Fleurs entre les pavés? Nathalie Fontanet face à Antonio Hodgers

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Née en 1965 en France voisine, Nathalie Fontanet n’avait que 3 ans en Mai 68. Elle est arrivée à Genève six jours après sa naissance. Antonio Hodgers est né, lui, en 1976 en Argentine. Il est arrivé à Genève en 1981 comme requérant d’asile. L’une et l’autre sont candidats au Conseil d’État les 15 avril et 6 mai prochains. Nous leur avons demandé, comme aux 31 autres candidats à l’Exécutif du canton, de placer leur réflexion dans le sillage de cet événement culturel et politique qui transforma bien des choses et des rapports dans le vécu des gens, tandis que l’autre élément déterminant de ce temps-là était encore la guerre froide entre l’Empire soviétique et le bloc occidental. Notre dossier: www.election2018.tdg.ch

De Mai 68 à mai 2018: des pavés au numérique!

Nathalie Fontanet, candidate PLR au Conseil d’État

En Mai 68, les jeunes sont descendus dans les rues du monde entier pour crier leur mécontentement. Qu’en est-il aujourd’hui, en mai 2018? Plus de jets de pavés ou de grands rassemblements idéologiques dans notre canton, hormis quelques manifestations éparses. Cela ne veut toutefois pas dire que les Genevoises et les Genevois sont satisfaits. Même si notre cadre de vie est agréable en comparaison d’autres pays.

Les mécontentements sont toujours présents. Mais c’est par les canaux numériques qu’ils s’expriment pour la plupart aujourd’hui. Sont-ils moins violents? Bien au contraire. L’anonymat de la Toile les rend plus virulents, plus nombreux et surtout présents en continu. Les récriminations sont ciblées, elles s’articulent principalement autour des prestations. Les mécontents veulent des logements accessibles, de la formation tout au long de la vie, des emplois, des primes d’assurance-maladie moins chères. Ils attendent que l’État mette en place les conditions qui leur permettent de mieux circuler, de bénéficier d’une meilleure qualité de vie. Ils ont raison! Je les entends et nous devons les écouter. La formation est l’enjeu essentiel des années à venir.

La digitalisation et la numérisation vont modifier l’employabilité. Non seulement nos enfants et nos jeunes doivent-ils être prêts pour ces mutations, mais les personnes actuellement en emploi doivent aussi pouvoir continuer à se former pour ne pas être laissées au bord du chemin. Il faut par ailleurs également prendre en compte les besoins et les attentes de ceux qui ne participent pas forcément à ces manifestations numériques ou de rue. Je pense aux indépendants, aux entrepreneurs, aux commerçants, à ceux qui prennent des risques au quotidien, qui créent des emplois et qui se battent pour les maintenir, à ceux qui créent les richesses et qui construisent.

C’est aussi pour eux que je m’engage. Je veux faire évoluer l’État – et ses services – d’une logique centrée sur son propre fonctionnement à une logique de prestataire de services. Les prestations aux Genevoises et aux Genevois doivent être la priorité qui guide toute action de l’État. Je veux réformer l’administration, son accès pour les administrés doit être simplifié. Les procédures doivent être allégées. Même si des progrès ont été faits en la matière, il reste une marge de progression importante. Je veux aussi maintenir et développer l’emploi dans notre canton. Notre taux de chômage est l’un des plus élevés de Suisse.

Pour cela, il est nécessaire d’améliorer les conditions-cadres. Cela passe en premier lieu par l’adoption de la réforme de la fiscalité des entreprises dans notre canton. Elle est nécessaire pour éviter leur exode dans le canton voisin et permettre à Genève de rester concurrentiel au niveau suisse et international. L’extension des horaires d’ouverture de nos commerces est incontournable afin de tenir compte de l’évolution des modes de vie et lutter efficacement contre le tourisme d’achat en France voisine. Ces deux mesures sont indispensables pour maintenir les emplois à Genève. Je m’engage pour les Genevoises et les Genevois.

