Quand Genève cardait le poil de mouton et filait la paille

Commémorations du bicentenaireL’artisanat genevois du XIXe siècle est mis à l’honneur au jardin Anglais. Tuyautage de dentelle et tatouage d’Indiennes au programme.

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L’espace-temps s’est distendu au jardin Anglais. Dans un coin d’herbe près de la fontaine, on est revenu deux siècles en arrière. On file la laine au tempo du rouet et on tatoue des Indiennes. Dans le cadre du Ge200.ch, qui célèbre ce week-end le bicentenaire de l’entrée de Genève dans la Confédération, la Fédération cantonale des costumes genevois et l’association du Feuillu de Plan-les-Ouates font revivre l’artisanat genevois de la Restauration.

Ses mains brodent délicatement une coiffe de mariée, avant de tuyauter de la dentelle. «Tuyauter»? Dompter la dentelle à coups d’amidon pour lui donner la forme d’une série de plis arrondis. Elle ira décorer des coiffes ou, dans sa version XXL, deviendra fraise autour du cou des nobles. Les mains dompteuses sont masculines. Lionel Jacquemoud, 35 ans, fait partie de la Fédération, adore les costumes et l’artisanat. «Un artisan m’a appris son savoir-faire mais j’ai dû trouver moi-même le mélange pour discipliner la dentelle…» Un peu d’amidon de riz et de la gomme arabique, pour le reste, c’est secret. «A l’époque, le costume était un peu la carte d’identité du Genevois, raconte l’artisan, jardinier de profession. La hauteur de la dentelle indiquait sa richesse et sa disposition son origine. Le bijou en argent indiquait un cœur à prendre, l’or la femme mariée.» «C’était plus pratique qu’aujourd’hui…», soupire notre photographe.

A côté de la dentelle disciplinée, l’Indienne se fait tatouer. Daniel Fauchez, sculpteur, grave des tampons en bois pour créer des tissus imprimés, les fameuses Indiennes. «A l’origine, des tissus ont été ramenés par la Compagnie des Indes. Les Genevois se sont lancés dans cet artisanat en réaction au monopole de la soie imposé par Lyon la catholique.» Plus loin, le brin se fait tresser. Au XIXe siècle, la paille passait au fuseau. Après quarante allers-retours sous un rouleau compresseur miniature, après avoir trempé dans l’eau, le brin se file pour former des parures. La laine aussi fait des fils, sous le rouet de Micheline Devegney, présidente de la Fédération. Les laines utilisées sont 100% genevoises, tout comme leur coloration. «On utilise des écorces ou des pelures d’oignons pour les teintures», explique Micheline. Intarissable, elle rapporte encore qu’à l’époque, on ne se fatiguait pas trop pour laver le poil de mouton: la tonsure dans un sac, le sac dans une rivière, laissez reposer trois semaines et le tour était joué.

Par contre, on se fatiguait les yeux. Les dentellières finissaient souvent leur carrière aveugles. «On les faisait travailler dans des caves car l’humidité rend le fil souple et évite qu’il ne casse», raconte Micheline. Anne-Marie ne travaille pas à la cave, porte des lunettes mais a encore une bonne vue. Elle fabrique de la dentelle depuis plus de dix ans, «c’est relaxant».

Plus d'information dans nos éditions payantes du week-end.

Créé: 30.05.2014, 20h53

Le week-end est chargé d’histoire comme d’événements commémoratifs. A ne pas manquer notamment, samedi 31 mai, le grand défilé du bicentenaire met à l’honneur les traditions suisses et genevoises, de 1814 à nos jours (musique, drapeaux, costumes, véhicules…). Départ au parc des Bastions à 14 h 30, arrivée au Port-Noir à 16 h 30.

Dès 16 h, six barques à voiles latines du Léman se laisseront admirer au large du quai Gustave-Ador. Entre-temps, les saynètes se poursuivent au Jardin anglais.

Dimanche 1er juin à 9 h, au même endroit, place à la régate. Enfin, tandis que la parade navale rappellera le débarquement de 1814, dimanche à partir de 15 h, la cérémonie officielle célébrera l’entrée de Genève dans la Confédération helvétique. En présence des autorités fédérales, cantonales et communales. (L. D.S.)

Notre dossier sur le bicentenaire et l'accès au site officiel ge200.ch, à la page Facebook du 200e et #ge200.

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