Les pompiers du SIS sont prêts à combattre le frelon asiatique

NatureCet insecte invasif inquiète les apiculteurs. La destruction des nids reste l’affaire des professionnels.

Les spécialistes insectes du SIS s’entraînent sur les essaims d’abeilles en attendant l’arrivée du frelon asiatique.

Les spécialistes insectes du SIS s’entraînent sur les essaims d’abeilles en attendant l’arrivée du frelon asiatique. Image: Laurent Guiraud

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Nos voisins français vivent avec depuis bientôt quinze ans et informent régulièrement la population sur le nombre de départements colonisés. Nos amis jurassiens l’ont découvert il y a une année et ne lésinent pas sur les messages de prévention. Et dans le canton de Genève? On l’attend de pied ferme, on s’équipe, on s’entraîne, sans trop le clamer sur les toits. Bref, l’insecte le plus médiatisé du moment – dites simplement Vespa velutina si vous aimez le latin – est aussi un excellent révélateur de la communication officielle.

Le frelon asiatique joue volontiers à saute-frontière. Ses reines peuvent voler plusieurs dizaines de kilomètres en une journée, en évitant le froid montagneux, en privilégiant les régions de basse altitude. La première débarque en 2004 dans le sud-ouest de la France, en Lot-et-Garonne, par le biais du commerce horticole international. Ressemblant à une grosse mouche noire flanquée de pattes jaunes, elle entre clandestinement, planquée dans une amphore miniature, au pied d’un bonsaï.

Prédateur généraliste

Son cousin européen, plus gros, plus lourd, moins malin devant la ruche, n’y voit que du feu. Pas les apiculteurs. Car le frelon asiatique a beau être un prédateur généraliste, il a un petit faible pour l’abeille. C’est sanglant. Au plus fort de l’attaque, en plein vol et par-derrière, le traître, il est capable d’en décapiter une toutes les trois secondes. Une innocente butineuse, donc, dépecée entièrement, pour n’en garder que le thorax, bien musclé et riche en protéines. Ces campagnes prédatrices, menées par des ouvrières assassines, chargées de ramener au nid les boulettes de proie malaxée pour nourrir le couvain, opèrent des coupes sombres dans les colonies, tout en générant un stress qui ralentit d’autant l’activité de butinage.

Après le parasite varroa et la bactérie de la loque, deux fléaux bien connus, le frelon asiatique est la troisième menace qui pèse aujourd’hui sur l’apiculture. L’individu capturé à Fregiécourt, dans le district de Porrentruy, un village réputé pour sa damassine, en annonce d’autres. Pareillement, ceux découverts en plusieurs endroits de la Haute-Savoie, du côté d’Annecy et de Frangy notamment, renforcent la nécessité d’une veille sur l’ensemble du territoire genevois.

Pour organiser la riposte, on pourra compter sur les «guêpiers» du Service d’incendie et de secours (SIS) de la Ville de Genève, une quarantaine de pompiers, eux aussi généralistes, mais également spécialistes hyménoptères, tous formés pour la récupération d’essaims d’abeilles (la saison a commencé!) ou la destruction de nids de guêpes et de frelons.
Celui venu d’Asie exige des moyens adaptés. À commencer par une base légale pour éliminer des insectes. Elle existe: «Tout animal exotique qui apparaît en milieu libre peut être détruit», rappelle, dans une formulation plus juridique, la législation cantonale.

Nid haut perché

Sachant que le pompier est avant tout un sauveteur, le voici dédouané au moment de se préparer à attaquer un nid haut perché. Le frelon asiatique loge dans les arbres, à 20 mètres du sol; ses habitations éphémères sont énormes et s’agglutinent sur les croisements des branches.

Rien n’est simple avec lui. «Nous nous sommes dotés d’une canne spéciale composée d’éléments en carbone, avec à son extrémité un cathéter en inox pointu», explique le premier-lieutenant Pascal Desjacques, apiculteur lui-même et par ailleurs inspecteur des ruches (plus de 2000 répertoriées à ce jour dans le canton de Genève). L’homme était bien placé pour gérer en amont l’aspect opérationnel de ce type d’intervention. Il a pris langue avec ses confrères français opérant dans le Gard. Échange d’expériences, séance d’instruction commune, avant de tester sur une population de frelons européens l’usage de dioxyde de soufre, sortant du cathéter planté comme une grosse aiguille dans le nid. «L’effet létal de ce gaz sous pression est extrêmement rapide. Il permet une destruction totale de la colonie», souligne le responsable du SIS.

Avant d’ajouter: «Si on découvre un nid, il faut le laisser tranquille, en aucun cas tenter de le détruire soi-même, et composer le 118.» Seuls les pompiers professionnels sont en effet habilités à mener ce genre d’opération, en lien étroit avec les gardes-faunes cantonaux.

«Dès que l’opérateur de notre centrale d’engagement recevra un appel, il bipera le garde de l’environnement qui se rendra sur place pour s’assurer que l’on est bien en présence du frelon asiatique», poursuit Pascal Desjacques, soucieux également de mettre en place un recensement efficace de cet insecte invasif au rayonnement naturel, afin de «pouvoir en tout temps le localiser et extraire son adresse cadastrale d’un fichier». Le matériel est acheté, les mains gantées sont formées, il faut juste que l’instrument informatique mémorise sa partition et se tienne prêt à la jouer, lui aussi, dans l’urgence, au milieu de la nuit si besoin. Ce frelon-là a des habitudes diurnes. Il cesse de voler au coucher du soleil. C’est, de préférence, dans son sommeil qu’on l’éliminera.

Enfin, toute observation suspecte dans le bassin genevois (individu ou nid) doit être signalée, de préférence à l’aide d’une photo, à la Direction de la nature et du paysage (DGAN), par téléphone au 022 388 55 00 ou par mail à l’adresse suivante: courrier.dgnp@etat.ge.ch (TDG)

Créé: 12.05.2018, 14h42

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