Ma Genève en 2030; les maires de Divonne et d'Ambilly face-à-face

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La frontière que Genève partage avec la France apparaît un peu comme la muraille qui enserrait la ville jusqu’au milieu du XIXe siècle et que les radicaux de l’époque, emmenés par James Fazy, détruisirent, construisant dans la foulée une ville nouvelle, dont certaines rues prennent des allures parisiennes. Cent septante ans plus tard, le canton est toujours à la recherche de la meilleure manière de bâtir son «Hinterland», le Grand Genève, où habitent près de 100 000 travailleurs – un actif sur trois à Genève. Qu’en sera-t-il dans douze ans? Étienne Blanc, 1er vice-président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, Maire de Divonne-les-Bains et Guillaume Mathelier, Maire PS d’Ambilly esquissent quelques pistes.


Retrouvez ici notre série Ma Genève en 2030

Une agglo parmi les plus puissantes d’Europe

Étienne Blanc, 1er vice-président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, Maire de Divonne-les-Bains

Prenons d’abord la mesure des atouts de notre région. Le premier, c’est l’histoire transfrontalière de Genève. Depuis des temps immémoriaux, Genève échange avec ses propres voisins, haut-savoyards ou de l’Ain. Au fil du temps, les effets négatifs de la frontière se sont gommés, l’influence genevoise s’est étendue sur ce que l’on appelle «le Genevois français», territoire qui regroupe aujourd’hui 450 000 habitants.

Un autre atout d’importance est constitué par la puissance économique de Genève, laquelle est aujourd’hui une puissance partagée avec la France voisine. C’est parce que les travailleurs frontaliers résident en France, que Genève peut affirmer sa puissance économique.

Ce sont aussi des infrastructures, notamment dans le domaine des transports, qui ont un caractère éminemment transfrontalier: la gare de Cornavin, l’aéroport de Cointrin ou le réseau autoroutier. Il faut aussi tenir compte des points faibles de notre région. Le premier est constitué par la concurrence effrénée à laquelle se livrent les grandes capitales européennes, notamment dans leur souhait d’accueillir les organisations internationales.

Par sa neutralité Genève fut longtemps protégée. Elle le fut aussi par les alliances qu’elle avait su passer avec la France pour faire de l’accueil des organisations internationales une cause commune. Mais la concurrence est vive et on a vu récemment, des organisations internationales choisir d’autres pays pour s’y installer. Un autre sujet d’inquiétude est le déport à l’Est des grands axes des transports européens.

Les tunnels du Lötschberg, du Gothard, du Brenner entraînent un déport vers la plaine du Pô des grands centres de transits internationaux. Or c’est autour des axes de mobilité que s’installent les pôles essentiels du développement économique européen. Réduire nos points faibles passe par une politique franco-suisse plus affirmée. Multiplier les partenariats entre nos centres de recherche et nos grandes écoles, développer ensemble nos infrastructures, mener cause commune pour accueillir des organisations internationales.

Tout cela passe par des coopérations fortes entre la Suisse et la France. Enfin, il nous faut souhaiter qu’en 2030, la gouvernance de notre région soit plus affirmée. Il nous faut envisager une évolution du GLCT actuel, en charge de la gestion du Grand Genève, qui pourrait devenir plus puissante non seulement dans l’organisation des transports mais dans leur gestion.

Le GLCT pourrait devenir aussi l’outil en charge d’un schéma d’aménagement du territoire, voire de documents d’urbanisme contraignants, portant une véritable politique régionale franco-suisse. C’est aussi à ce niveau régional qu’il faudrait traiter les grandes questions qui relèvent de l’énergie, de la digitalisation de notre économie ou du développement du très haut débit.

Voilà comment j’imagine la région genevoise en 2030: une agglomération transfrontalière parmi les plus puissantes d’Europe, fière de son histoire et capable de répondre aux grands enjeux de l’avenir.

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Trois news publiées en 2030 dans la "Tribune"

Guillaume Mathelier, Maire PS d’Ambilly

Si le Grand Genève apparaît pour beaucoup comme une construction désincarnée et peu utile, le territoire concerné est pourtant un bassin de vie réel pour chacun d’entre nous. Très imparfait, bouleversé par des déséquilibres socio-économiques, c’est surtout par manque de choix politiques communs que notre avenir s’assombrit. Gangréné par les mutismes, les reculs de certain-e-s dirigeant-e-s politiques et les populismes vociférants, le Grand Genève manque de projection vers l’avenir. Quelques combats modestes mais réalistes peuvent pourtant forger un nouveau projet de développement par-delà les frontières et pour le bien-être de tous. Voici 3 news qui pourraient d’ailleurs paraître à la une de la presse quotidienne dans cet avenir supposé. Bienvenue en 2030.

News 1: la France et la Suisse permettent la création d’un parlement transfrontalier doté d’un budget propre, avec des élus soumis au vote populaire du corps électoral de l’ensemble des citoyens du Grand Genève. Une grande première qui consacre d’une certaine manière le dépassement de l’État nation et la volonté de placer la démocratie locale au cœur du bien-être quotidien. Doté de réels pouvoirs démocratiques et financiers, ce nouveau parlement sera légitime pour porter un nouveau cadre de développement social, économique et culturel.

News 2: Une décision ambitieuse du Conseil d’État coordonnée avec les autorités françaises a enfin permis de mettre en place une taxe supplémentaire sur les vols au départ de Cointrin. L’objectif: financer un vaste réseau de transport en commun performant et accessible à tous pour contraindre la voiture en milieu urbain et favoriser un nouveau modèle de développement. L’aéroport produit d’importantes et non négligeables externalités négatives et doit participer plus fortement à l’effort sur les politiques environnementales. Une nouvelle illustration de l’idée de «pollueur-payeur».

News 3: La naissance de l’Université du Grand Genève donne une force supplémentaire au territoire. Un accord a été trouvé sur le financement via les fonds frontaliers. La France reversera ainsi une somme par étudiant transfrontalier pour assurer de nouveaux investissements. L’Université du Grand Genève devient l’Université du territoire et permet aux habitants du Grand Genève d’entrer sans contrainte. L’Université du Grand Genève installera des formations universitaires côté français renforçant ainsi sa présence hors du canton et améliorant encore sa collaboration en matière de recherche avec les universités italiennes et françaises des Alpes.

J’envisage pour ma part ces trois news comme des «futurs désirables». Ce sont des combats à mener pour dépasser les faux clivages du moment et reprendre la main sur les aigris.

Certes, «on peut toujours rêver!» mais le rêve et l’idéal sont les moteurs de tout grand changement politique.

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Créé: 15.02.2018, 09h14


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