La gauche dégaine des hausses d’impôt pour «sauver» l’État

Déficit budgétaireEnsemble à gauche veut mettre les plus riches à contribution. Si le Grand Conseil ne suit pas, des initiatives seront lancées.

«Le déficit va probablement augmenter ces prochaines années» argumente Jean Burgermeister, député d’EàG.

«Le déficit va probablement augmenter ces prochaines années» argumente Jean Burgermeister, député d’EàG. Image: DR

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Le déficit annoncé de l’État sera de près de 600 millions de francs en 2020. C’est en tous les cas l’excédent de charges du budget sur lequel le Grand Conseil genevois se prononcera en fin de semaine. Alors que la droite et le MCG s’apprêtent à refuser les 412 nouveaux postes demandés par le Conseil d’État, Ensemble à gauche (EàG) met sur la table son remède: cinq projets de loi qui sont autant de hausses d’impôts ciblant les plus fortunés et les hauts salaires.

«Le déficit va probablement augmenter ces prochaines années, argumente Jean Burgermeister, député d’EàG. La droite a sa solution, qui est de compresser les dépenses, la nôtre c’est d’augmenter les moyens de l’État afin qu’il offre les prestations dont ont besoin les Genevois. Et cela d’une manière totalement indolore pour la très grande majorité de la population.»

Retour sur des baisses d’impôt

Si pour l’heure, EàG part seul, des discussions sont en cours avec les Verts et le Parti socialiste pour faire front commun. Cela ne devrait pas être trop compliqué si on en juge par le rapport de première minorité sur le budget de Caroline Marti (PS). Elle y parle explicitement du besoin de trouver de nouvelles recettes. Restera à déterminer si les cinq projets séduiront toute l’Alternative ou seulement quelques-uns.

Deux des projets proposent de revenir partiellement sur des baisses fiscales acceptées par le peuple. C’est le cas de la baisse de 12% de l’imposition des personnes physiques. «Oui, mais jusqu’à 250 000 francs de revenus, rien ne changerait, précise Jean Burgermeister. Ce n’est qu’au delà, et par palier, que cette réduction diminuerait. On ne retrouverait le taux d’imposition antérieure qu’à partir de 300 000 francs.» En décembre 2007, une initiative populaire allant dans le même sens avait toutefois été refusée par 58,7% des votants.

EàG souhaite également revenir sur la suppression des droits de succession pour les conjoints et les parents en ligne directe, datant de juin 2004. Là encore, la logique est la même. Ne seraient concernés que les héritages à partir d’un million de francs. Seule la part dépassant cette valeur serait taxée et les tarifs seraient progressifs.

Fortune en point de mire

Dans le lot, on trouve évidemment la suspension du bouclier fiscal, une demande fréquemment formulée par la gauche depuis 2011 au parlement mais toujours rejetée par une majorité. Enfin, les deux derniers projets concernent une hausse de l’imposition des plus-values immobilières, particulièrement lorsque la vente du bien s’opère moins d’un an après son acquisition, ainsi qu’une augmentation de l’imposition de la fortune ciblée sur les très grosses fortunes.

Tout cela est bien joli, mais existe-t-il une majorité parlementaire pour adopter ces projets? «Disons qu’il y a effectivement peu de chance, reconnaît le député. Mais cela nous permettra au moins d’avoir ce débat essentiel et d’obtenir des chiffres sur les effets de ce que nous proposons.»

Éviter l’austérité

Jean Burgermeister pense en fait déjà à l’étape suivante: «Nous réfléchissons effectivement au lancement d’initiatives populaires. C’est un débat qu’il faudra sans doute mener devant le peuple en posant simplement cette question: veut-on une Genève plus solidaire ou un retour au XIXe siècle avec une infime partie de la population qui détient presque toute la fortune. Car c’est bien l’évolution qui se dessine ici en Suisse, comme ailleurs dans le monde.»

Pour l’élu, il est temps de choisir. «Si l’on n’est pas capable de mener ces réformes sur la fiscalité, nous allons vers une austérité brutale. Croire comme la droite et le Conseil d’Etat que l’effet dynamique de la réforme de l’imposition des entreprises va rapidement combler les déficits ne repose sur rien de concret.»

Créé: 11.12.2019, 07h51

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