02.2015, 17h43

Articles en relation

«Il faut nuancer la hausse des demandes d'asile»

Asile Pour l'association Vivre Ensemble, l'hébergement de demandeurs d'asile au sein d'abris de protection civile s'est banalisé. Plus...

«Ici, on devient chaque jour un peu plus invisible»

Foyer des Tattes Trois mois après l’incendie du centre d’hébergement verniolan, les requérants d’asile restent sous le choc. Et sans espoir. Plus...

Asile: des procédures accélérées font gagner 30% de temps

Canton de Zurich Après dix mois de tests au centre-pilote fédéral à Zurich. Le Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM) tire un bilan positif. Plus...

Les renvois par avion ont coûté 8,5 millions en 2014

Asile Près de 8600 requérants ont été renvoyés de Suisse par voie aérienne l'an dernier, contre près de 12'000 en 2013. Plus...

Abri PCi, une solution provisoire qui dure

Le 11 septembre 1999, la Ville de Genève ouvre son premier abri PCi pour loger des requérants d’asile. La guerre frappe les Balkans, les quatre centres d’enregistrement de Suisse sont pris d’assaut. A Genève, on estime que près de deux cents exilés se retrouvent soudain à la rue. Le besoin de toit est urgent. «Le provisoire est devenu une habitude», écrit Le Temps un mois plus tard à ce sujet.
Le recours aux abris de protection civile devient en effet systématique. Et ce, bien que le nombre de demandes d’asile reste stable. Dès 2002, l’Hospice général, qui gère l’hébergement des requérants à Genève, invoque la «pénurie du logement» pour justifier l’utilisation de ces lieux. En 2006, la décision prise par Christoph Blocher de ne plus autoriser les cantons à faire des «réserves» en matière d’hébergement met une pression supplémentaire. Des foyers d’accueil ferment, peu ouvrent. Les personnes ayant obtenu l’asile peinent à trouver un appartement et l’Hospice à obtenir l’autorisation de construire des lieux d’accueil. Elle se rabat donc sur cette solution pourtant coûteuse: ouvrir un abri PCi revient à près de 1 million de francs par an.
En 2009, l’institution a déjà doublé voire triplé le nombre de lits par chambre dans ses centres lorsqu’elle demande la réouverture «provisoire» de deux abris PCi. Elle s’engage à n’y loger que des hommes déboutés dans l’attente de leur renvoi. Ou des «cas Dublin», devant être renvoyés vers le premier pays européen où ils ont touché terre, selon l’accord du même nom.
Au fil des ans, l’Hospice ne parvient pas à construire les 500 places d’hébergement espérées. L’abri de Châtelaine est rouvert entre mai 2011 et juin 2013. Puis en octobre passé. L’abri d’Annevelle au Petit-Lancy ouvre en mars 2012. Ils n’ont pas fermé depuis. Mais leur population a changé. Des hommes célibataires y sont toujours logés, mais plus forcément dans l’attente de leur renvoi. Certains viennent d’arriver et attendent que la Suisse leur offre l’asile.L.G.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

La révolte des gilets jaunes
Plus...