Que Genève assume son choix de croissance

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Ainsi Genève s’apprête à baisser encore ses taux d’imposition des entreprises. Pourtant, Genève n’arrive déjà pas à gérer sa croissance. Ni en termes d’urbanisation ni en termes de charges publiques. Cette nouvelle baisse est une fuite en avant.

Depuis quinze ans, par ses dispositifs fiscaux, Genève a importé 1,6% d’emplois supplémentaires par an. Pourtant, rien n’a suivi derrière. La production de logements n’a été que de +0,7% par an. Les familles fuyant un canton qui ne les accueille plus, les effectifs scolaires n’ont progressé que de 0,3% par an en moyenne. Le nombre de Genevois augmente 6 fois plus vite en France qu’à Genève!

Par ses incohérences politiques, Genève a reporté sur le canton de Vaud et le Genevois français les effets secondaires de cette hypercroissance. Dans le Genevois français, nous devons construire à la place de Genève en plus de devoir construire pour nos propres enfants et nos propres salariés. Nous devons assumer une croissance des effectifs scolaires de 4% par an qui absorbe l’essentiel de nos capacités d’investissements.

Cela n’est plus tenable. Le Genevois français n’est pas une colonie ni une dépendance de Genève. Si Genève veut maintenir son choix d’une croissance économique débridée, elle devra bien en assumer les conséquences par une croissance tout aussi débridée de son urbanisation, de ses charges publiques et de son immigration. En produisant 5 fois plus de bureaux que de logements, Genève crée chaque jour quinze pendulaires supplémentaires qui engorgent les routes de campagne de notre agglomération. Les illusoires promesses de la préférence cantonale ne changeront rien à cette réalité mathématique implacable: les actifs supplémentaires doivent bien se loger en dehors canton. Plus d’emplois, c’est forcément plus d’immeubles, plus de béton, plus de pendulaires, plus de bouchons.

Le paradoxe étant que dans cette ville si internationale, on se compare aux autres cantons plutôt qu’aux autres pays. Avec sa préconisation d’un taux d’imposition des entreprises de seulement 16%, même l’extrême gauche genevoise est plus ultralibérale que l’Allemagne de Merkel, les États-Unis de Trump, la France de Macron ou le Royaume-Uni de May. Avec des taux d’imposition parmi les plus faibles au monde, Genève oublie de craindre un afflux exorbitant d’entreprises du monde entier alors même qu’elle n’arrive pas à gérer sa croissance actuelle.

Dans les multinationales, on se satisfait de la soumission du canton aux desiderata du Groupement des entreprises multinationales. Pourtant, les fiscalistes sont aussi des citoyens qui s’étonnent de voir les autorités cantonales renoncer à toute souveraineté face aux multinationales. Quel paradoxe de constater que loin d’asseoir la prééminence du pouvoir du peuple, c’est au pays de la démocratie directe que la charge publique repose le plus sur le peuple et le moins sur les entreprises.

Il est urgent que Genève assume ses choix de croissance et cesse d’en reporter tous les effets sur ses voisins. Seul un développement harmonieux, maîtrisé et cohérent permettra d’aménager notre agglomération en respectant le cadre de vie, d’éviter toute discrimination et ségrégation, de veiller à la création d’emplois locaux pour les chômeurs genevois, tout en améliorant petit à petit la situation sur le plan de la mobilité. (TDG)

Créé: 02.05.2018, 14h36

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