Flûte et harpe pour doper le développement des bébés

SantéLes HUG étudient les effets de la musique sur les prématurés. Elle favoriserait la maturation de leur cerveau et limiterait d’éventuels troubles.

Ce bébé prématuré pris en charge aux HUG écoute de la musique trois fois par jour.

Ce bébé prématuré pris en charge aux HUG écoute de la musique trois fois par jour. Image: S. SIZONENK

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On en écoute pour se détendre, pour se motiver sur le tapis de course, pour booster sa créativité, focaliser son attention ou s’épargner un collègue trop bruyant en open space. La musique recèle de nombreuses vertus. Elle a même son domaine de soin, la musicothérapie, utilisée par les professionnels pour développer les capacités sensorielles et motrices, la créativité artistique, la communication non verbale, entre autres.

Les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) aussi se mettent à utiliser la musique. Pour une population bien particulière: les grands prématurés, dans le but de doper le développement de leur cerveau. Cette étude vient d’être citée par le «National Geographic» comme une des douze innovations qui révolutionneront la médecine.

Améliorer le «câblage»

On parle de grands prématurés pour des naissances avant 32 semaines de grossesse, soit deux mois avant le terme. «Cela représente 1% des naissances», précise la professeure Petra Hüppi, du Service de développement et croissance des HUG. Chez ces bébés nés trop tôt, certains organes ne sont pas encore parvenus à maturation. C’est le cas du cerveau. «Les cellules neuronales sont à leur place mais les connexions entre elles ne sont pas encore totalement établies, explique la professeure. Ce câblage, ainsi que son isolant, se forme justement durant le dernier trimestre de la grossesse et continue d’évoluer durant les premières années de vie. Chez les grands prématurés, cela fait défaut.»

Pour développer ce câblage, il faut que les neurones soient en activité. Lorsqu’ils sont stimulés, le processus de maturation du réseau est activé. In utero, les stimulus sont nombreux, que ce soit par les actions de la mère ou par sa voix, et sont liés au rythme circadien. Hors de ce cocon, le bébé se retrouve prématurément confronté aux bruits des soins intensifs, plus bruyants, stressants et sans lien avec un quelconque rythme. Les risques? Celui de souffrir, plus tard, de problèmes cognitifs, comme des troubles de l’attention, des retards de langage, de compétences socio-émotionnelles plus faibles – on sait que les prématurés ont des risques d’autisme plus élevés, relève Petra Hüppi. «30 à 50% des grands prématurés vont accuser des déficits.»

Une trentaine de participants

Alors, pour tenter de pallier ces handicaps, une grande attention est portée aux soins du nouveau-né. En mettant l’accent sur une présence accrue des parents, sur de la stimulation tactile et vocale, sur le respect des rythmes de sommeil et d’éveil. Tout ce qui peut stimuler le cerveau favorisera sa croissance, résume la professeure. Et la musique pourrait bien en faire partie selon les résultats de son étude.

Celle-ci est menée depuis près cinq ans. En ce moment, une trentaine de bébés «écoutent» de la musique, une trentaine d’autres font partie du groupe témoin. Leurs résultats sont ensuite comparés. «Grâce à des IRM, selon une technique non invasive et non irradiante, nous avons pu montrer que la musique pénètre dans le cerveau du bébé et ne stimule pas seulement le cortex auditif mais également des aires secondaires neuronales. Ce qui montre qu’il intègre ce qu’il entend.»

Musique créée sur mesure Les neurones sont ainsi stimulés trois fois par jour, pendant l’hospitalisation, en accord avec les parents. Les premiers résultats – qui seront publiés tout prochainement en détail – ont montré qu’une exposition à la musique en accord avec le rythme journalier a bien un effet sur le développement cérébral. «Certaines aires cérébrales sont parvenues à un degré de maturation qui se rapproche du «niveau» de celui des bébés nés à terme.»

Le casque audio sur leurs oreilles ne diffuse pas n’importe quelle musique. Un son sur mesure, créé par le compositeur suisse Andreas Vollenweider, raconte Manuela Filippa, musicienne et psychologue du développement, qui intervient en qualité d’experte sur l’étude. «Il est venu en néonatalogie pour évaluer les sonorités à choisir, en fonction des réactions des bébés.» Ce sera la harpe, des petites cloches et une flûte indienne.

«Chacun des trois extraits dure huit minutes et est adapté au cycle du bébé, pour le réveil, pour la période d’activité et pour le coucher», continue la musicienne. Ces morceaux sont encore classés secret-défense. «Nous avons déjà reçu des demandes, notamment des États-Unis! sourit Petra Hüppi. Nous pourrons envisager de les diffuser seulement lorsque l’étude aura été terminée.»

Créé: 08.02.2019, 09h05

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