Genève, capitale suisse de la marche, fief du vélo

EnquêteLes chiffres quinquennaux de la mobilité sont rendus publics. Un expert décrypte les grandes tendances.

Sébastien Munafò, directeur genevois du bureau de recherche 6t.

Sébastien Munafò, directeur genevois du bureau de recherche 6t. Image: Georges Cabrera

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Comment les habitudes de déplacement des Genevois évoluent-elles? Le volet local de l’énorme enquête nationale MRMT (lire ci-contre et voir l'infographie ce-dessus) vient tout juste d’être rendu public ce jeudi. C’est le cabinet spécialisé 6t-bureau de recherche qui a été chargé par l’État de décrypter cette masse de données, notamment en les comparant à celles issues des éditions antérieures. Son directeur pour Genève, Sébastien Munafò, nous livre les grandes tendances. Entretien.

Les chiffres globaux peuvent donner l’impression d’une évolution très lente.
L’enquête dégage les parts de marché des divers modes de déplacement. Au sein d’une population croissante, une proportion qui stagne peut donc révéler une hausse du trafic. Mais je ne partage pas votre constat global. À chaque édition, on est surpris de voir à quel point les choses bougent, avec des tendances lourdes.

Il s’agit d’une diminution de l’équipement en voiture, et cela dans tout le canton. Ce ne sont pas que les habitants du centre-ville dense qui renoncent à la voiture, c’est désormais aussi en périphérie que les ménages s’en passent (ils sont 25% en première couronne contre 19% dix ans plus tôt). Autrefois courants, les ménages ayant plusieurs voitures deviennent une espèce rare. L’auto c’est cher, les conditions de circulation sont mauvaises — la saturation du réseau est le principal levier de changement à Genève — et les alternatives sont intéressantes. Même si on adore détester les TPG, leur offre est bonne. Les abonnements de transport public progressent: 44% de la population cantonale en possède un (hors demi-tarif), contre 21% il y a quinze ans. La hausse de l’abonnement général CFF montre que les Genevois utilisent toujours plus le train et cela préfigure ce qui nous attend avec le Léman Express!

Reste que la mobilité douce, après son boom du début du millénaire, plafonne. La marche recule même en 2015!
C’est un recul d’un demi-point de pourcentage, pas significatif. Tout d’abord, pour la marche, c’est une stabilisation à un très haut niveau, le plus élevé de Suisse, bien plus fort que dans les autres villes du pays. On parle ici des déplacements entièrement réalisés à pied. Or la marche est aussi quasi systématiquement intégrée aux déplacements en transports publics, qui eux enregistrent une croissance.

Quant au vélo, il prend de l’importance, notamment en ce qui concerne les déplacements motivés par le travail. Il commence à s’imposer comme un outil de mobilité pragmatique de tous les jours et pour toutes les saisons et je parie que la prochaine enquête le confirmera: les comptages de vélo donnent des indices en ce sens. Genève se profile donc comme l’une des capitales romandes du vélo, tout en étant déjà la capitale suisse de la marche, un peu malgré elle.

Comment l’explique-t-on?
Par le caractère très compact de la ville. Si on compare Genève à la capitale, c’est comme si à chaque immeuble bernois on en ajoutait un deuxième par-dessus à Genève. Il y est donc facile et très rapide de se déplacer à pied. Beaucoup de gens font de la mobilité douce comme on fait de la prose, sans le savoir vraiment, sans être des militants. On marche juste parce que c’est plus simple, parce qu’on n’a pas envie de prendre un bus bondé pour deux arrêts. Cela concerne tous les âges. À l’inverse, la part de la voiture est plus faible à Genève que dans les autres villes suisses, mais il faut se souvenir que la partie française de l’agglomération n’est pas prise en compte dans cette enquête.

On n’a pas l’impression que la mobilité ait été pensée autour de la marche!
Cela commence. Mais dans beaucoup de projets, on est encore en train de placer les immeubles, puis regarder comment on conçoit les routes et les bus puis tout à la fin prévoir à l’interne du quartier un cheminement piéton qui fera joli sur l’image de synthèse. Mais on peine encore à imaginer que les gens peuvent se déplacer à pied bien au-delà de leur quartier et qu’ils peuvent même réaliser toute leur journée en marchant. Et ils le font déjà largement sur des échelles allant jusqu’à 1 ou 1,5 km. On devrait inverser la hiérarchie et penser d’abord la marche, ensuite le vélo, puis les transports publics et enfin individuels motorisés.

