Passer au contenu principal

Les Français se ruent dans les pharmacies genevoises

Des patients indisposés par la nouvelle formule du médicament vendu en France se fournissent dans les officines du canton.

Professeur de pharmacologie clinique des HUG, le médecin Jules Desmeules met en garde contre le tourisme médical: «Le médicament suisse n’a pas forcément la même formulation et on s’expose à une variabilité de l’exposition.»
Professeur de pharmacologie clinique des HUG, le médecin Jules Desmeules met en garde contre le tourisme médical: «Le médicament suisse n’a pas forcément la même formulation et on s’expose à une variabilité de l’exposition.»
AFP / CHRISTOPHE ARCHAMBAULT

Les effets de la crise française du Levothyrox se font sentir à Genève. Les pharmacies du canton sont sollicitées depuis des semaines par des patients français désireux d’acheter en Suisse ce médicament qui régule les troubles de la thyroïde et dont la formule a été modifiée en France, entraînant chez certains une kyrielle d’effets indésirables.

Vivant à Ville-la-Grand, Julie, 37 ans, est l'une de ces patients. Depuis une ablation de la thyroïde il y a quatorze ans, la jeune femme prend du Levothyrox «sans aucun problème. Personne ne nous a avertis du changement de formule. Ni le médecin ni le pharmacien. J’ai seulement constaté que la boîte avait changé de couleur.»

De mai à octobre, Julie perd ses cheveux, souffre de «crampes terribles, de maux de ventre, de tête, de pertes de mémoire et de confusion mentale. J’ai compris ce que j’avais grâce aux informations, en voyant d’autres malades se plaindre de la nouvelle formule du médicament.» Julie va acheter son traitement en Suisse. Les troubles disparaissent. «A la pharmacie, on nous a dit que les demandes avaient explosé.»

Zone frontière seulement

«Nous avons eu une trentaine de demandes pour ce médicament dans notre seule pharmacie. En extrapolant aux 170 officines du canton, on arrive à plus de 5000», estime Jean-Luc Forni. Le président de PharmaGenève, l’association faîtière des pharmacies du canton, précise que ses confrères peuvent exécuter des ordonnances rédigées dans la zone frontière, mais pas au-delà. Ce que confirme Martine Follonier, pharmacienne cantonale adjointe. Impossible, donc, de venir de Lyon ou de Paris pour s’approvisionner en Suisse.

Afin de garantir l’approvisionnement de ce médicament pour tous les malades, Jean-Luc Forni ne vend qu’une boîte à la fois, même si certains patients en demandent parfois quatre d’un coup.

Rappelons qu’à la différence de la Suisse, la France a modifié la formule du Levothyrox ce printemps. L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a demandé en 2012 au fabricant Merck (en position de monopole) de modifier sa formule, afin d’améliorer la stabilité du médicament. La nouvelle version a été mise sur le marché en avril. «Tout est parti d’une bonne intention. Il s’agissait de stabiliser le produit, qui se dégradait après vingt-quatre ou trente-six mois. Seul l’enrobage a été modifié, le lactose étant remplacé par du mannitol», explique le médecin Jules Desmeules, professeur de pharmacologie clinique aux Hôpitaux universitaires de Genève.

«Attention au tourisme»

Des tests comparant l’ancienne et la nouvelle formule ont conclu à leur «bioéquivalence: cela signifie que l’exposition à la substance active a neuf chances sur dix d’être comprise entre 80% et 125% de l’exposition au médicament original. La marge thérapeutique du Levothyrox étant étroite, le patient peut ressentir les effets du changement. Un suivi médical est nécessaire afin d’ajuster le dosage», poursuit Jules Desmeules.

C’est ce qui a sans doute manqué à des milliers de Français. Entre avril et mi-septembre, l’ANSM a recensé 14 633 signalements d’effets indésirables, dont 5062 cas graves (sur 2,6 millions de patients sous Levothyrox). Les malades ont réclamé la réintroduction de l’ancienne formule et l’ont obtenue de manière temporaire. Le 11 octobre, l’ANSM a annoncé la mise sur le marché de deux autres médicaments pour traiter l’hypothyroïdie. Elle explique que tout changement de spécialité ou de formule peut nécessiter un réajustement médical du dosage et prendre un certain temps. «Aucun effet indésirable, spécifique de la nouvelle formule, n’a été retrouvé», certifie-t-elle.

En attendant, Jules Desmeules met en garde contre ce tourisme médical: «Ce n’est pas forcément une bonne idée: le médicament suisse n’a pas forcément la même formulation et on s’expose ainsi, là aussi, à une variabilité de l’exposition au médicament.» Il souligne l’importance d’un suivi médical accompagnant le passage à un générique à marge thérapeutique étroite.

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.