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La Ville déclare la guerre «aux mégots, pas aux fumeurs»

Une nouvelle technologie permet de mesurer le nombre de bouts de cigarettes jetés, et d'en rendre compte sur cinq grands compteurs.

Genève, 24 septembre 2018. Place Neuve. La ville de Genève lutte contre la pollution nocive des mégots de cigarettes. Elle installe des compteurs pour démontrer son importance.
Genève, 24 septembre 2018. Place Neuve. La ville de Genève lutte contre la pollution nocive des mégots de cigarettes. Elle installe des compteurs pour démontrer son importance.
Laurent Guiraud
Genève, 24 septembre 2018. Place Neuve. La ville de Genève lutte contre la pollution nocive des mégots de cigarettes. Elle installe des compteurs pour démontrer son importance.
Genève, 24 septembre 2018. Place Neuve. La ville de Genève lutte contre la pollution nocive des mégots de cigarettes. Elle installe des compteurs pour démontrer son importance.
Laurent Guiraud
Guillaume Barazzone, conseiller administratif, en charge du Département de l'environnement urbain et de la sécurité
Guillaume Barazzone, conseiller administratif, en charge du Département de l'environnement urbain et de la sécurité
Laurent Guiraud
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Des chiffres rouges sur six positions. Ce pourrait être le montant de la dette, c'est en fait le nombre de mégots détectés à terre. Cinq grands compteurs sont en train d'être installés à l'entrée du Parc des Bastions, sur la place du Molard, de la Navigation, Bel-Air et devant l'entrée de la gare à la rue du Mont-Blanc. A l’œil nu, on s'amuse à compter 66 restes de cigarettes sur quelque 500 mètres. Mais le nouveau système intelligent de reconnaissance des déchets que teste la Ville de Genève fait mieux: en à peine 24 heures, il a déjà repéré plus de 476 000 cadavres. Et sachant que la campagne de sensibilisation va durer deux mois, il est à craindre que l'espace dévolu à la numérotation sur le panneau d'affichage ne suffise pas.

Le sujet peut crisper, et le magistrat en charge de l'environnement urbain, Guillaume Barazzone (PDC), ménage habilement les sensibilités dans son discours. «Nous n'allons pas déclarer la guerre aux fumeurs, mais aux mégots. On ne veut pas être moralisateurs et donneurs de leçons, mais expliquer les conséquences environnementales d'un geste qui parait anodin mais qui ne l'est pas. Cela peut faire changer les comportements des fumeurs pour qui c'est un réflexe et qui ne voient pas où est le problème.» Des autocollants et des affiches seront apposés sur des poubelles, des abribus et des trottoirs, notamment près des bouches d’égouts. «La plupart des gens ignorent que ces eaux ne sont pas traitées, explique Suzanne Mader, secrétaire générale de l'association pour la sauvegarde du Léman. Les produits d'un seul mégot - nicotine, pesticides, arsenic, mercure, plomb - peuvent polluer jusqu'à 500 litres d'eau. Parfois les poissons décèdent en quatre heures. Le filtre est composé d'acétate de cellulose qui se fragmente en microplastiques, et peut être ingéré par la faune.»

En plus de la pollution, il y a le coût. «Les mégots sont petits, et se glissent dans les interstices, entre les pavés, dans les l'herbe, reprend Guillaume Barazzone. Ils sont très difficiles à ramasser et cette opération est très coûteuse en proportion à l'objet.» En conséquence, la Municipalité investit une centaine de milliers de francs dans une nouvelle technologie développée par l'entreprise Cortexia, une start up basée à Châtel Saint-Denis, en partenariat avec l'EPFL. Des vélos, balayeuses et camion-poubelles seront équipés d'une caméra, dont les images ne seront pas enregistrées mais traitées directement grâce un système d'intelligence artificielle qui distingue et comptabilise les divers types de déchets (mégots, feuilles, cannettes etc.) Un gadget? «Cela permet de savoir où sont les problèmes, d'entreprendre des actions pour les résoudre, et de mesurer ensuite l'effet de ces actions, détaille Andreas Von Kaenel directeur de Cortexia. Les Villes comprennent vite l'intérêt, il ne s'agit pas de nettoyer plus mais de nettoyer mieux.» Ainsi, une vingtaine de lieux dans l'hypercentre seront quotidiennement filmés par des caméras, soit 16 km de routes et trottoirs, afin d'établir une cartographie des déchets. Les Villes de Carouge et Toulouse sont en phase d'expérimentation.

En parallèle, 10 000 cendriers de poche seront distribués. Aujourd'hui 600 cendriers fixes sont accolés aux poubelles. «On pense que ce n'est pas assez, indique l'édile. On va en installer cinquante de plus dans un premier temps, pour faire des analyses de données, voir si ça fonctionne avant de généraliser.» Il incite par ailleurs les cafetiers restaurateurs à installer des cendriers portables sur leurs terrasses.

Après cette campagne préventive, la Ville se réserve la possibilité d'engager des actions plus répressives. «La Voirie n'a pas encore de base légale pour amender directement les contrevenants, elle doit passer par la police municipale qui dénonce l'infraction au Service cantonal des contraventions», relève l'élu. Le chiffre de l'amende tient, lui, sur trois positions seulement, jusqu'à 250 francs. Reste à savoir quel chiffre les citoyens concernés retiendront comme le plus dissuasif.

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