Avoir la foi est bon pour la santé

ScienceDes études attestent de l’effet positif de la spiritualité sur le corps et l’esprit. Entre bien-être et génétique.

Croire, quel que soit le rite pratiqué, peut avoir des effets positifs sur la santé mentale.

Croire, quel que soit le rite pratiqué, peut avoir des effets positifs sur la santé mentale. Image: GETTY IMAGES

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Pour vivre plus longtemps, faites du sport, mangez sainement, évitez de fumer, dormez suffisamment. Vous avez installé la crèche de Noël avec le petit Jésus? C’est aussi bon pour la santé! Bouddha, Allah, Dieu, peu importe: l’essentiel est de croire. «Un corpus scientifique montre que globalement, la religion et la spiritualité amènent un effet positif sur la santé mentale», confirme Philippe Huguelet, professeur de psychiatrie à l’Université de Genève (UNIGE).

Avant de vanter les bienfaits de la foi, il faut définir le sujet. Jacques Besson, ancien chef du Service de psychiatrie communautaire du CHUV, professeur honoraire à l’Université de Lausanne et par ailleurs protestant, résume la spiritualité à «la quête et le besoin de lien et de sens», et la religion à la réponse culturelle et institutionnelle à ce besoin «dans une tradition historique avec des grands médiateurs comme Jésus ou Mahomet».

Résilience et longévité

Les effets psychologiques que peut apporter la croyance se regroupent sous le nom de «coping religieux». Et ils sont plutôt nombreux: apaisement, diminution de l’anxiété et des troubles dépressifs, moyen de donner du sens à ce qui arrive. «La religion a été inventée pour fournir des réponses, souligne Philippe Huguelet. Lorsqu’on croit que c’est une instance supérieure qui décide, cela peut mener à une acceptation de l’adversité, ce qui joue un rôle important dans la résilience.» La foi revêt également une dimension psychosociale, en réduisant le sentiment d’isolement grâce à l’intégration dans une communauté et le soutien d’un interlocuteur – le «tout-puissant» ou l’un de ses représentants sur terre.

Des effets, aussi, sur la santé physique; une certaine ascèse est prônée. Des études attestent aussi d’une plus grande longévité.

Ces incidences ont été étudiées sur diverses populations, dont des patients souffrant de démences. «Chez les croyants, elles évoluent un peu moins vite, grâce notamment à davantage de socialisation et plus de stimulation.» Des études menées à Genève, et répétées au Canada, sur des psychotiques ont aussi montré que dans 70% des cas, les patients font un usage positif de la religion, rapporte encore le chercheur de l’UNIGE. «Elle est utilisée à des fins d’apaisement de symptômes, de socialisation et pour trouver un sens à la vie. Mais l’usage peut aussi être négatif, dans 15% des cas. Dans les 15% restants, les patients n’étaient pas croyants.»

Effets sur les addictions

Le spécialiste ajoute encore qu’en psychiatrie, la recherche a pu mettre en évidence ce coping religieux sur la dépression, les addictions, les troubles psychotiques ainsi que les risques suicidaires. Et de citer une étude américaine portant sur des femmes qui se rendent à l’église au moins une fois par semaine. «Le taux de suicide dans cette population était largement inférieur à la moyenne, c’était assez spectaculaire. La religion a un effet préventif dans une certaine mesure, notamment grâce à l’importance de la communauté mais aussi de l’interdiction de l’acte.»

«La religion n’est pas un placebo. Ses effets sur l’organisme sont bien réels»

Jacques Besson avance encore l’exemple des Alcooliques anonymes. «Cette méthode fonctionne avec des groupes, spirituels mais pas religieux, sur le lâcher-prise. On s’en remet à une puissance supérieure et à la fraternité du groupe. Les imageries cérébrales de personnes récitant la «prière de sérénité» main dans la main montrent une stimulation dans les zones des émotions et une libération d’endorphine, qui sert à lutter contre la douleur.» Enfin, des effets positifs ont été étudiés chez des seniors en EMS. Face à la solitude, à la perte de repères et d’autonomie, la foi peut être source de réconfort.

Des limites aussi

Voilà pour quelques bienfaits de la religion et de la spiritualité. On ne leur donnera toutefois pas le bon Dieu sans confession. Elles ne sont pas la panacée et il peut y avoir un revers à la médaille, souligne Philippe Huguelet. Certaines croyances peuvent en effet interférer avec les traitements, opposées à la transfusion sanguine, aux vaccins ou aux antibiotiques.

D’autre part, elles peuvent servir de terreau pour exacerber des idées paranoïaques. «Des patients schizophrènes peuvent intégrer leurs délires dans des thématiques spirituelles, relève le professeur. Les événements négatifs peuvent aussi être appréhendés comme des punitions, du fait du karma. Il revient alors aux soignants d’essayer de transformer cela en quelque chose de plus positif.» D’où l’importance d’intégrer la spiritualité dans la pratique médicale (lire ci-dessous).

