Fumeurs: l’argent plus fort que la prévention

Santé L’Université de Genève a démontré qu’une récompense financière encourage les fumeurs à arrêter la cigarette.

L'étude prouve que l'incitation financière est plus efficace que les patchs nicotine pour lutter contre le tabagisme.

L'étude prouve que l'incitation financière est plus efficace que les patchs nicotine pour lutter contre le tabagisme. Image: PATRICK MARTIN

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L’argent est plus efficace que les patchs de nicotine et les conseils de médecins pour arrêter de fumer. C’est ce que vient de démontrer l’Université de Genève (UNIGE), au terme d’une étude sur 800 participants. Elle a publié les résultats de son étude hier.

Le tabac est la cause d’un tiers de la mortalité évitable au sein de la population, soit des décès que l’on pourrait prévenir si on éliminait les facteurs de risque. Et il touche principalement les personnes bénéficiant d’un bas revenu, indique Jean-François Etter, spécialiste du tabagisme à la Faculté de médecine de l’UNIGE. «Or, les approches de prévention, par le biais d’informations et d’éducation, fonctionnent peu sur cette population. Il fallait chercher une autre approche.» Avec une équipe de chercheurs, il a donc lancé une étude inédite.

Bons Migros en cadeaux

Celle-ci porte sur un panel de 800 volontaires genevois dont le revenu ne dépasse pas 50 000 fr. annuels et qui souhaitaient arrêter de fumer. Les cobayes ont été répartis en deux groupes. Le premier recevait des bons d’achat en cas de sevrage; le second en revanche ne touchait rien. «Ce sont des cartes cadeaux Migros, impossible d’y acheter de l’alcool ni du tabac!» justifie le chercheur. Les récompenses sont progressives: 100 fr. pour la première semaine, 150 fr. la deuxième et jusqu’à 400 fr. les premier, trois et six mois suivants. Au total, le participant peut toucher 1500 fr. sur six mois.

«Il fallait une somme suffisamment haute pour compenser la perte du plaisir de fumer et les symptômes du sevrage.» Et pour s’assurer que le participant n’empoche pas l’argent en continuant de griller sa cigarette, des contrôles ont été effectués, en mesurant notamment le taux de cotinine, un composant de la nicotine.

Près de 9,5% ont arrêté

Résultats: dans le premier groupe, celui des «rémunérés», 55% ont abandonné le tabac après trois mois – contre 12% dans le deuxième. Toutefois, après l’arrêt de la récompense, le pourcentage a chuté: ils n’étaient plus que 9,5% après dix-huit mois, soit un an après la dernière récompense, contre 3,7% chez les autres. Cette proportion peut paraître faible mais elle est au contraire très satisfaisante, relève Jean-François Etter. «Les premiers 55% montrent que nous sommes dans la cible. Quant aux 9,5%, c’est un taux de réussite similaire à d’autres méthodes: on atteint 6% d’arrêt avec la combinaison de conseils médicaux et de médicaments. Cela prouve que l’argent seul suffit à inciter les gens à arrêter la cigarette.» Jean-Paul Humair, médecin et directeur du Cipret-Genève (prévention tabac), relève aussi un succès et trouve la méthode intéressante. «25% de la population en Suisse fume; un taux d’arrêt de 9,5% représente des milliers de fumeurs en moins! Les méthodes actuelles d’aide à l’arrêt ne sont pas suffisamment efficaces et ne permettent des résultats que chez une minorité de fumeurs. Une incitation financière représente une nouvelle approche, surtout pour ceux avec un plus bas niveau socio-économique.» Quid du long terme, le «bon» comportement persiste-t-il sans la récompense? «Sans l’incitation financière, le taux a fortement chuté mais il reste intéressant, soutient Jean-François Etter. En nous basant sur les résultats obtenus avec les substituts nicotiniques, nous pensons que le pourcentage d’arrêt va encore s’éroder avant d’être stable.»

Jean-Paul Humair ajoute: «En général, c’est plutôt durant les premières semaines d’arrêt que la rechute est la plus importante. Après douze mois d’arrêt, le taux de rechute reste assez bas.» Le pourcentage de réussite pourrait toutefois être augmenté, soutient le chercheur, «en prolongeant l’incitation sur une période plus longue et en associant conseils médicaux et substituts nicotiniques».

Qui va payer la carotte?

Encore faut-il trouver qui va payer ces incitations… «C’est effectivement le problème, concède Jean-Paul Humair. Je doute fort que les caisses maladie le fassent, elles sont peu impliquées dans le domaine de la prévention et ne remboursent pas les substituts nicotiniques.» Jean-François Etter a son idée: «Le fonds de prévention du tabagisme a financé l’étude en utilisant une partie de la taxe sur les cigarettes. On pourrait continuer d’utiliser ce fonds, ce seront finalement les fumeurs qui paieront eux-mêmes leur «récompense!»

(TDG)

Créé: 15.08.2016, 20h13

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Arrêter de fumer grâce aux nouvelles technologies

Les initiatives fleurissent pour motiver les fumeurs à décrocher de la cigarette. En début d’année, le projet de Cipret-Valais lancé en septembre a été étendu dans six cantons romands. Il propose d’arrêter de fumer le premier jour du printemps en s’appuyant sur les réseaux sociaux pour former une communauté virtuelle où chacun peut s’entraider. Tous les jours durant six mois, les candidats à l’arrêt reçoivent des conseils d’autres internautes ou de professionnels – de Cipret-Genève par exemple. Près de 7000?personnes en Suisse romande, et 2000 à Genève, se sont inscrites. Une étude de l’Université de Genève (UNIGE) indique qu’après trois mois 40% ont arrêté de fumer ou sont dans une démarche d’arrêt.
Autre projet: l’application SmokeFree Buddy, développée par l’Institut de santé globale de l’UNIGE avec l’Office fédéral de la santé. Celui qui souhaite arrêter de fumer est soutenu par un proche, un «buddy», et reçoit des messages de soutien lorsqu’il en a besoin. L’application permet aussi d’arrêter de fumer à deux, en partageant son expérience sur un chat pour s’encourager mutuellement.

En 2012, l’UNIGE a aussi lancé sa propre application, «stop-tabac». Une sorte de coach virtuel, qui indique les bénéfices de l’arrêt (temps de vie gagné, argent économisé), fournit des conseils pour traiter la dépendance ainsi que des liens vers des forums de discussion. Près de 20?000 personnes par mois l’utilisent. Dernier exemple: la Ligue pulmonaire suisse organise depuis 2010 un concours qui récompense les apprentis non-fumeurs. Elle offre des prix à ceux qui choisissent de ne pas fumer pendant la durée d’une année scolaire. Des tests respiratoires sont effectués sur un pourcentage de participants durant l’année et les gagnants sont systématiquement testés.

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