La Fondation Wilsdorf lève le voile sur ses activités

PhilanthropieLe social, la formation et la culture reçoivent des dizaines de millions de francs par année. Le secrétaire général en dit un peu plus sur la manière dont sont alloués les fonds de sa fondation.

Le secrétaire général de la Fondation Hans Wilsdorf, Marc Maugué, rappelle que la moitié des sommes allouées est destinée au domaine social.

Le secrétaire général de la Fondation Hans Wilsdorf, Marc Maugué, rappelle que la moitié des sommes allouées est destinée au domaine social. Image: Steve Juncker-Gomez

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Demandez aux Genevois ce que la Fondation Hans Wilsdorf leur évoque. On vous répondra le Servette FC, le pont Wilsdorf, le Cinéma Plaza ou la HEAD (Haute école d'art et de design de Genève). Des projets phares pour le canton. Pourtant, les sommes allouées à leur financement ne sont qu’une partie de celles que la fondation destine chaque année à la collectivité genevoise. Son secrétaire général, Marc Maugué, a accepté exceptionnellement de lever le voile sur les activités de la fondation.

Afin de bien comprendre votre fonctionnement, pouvez-vous nous rappeler quel est le lien exact entre la Fondation Hans Wilsdorf et Rolex?

La Fondation a été créée en 1945 par Hans Wilsdorf, le créateur de Rolex (lire ci-contre). Concrètement, elle est propriétaire de l'entreprise Rolex et touche donc des dividendes. Ces derniers sont distribués sous forme de dons, dans le cadre des buts fixés par les statuts de la fondation.

Justement, quelle est sa mission?

La fondation a pour but premier d’assurer le maintien et le développement de l’entreprise Rolex et d’allouer, en cas de disponibilité, des dons à des œuvres de bienfaisance dans le canton de Genève. La seule exception à cette limite territoriale concerne les actions de protection des animaux. La Fondation Hans Wilsdorf est donc atypique car elle est très limitée territorialement.

Comment répartissez-vous votre aide?

Nous sommes connus pour les grands projets que nous soutenons et qui sont médiatisés, mais ce n’est pas notre ADN. Notre aide est principalement destinée au domaine social. Cela représente 50% du nombre des financements annuels. Par ailleurs, 30% vont à la formation et 15% sont alloués à la culture. Les 5% restants sont destinés à des projets humanitaires et à la préservation des animaux. Au total, ce sont environ 250 millions qui sont engagés chaque année et permettent de contribuer à la cohésion sociale à Genève.

Concrètement, vous aidez de nombreuses associations caritatives, mais pas seulement. Qui soutenez-vous?

Nous recevons environ 5000 demandes par an. Nous soutenons effectivement de nombreuses institutions sociales genevoises. Nous avons, par exemple, développé le projet de regroupement d’une dizaine d’entre elles dans deux bâtiments pour les accueillir à des conditions intéressantes et favoriser ainsi des synergies. Au-delà des associations, nous allouons principalement des aides individuelles. Celles-ci peuvent concerner des familles dans le besoin, des recouvrements d’arriérés de loyer, de primes d’assurances maladie ou le paiement de frais dentaires. Nous recevons environ dix demandes de ce type par jour en provenance des services sociaux des communes, de l’Hospice général ou encore d’associations caritatives. Ce sont des frais qui ne pourraient pas être pris en charge par les pouvoirs publics, car il n’y a pas de base légale pour ces cas.

Vous êtes également très actifs dans la formation et la culture.

Ici encore, nous sommes connus pour avoir financé certains projets de l’Université ou de l’IHEID, mais la plus grande partie de l’aide apportée par la fondation concerne les bourses. Nous en finançons 1200 par année. Des institutions telles que le Cycle Acore (destiné à des élèves en difficulté ou en situation d’échec scolaire) et la Fondation Qualife (qui permet à des personnes sans formation ni emploi de se former afin d’accéder au marché du travail) bénéficient également de notre soutien. En matière de sport, nous sommes régulièrement sollicités par la plupart des associations faîtières. Nous les soutenons car elles jouent un grand rôle en matière de formation. Dans le milieu culturel, de nombreux théâtres, compagnies de dance, orchestres, auteurs de livres ou réalisateurs de films font également appel à nous.

Quelles sont les conditions que vous exigez pour accorder un soutien financier?

Nous nous assurons d'abord que la demande concerne un de nos domaines statutaires, étudions la pertinence du projet et analysons la capacité financière des personnes ou institutions qui font les demandes. Une fois que nous avons décidé d’octroyer une somme, nous ne nous impliquons pas dans la réalisation du projet. Pour prendre l’exemple de la Cité de la musique, nous avons été convaincus par le lien entre salle de concert et enseignement de la musique (HEM), mais n’avons pas participé au choix du lieu, ni du projet architectural.

