De Genève en Albanie, sur les traces de Jules César

ExpéditionNavigateur, plongeur, journaliste, Julien Pfyffer accompagne cet été des archéologues de l’UNIGE en Albanie.

Julien Pfyffer expose des photos du premier périple albanais, le 21 mai à Uni Dufour. Image: Steeve Iuncker-Gomez

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Rasé de près, cheveux courts, Julien Pfyffer a une montre de collection au poignet. Affable, il porte une veste de marin «très adaptée à la météo genevoise» et des chaussures bateau peu usées. Pas franchement le physique du loup de mer hirsute et silencieux avec un sac ciré en bandoulière. Pourtant, ce Suisse de 35 ans est un aventurier. Avec des moyens. Il passe plusieurs mois par an sur son voilier de 12 mètres pour des explorations.

Tortues et thons rouges

«C’est gentil de faire un portrait de moi, mais si je ne m’entourais pas de mon équipe, je n’avancerais pas, du fait de ma trop grande prudence.» Un trait de caractère hérité de son père, un entrepreneur décédé dans la fleur de l’âge – «J’avais 12 ans». Un homme qui lui a légué un patrimoine permettant de vivre ses rêves et ceux de scientifiques et d’archéologues: suivre la migration des thons en Méditerranée et en faire un livre, aider des biologistes à sauver des tortues à Lampedusa ou rechercher des vestiges antiques engloutis.

«Nous sommes équipés de matériel de plongée et de photographie, de drones, de scooters des mers et de mini-sous-marins. On peut modéliser les fonds marins en 3D. Des équipements que les archéologues terrestres n’ont pas a priori. C’est pour cela que notre fondation Octopus est à leur disposition.» Gratuitement. «En échange, les spécialistes nous laissent le droit de parler de leurs découvertes au grand public, via notre site Internet et autres publications»

Navigateur, plongeur, journaliste, il accompagnera cet été une douzaine d’archéologues et étudiants de l’Université de Genève (UNIGE) sur les traces de Jules César. Et pas à Nyon, ville fondée par cet empereur, ni en Italie ou en Egypte, mais en Albanie. C’est en 2011 que Julien Pfyffer débarque sur ces côtes: «Ce pays est resté isolé pendant un demi-siècle à cause de la dictature.» Aujourd’hui, le tourisme se développe et le bord de mer se couvre de béton. Malgré cela, le Suisse découvre une eau cristalline, un fond marin préservé et de nombreux vestiges gréco-romains.

Prometteurs. Au port, il croise un historien albanais, qui lui parle du passage de Jules César dans la ville d’Oricum, située sur une base militaire. A proximité, se trouve aussi une carrière de pierres blanches exploitée depuis l’Antiquité. Un défi de taille se dessine pour Julien Pfyffer qui contacte l’UNIGE et propose son soutien aux archéologues ayant visité ce site en 2006. Ainsi en 2012 et 2013, les spécialistes s’embarquent avec lui. A l’emplacement de la ville antique, ils observent une sorte de théâtre. «Ils réalisent que cet énorme ouvrage circulaire est en fait un système pour recueillir l’eau de pluie s’écoulant dans un réservoir.»

Une tombe d’enfant

Les archéologues découvrent une tombe d’enfant, de la vaisselle et un vase. Des foules d’informations précieuses sur cette parenthèse méconnue de la vie de César. La guerre des Gaules et sa campagne d’Egypte sont documentées. Pas son passage en Albanie. Explications: de retour de Gaule, César entre en conflit avec son rival, Pompée, qui s’enfuit en Albanie. Il le poursuit. C’est dans ce contexte de guerre civile qu’il arrivera à Oricum, avant de s’embarquer pour l’Egypte. «Après son passage, la ville a été abandonnée durant cinq siècles.»

Pourquoi? Aux archéologues de creuser. Notamment du côté de la carrière. «La pierre était prisée par les sculpteurs en raison de sa ressemblance avec le marbre. Nous y accéderons par la mer, la seule voie possible.» D’ici là, Julien Pfyffer expose des photos du premier périple albanais, le 21 mai à Uni Dufour. Et surtout il passera du temps à Paris avec sa femme médecin et leurs deux enfants. Baroudeur et père de famille, est-ce compatible? «C’est la course, mais nous ne sommes pas à plaindre. Nous allons déménager en 2017 à Lausanne, où vit ma mère.» Une nouvelle vie, une aventure de plus. (TDG)

Créé: 03.05.2016, 18h05

Galerie photo

La découverte de l'Albanie et de ses fonds marins

La découverte de l'Albanie et de ses fonds marins La Fondation Octopus accompagnera cet été une douzaine d'archéologues et étudiants de l'Université de Genève (UNIGE) sur les traces de Jules César en Albanie.

Bio express

1981 Naissance à Paris. Son père est Suisse. Sa famille compte dix aïeux ayant travaillé dans la garde pontificale à Rome. Sa mère est Française.

1984 Déménagement en Suisse, à Epalinges. Il y reste jusqu’en 2002 après avoir étudié un an en HEI à Genève.

2006 Après des études de journalisme, il travaille au «Figaro» et à «Paris Match».

2009 Grâce à son voilier et à sa fondation, il décide de «raconter les sujets et histoires qui se déroulent là où la plupart des journalistes ne peuvent enquêter: en mer.»

2016 Il partira cet été en expédition, avec des archéologues genevois, en Albanie.
F.M.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Papyrus: les régularisés gagnent plus et vont mieux que les illégaux
Plus...