Haut de la page

La métamorphose de l’autorité

Antonio Hodgers, chef du Département de l’aménagement, du logement et de l’énergie

Mai 68 a surtout été un moment de liberté et d’émancipation morale contre une société patriarcale et socialement contrôlante, mais aussi très hiérarchisée et masculine dans ses rapports professionnels. 1968 fut aussi la fête d’une jeunesse qui voulait vivre avec son époque, pour qui la liberté était plus importante que l’autorité, d’une société qu’il fallait changer d’urgence. Ces changements sont aujourd’hui perceptibles mais pas encore satisfaisants.

L’émancipation de la femme a certes progressé, notamment sur le plan légal, mais n’est dans les faits pas atteinte. La parole libérée par l’affaire Weinstein est salutaire, y compris dans son rappel que le sujet n’est de loin pas clos. Elle contribue ainsi à redéfinir ce qui relève des rapports professionnels et ce qui relève des rapports de séduction, dans une logique de meilleure protection des femmes.

Si les rôles masculins/féminins évoluent, ils restent cependant prisonniers de leurs genres. Un exemple? La garde des enfants, qui reste encore trop souvent attribuée à la femme, la reléguant ainsi au foyer alors que l’homme est, lui, relégué au bureau. L’une comme l’autre doivent s’affranchir de ces rôles déterminés. À mes yeux, le temps partiel à des postes à responsabilité peut être un outil puissant de cette vision égalitaire. Il est temps que l’organisation de nos sociétés s’affranchisse de clichés qui l’empêchent d’aller au bout de l’exercice de l’émancipation.

Mai 68 a également entamé un nouvel ordre économique dont les résultats n’ont pas été à l’image des utopies. Prenons l’exemple de Steve Jobs. Pur produit de cette époque, il incarnait l’idéologie du droit au confort et au divertissement. Aujourd’hui, au contraire, Apple organise la surconsommation par l’obsolescence programmée. Ce nouvel ordre a finalement repris la logique de la concentration capitalistique, avec la centralisation des bases de données à travers notamment les Big Five (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft).

La surveillance sociale patriarcale (mon père, mon curé, mon patron) des années 50 est remplacée par la tyrannie des réseaux sociaux, des caméras video omniscientes et du big data. On peut compléter le slogan de l’État fouineur «Big Brother is watching you» par un «The Big Five are watching you too», au grand profit de l’économie privée. Or il faudrait aujourd’hui réglementer ces concentrations de l’information et protéger le citoyen des dérives du big data. Malheureusement, au nom de la sécurité, l’État collecte et centralise également une multitude de données privées. Pourtant, Benjamin Franklin avait déjà raison à la fin du XVIIIe siècle: «Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux.» En mai 2018, il faut à nouveau se battre pour la liberté et l’émancipation.

Haut de la page

Créé: 03.04.2018, 21h13

Articles en relation

Des fleurs durables? Sandrine Salerno face à Serge Dal Busco

#ElectionGenève2018 (7/15) Plus...

Sous les fleurs, des pavés? Luc Barthassat face à Salika Wenger

#Élection Genève2018 (6/15) Plus...

Fleurs ou pavés! Eric Stauffer face à Axel Amberger

#ElectionGenève2018 (3/15) Plus...

L’élection le 15 avril du parlement et du gouvernement genevois pour la législature 2018-2023 coïncide avec les 50 ans de Mai 68. Nous avons demandé à chacun des trente et un candidats qui brigue un des sept sièges du Conseil d’État de jeter des fleurs ou des pavés au parlement et au gouvernement sortant et surtout de dire quelles seront leurs premières actions s’ils sont élus le 6 mai à l’issue du second tour. Seront-ils plutôt carotte ou bâton?




Bon plan: En 31 ou 60 questions, le site www.smartvote.ch mesure votre proximité relative avec la plupart des candidats.


Retrouvez notre dossier Élections 2018: www.election2018.tdg.ch


Retrouvez ici tous les invités de la Tribune de Genève La rubrique L’invité(e) est une tribune libre (3000 signes, espaces compris) sélectionnée par la rédaction. Avant d’envoyer votre contribution, prenez contact assez tôt à courrier@tdg.ch, afin de planifier au mieux son éventuelle publication.

Paid Post

CallDoc, assuré malin et flexible
Bénéficiez de consultations médicales 24h/24, 7j/7 et faites des économies! Profitez du rabais de prime sur l’assurance-maladie de base. Demandez une offre maintenant.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

)6 nouveaux projets en faveur des piétons et des cyclistes
Plus...