La part des transports publics à Genève peut sembler ténue, comparée à d’autres villes…
Cette part continue de progresser à Genève, ce qui est une bonne nouvelle alors qu’elle s’est mise à stagner dans certaines villes du pays. Si on additionne le nombre de déplacements effectués en transports publics urbains, en train et les trajets qui combinent transports publics et privés du type P+R (ndlr, combinaison de la voiture et des transports publics), on arrive à une part de 17% pour l’agglomération genevoise, contre 20% à Zurich, toujours à l’échelle de l’agglomération. Mais dans le détail, c’est surtout la part du train qui est faible à Genève (2% contre 9% à Zurich) et cela s’explique avant tout par le développement encore modeste du réseau de chemin de fer du canton.

On ne bouge pas que pour travailler, mais aussi pour les loisirs et c’est massif!
C’est même le premier motif, y compris chez les actifs qui ne représentent qu’une moitié de la population. On aurait donc tort de se focaliser sur la seule mobilité pendulaire: si structurante et crispante soit-elle, elle ne représente que 24% des mouvements. Dans le chapitre des loisirs, on a tendance à imaginer en premier lieu la randonnée de montagne et la nature. Mais non: ces déplacements sont avant tout urbains: aller faire du sport, se cultiver, manger au restaurant, voir ses amis. Et pour ces motifs, la mobilité douce passe de 37 à 49% en quinze ans.

Les commerçants ne cessent de parler de parking mais on voit que les achats se font à 62% par la mobilité douce…
La grande tendance, c’est qu’on fait ses achats près de chez soi et à pied. Les expériences de piétonnisation montrent que les commerçants changent vite d’avis sur la mobilité douce. Les achats s’entremêlent avec les loisirs: la flânerie les favorise et les urbains en sont très demandeurs.

À quoi faut-il s’attendre pour la nouvelle enquête qui débutera en 2020?
Avec l’arrivée du Léman Express, on aura certainement une hausse des transports publics. Dans l’enquête 2015, le vélo électrique commence à apparaître et la mouture 2020 mesurera son essor qui se traduira sans doute par une hausse des distances parcourues à vélo. Plus généralement, les distances moyennes parcourues par les Genevois sont en hausse, notamment en raison des pendulaires sortants qui vont par exemple travailler à Lausanne. Genève vit de moins en moins en vase clos.

Le Léman Express dégagera les routes et, du coup, incitera certains à reprendre le volant!
Cet effet se produira sans doute en partie. Bardonnex, que beaucoup de gens évitent aujourd’hui, va connaître sans doute un creux puis un rebond. Mais les capacités routières au centre, elles, ne vont pas augmenter, pas plus que les places de stationnement, très limitées. En France, le Léman Express pourrait même inciter des gens à s’installer plus loin, là où les prix fonciers sont encore plus attractifs. Ils utiliseront le rail pour aller travailler, mais autour de chez eux, au quotidien, ils seront dépendants de la voiture. Un effet pervers du train est donc à mon avis possible.

À lire aussi: le rapport de Statistique Genève

Créé: 16.05.2019, 09h26

La méthode

Le microrecensement mobilité et transports s’effectue tous les cinq ans à l’échelle du pays depuis les années 1970. C’est l’enquête de référence sur ce sujet en Suisse. Lors de la dernière édition qui s’est déroulée sur toute l’année 2015, 57 000 personnes âgées de plus de 6 ans ont été interrogées. Certains cantons, comme Genève, paient un supplément pour élargir l’échantillon local afin d’y obtenir des données significatives. En 2015, quelque 4500 résidents du canton ont participé. La longueur du sondage et la masse de données expliquent en partie le délai jusqu’à la publication des résultats. C’est au cours de l’année 2017 que l’analyse des chiffres genevois a été effectuée par le bureau 6t, incluant notamment une comparaison aux éditions antérieures.

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