Jusqu’ici, la fondation n’a pas communiqué sur ces activités et les montants alloués. Pourquoi cette culture du secret?

Nous ne sommes pas secrets, mais discrets. Quel intérêt aurait-on à ce que la Fondation Wilsdorf apparaisse systématiquement ? Nous remplissons simplement les tâches qui nous ont été confiées par le fondateur. Il n’est pas utile que notre nom apparaisse sur les projets. Ce qui est important, c’est le projet en soi.

Avec les années, votre activité et celle du Canton semblent être devenues indissociables… Est-ce dangereux?

Notre action est complémentaire à celle des collectivités publiques. Nous n’avons pas pour but de nous substituer au rôle de l’État et veillons à ce que nos actions soient en articulation avec les politiques publiques. En outre, elles n’ont de sens que si ces collectivités assurent elles-mêmes des prestations et des infrastructures de qualité. C’est pour y contribuer que la fondation a décidé de renoncer au bénéfice de son exonération fiscale à partir de l’année prochaine. Il s’agit d’une décision qui tient compte de nos spécificités et n’est sans doute pas transposable à d’autres fondations.

Vous allez donc payer des impôts dorénavant? Combien?

Oui, nous serons soumis au régime ordinaire et nos impôts devraient dépasser 30 millions par année. Je rappelle à ce propos que la Fondation Hans Wilsdorf et Rolex sont deux entités juridiques distinctes et que Rolex a toujours payé ses impôts. Les activités de la fondation ne changeront pas à l’avenir et resteront d’intérêt public. Le paiement de ces impôts ne diminuera pas l’importance de nos engagements à Genève.

Créé: 19.11.2019, 16h24

Un bienfaiteur bavarois avant-gardiste

Si la Fondation Wilsdorf distribue chaque année des millions à la collectivité genevoise, c’est grâce à son fondateur Hans Wilsdorf. Retour sur le parcours de ce personnage parti de rien et devenu un des maîtres de la planète horlogère. Hans Wilsdorf naît en 1881 à Kulmbach, une petite ville de Bavière.

Devenu orphelin à l’âge de 12 ans, il est placé sous la tutelle de son oncle maternel. A 19 ans, il commence sa carrière professionnelle chez un commerçant de montres à La Chaux-de-Fonds. Il se familiarise avec la production horlogère et apprend les bases du commerce international. Il découvre également que l’humidité et la poussière pénètrent à l’intérieur des montres qui ne sont pas étanches, abîmant ainsi les mécanismes. Constatant qu’aucun service après-vente n’existe, le jeune homme imagine alors un nouveau concept: fabriquer industriellement des montres-bracelets de haute qualité bénéficiant d’un service de réparation.

En 1903, Hans Wilsdorf s’installe à Londres. Deux ans plus tard, âgé de 24 ans, il crée sa première entreprise. Il s’associe à l’anglais Alfred Davis qui gérera les tâches administratives et collabore avec l’horloger biennois Hermann Aegler. La Wilsdorf & Davis est née. Trois ans plus tard, elle figure parmi les maisons de montres les plus importantes d’Angleterre. Le succès est au rendez-vous. Le jeune homme est persuadé qu’il doit imposer un nom sur ses cadrans pour assurer son avenir. Son choix se porte sur Rolex, un nom qui peut être facilement prononcé dans plusieurs langues.

En 1915, alors que la guerre fait rage, Hans Wilsdorf délocalise son entreprise en Suisse. La société actuelle Rolex SA voit le jour à Genève en 1920.

En 1944, sa femme décède soudainement. N’ayant pas de descendant, il décide de créer une fondation afin d’assurer la pérennité de son entreprise. La Fondation Hans Wilsdorf voit le jour en 1945. Elle deviendra à terme propriétaire de l’entreprise. Hans Wilsdorf décède en 1960 à Genève.

Quelques chiffres

5000 demandes sont envoyées chaque année à la Fondation Hans Wilsdorf. Cette dernière soutient de nombreuses associations ainsi que des centaines de résidents genevois chaque année. Parmi ces aides individuelles, un total d’un million est destiné à couvrir des frais dentaires (200 cas), 7 millions sont destinés au désendettement (arriérés de loyers ou d’assurance maladie), plus de 8 millions sont alloués à des bourses. Près de 400 aides ponctuelles sont également apportées à des familles ou personnes dans le besoin. En outre, 2 millions sont destinés à des projets humanitaires émanant d’ONG ou d’autres organisations ayant leur siège à Genève. Par ailleurs, 57 clubs sportifs bénéficient également de l’aide de la fondation, de même que de très nombreuses autres associations.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Le Conseil fédéral contre l'interdiction totale de la pub pour le tabac
Plus...