Zones cérébrales activées

Quant aux mécanismes qui se cachent derrière ces effets, ils font l’objet d’un champ d’étude à part, la neurothéologie. «La méditation est la pratique la plus étudiée, grâce notamment aux explorations de grands neurobiologistes sur le bouddhisme, précise Jacques Besson. L’imagerie cérébrale a montré que lors d’une séance de méditation, des zones contrôlant les émotions sont activées. Elles contribuent à gérer l’anxiété, les tourments.» A contrario, certaines zones, comme les lobes pariétaux, sont inhibées. «Ceux-ci sont liés à l’orientation spatiale et temporelle. L’implication dans le monde réel diminue, on se retire des préoccupations terre à terre.»

La prière, de par sa nature dialogique, instaure une relation avec une puissance supérieure. «Cela mobilise les zones cérébrales de la relation, du lien, explique encore le Lausannois. C’est une source de sérénité.»

Clés pour ouvrir les gènes

On peut même encore aller plus loin, en plongeant dans l’ADN. La capacité de certains gènes à s’exprimer, ou à se retrouver bloqués, est influencée par le mode de vie (alimentation, activité physique, stress, sommeil, satisfaction, etc.). On appelle cela des mécanismes épigénétiques. «On sait qu’un choc ou un stress chronique peuvent méthyler (bloquer) l’expression de certains gènes», détaille Roland Hasler, docteur en neurosciences et adjoint scientifique au Département de santé mentale et de psychiatrie des Hôpitaux universitaires de Genève, de retour d’un congrès mondial sur la spiritualité et la psychiatrie. «L’environnement agit ainsi comme une clé qui va ouvrir ou fermer l’activation de gènes responsables, par exemple de la production de dopamine (hormone du plaisir) ou de la sérotonine (impliquée dans l’humeur).»

Or, la croyance, à travers notamment la méditation et la prière, «ouvre» l’expression de certains gènes. «Nous avons mené des études qui le prouvent, en montrant une plus grande production de dopamine chez les croyants. Tout comme des dépressifs qui avaient la foi présentaient des taux de BDNF (ndlr: facteurs de croissance cérébrale) plus élevés, soit une meilleure plasticité cérébrale et conservation des neurones.» Et de conclure: «La religion n’est pas un placebo. Ses effets sur l’organisme sont bien réels.»

Créé: 23.12.2019, 06h54

Spiritualité de plus en plus prise en compte à l’hôpital

Jacques Besson, ancien chef du Service de psychiatrie communautaire du CHUV, à Lausanne, milite pour une prise en charge «globale» du patient. Et de citer les États-Unis qui, en 2013, ont édicté une recommandation incluant l’obligation de pratiquer une anamnèse – évaluation préliminaire – spirituelle. «Il ne s’agit pas de recommander de croire mais demander de s’intéresser à la spiritualité», souligne le responsable.

Philippe Huguelet, professeur de psychiatrie à l’Université de Genève, abonde: «Ça devrait être une question abordée de manière systématique. Le soignant peut conduire une brève évaluation spirituelle, à l’aide de questions simples, sans être directif ni jugeant. Cela permet de définir le rôle, positif ou négatif, exercé par la religion et d’éventuellement soutenir cet appui fourni ou de faire le lien avec une tierce personne.» Ne craignent-ils pas le risque de prosélytisme? Il faut en effet y être attentif, répondent-ils, et adopter une attitude neutre, avec un questionnement non jugeant.

Au CHUV, Jacques Besson indique qu’une collaboration interdisciplinaire, le SpirMed, regroupant des chefs de service et des responsables de l’aumônerie, vise à sensibiliser les soignants à la dimension spirituelle des soins.

Aux Hôpitaux universitaires de Genève, il n’y a pas encore de tel groupe «mais c’est en cours de création et nous travaillons déjà en interdisciplinarité», indique Jérémy Dunon, théologien et responsable de l’aumônerie protestante. Il ajoute que selon les services, la spiritualité prend plus ou moins d’importance.

«En soins palliatifs et intensifs, tout comme en psychiatrie, la collaboration est bien établie avec les médecins, qui font volontiers appel à nous pour aider les patients et leur famille à mieux vivre certaines questions de sens comme les angoisses liées à la mort.» Les aumôniers assistent aussi les mères en néonatalogie et les soignants.

En septembre, l’Hôpital a inauguré un espace de ressourcement destiné aux croyants comme aux athées, aux patients, à leurs proches et aux soignants, où l’on peut prier ou méditer. Un projet concrétisé avec l’action des six aumôneries (catholique, catholique orthodoxe, protestante, orthodoxe, juive et musulmane), qui offrent offices religieux, accompagnement en fin de vie, soutien, entre autres.

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