La Finlande honore une Genevoise âgée de 105 ans

DistinctionEx-professeure, Juliette Monnin-Hornung s’est investie pour faire connaître la culture finlandaise.

Juliette Monnin-Hornung a reçu à son domicile genevois la croix de chevalier de l’Ordre de la Rose blanche de Finlande.

Juliette Monnin-Hornung a reçu à son domicile genevois la croix de chevalier de l’Ordre de la Rose blanche de Finlande. Image: Pierre Albouy

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Pour une Genevoise, être nommée au grade de chevalier de l’Ordre de la Rose blanche de Finlande n’est déjà pas banal. Mais recevoir cette distinction à l’âge de 105 ans est tout à fait particulier. D’autant que Juliette Monnin-Hornung a attendu ses 78 printemps, en 1991, pour visiter le pays des rennes. Reste que son lien avec la culture finlandaise, lui, remonte à beaucoup plus loin.

C’est à son domicile, dans le quartier des Tranchées, que l’ancienne professeure d’histoire de l’art et d’histoire de la littérature européenne a reçu cette décoration, le 11 juin, des mains de l’ambassadeur de Finlande, Terhi Hakala. Avant elle, seuls quatre Suisses, que des hommes, avaient été nommés dans cet ordre honorifique créé en 1919, qui récompense les mérites civils et militaires.

La magie du Kalevala

Surprise? «Honorée et profondément heureuse, confie Juliette Monnin-Hornung. Pour moi, c’est la récompense du travail effectué pour faire connaître ici la culture finlandaise. Et spécialement le Kalevala, un livre magique. À travers cette distinction, c’est tout le groupe des Amis du Kalevala à Genève qui est honoré.»

Elle pourrait parler des heures de cet ouvrage écrit et publié en 1849 par le médecin et poète Elias Lönnrot. Pour faire court, il s’agit de la grande épopée nationale finlandaise (lire encadré ci-contre). «Celui qui le découvre se sent obligé de le traduire dans sa propre langue, assure-t-elle. Cela est arrivé à un Tchèque, à un Catalan…» Le Kalevala est aujourd’hui traduit en 51 langues.

Juliette Monnin-Hornung, elle, l’a découvert à l’adolescence: «Je devais avoir 16 ou 17 ans, dit-elle. C’était à la Société de lecture de Genève, où il y a une bibliothèque extraordinaire. Mais pourquoi ai-je choisi ce livre-là sur les rayons, je ne le sais pas.» Il s’agissait d’une traduction du Vaudois Jean-Louis Perret, docteur ès lettres, qui fut lui aussi promu chevalier de l’Ordre de la Rose blanche. «Le Kalevala m’a tout de suite plu, poursuit-elle. C’est une œuvre majeure de la littérature européenne.»

Amoureuse des langues

Ce n’est pourtant pas à la fin des années 20 que l’ancienne enseignante au Collège Voltaire et à l’Université de Genève commence à se passionner pour la culture finlandaise. «Vous savez ce que c’est, j’étais jeune, j’avais soif de connaissances et j’aimais les langues. Donc, durant très longtemps, le Kalevala a été mon seul lien avec la Finlande.»

À tel point qu’elle n’a jamais appris le finnois, «mais je lis huit langues, à défaut de toutes les parler: français, latin, allemand, anglais, espagnol, italien, portugais et catalan», égrène-t-elle avec un plaisir évident. «Enfin, je lisais, ajoute-t-elle, car ma cécité ne me le permet plus.» Ce qui ne l’a pas empêchée, en 2015 et avec l’aide de l’un de ses petits-enfants, Dimitri Monnin, de publier une étude sur «Le Kalevala, ses mythes, ses divinités, ses héros, sa magie».

Vingt ans d’engagement

La passion de Juliette Monnin-Hornung pour la Finlande a réellement éclos en 1999, «quand l’ambassadeur finlandais auprès des Nations Unies m’a demandé, dans le cadre d’un séminaire, de rendre hommage à Jean-Louis Perret. Le thème de la conférence était: «L’impact des travaux de Jean-Louis Perret en Finlande». J’ai alors découvert qu’il n’y en avait pratiquement plus aucune trace! Et je me suis fait le serment de faire connaître la culture finlandaise et finnoise.» Ce sera le cas notamment à travers le PEN Club, association d’écrivains internationale dont elle est une membre active. «Par exemple, en 2002 au Salon du livre, nous avons consacré une partie de notre stand et une conférence autour des 200 ans de la naissance d’Elias Lönnrot.» Il y aura aussi la création des Amis du Kalevala, son activité au sein de l’Association suisse des amis de la Finlande ou encore deux concerts de kantele à Genève. Cet instrument à cordes pincées traditionnel de Finlande et de Carélie est largement évoqué dans le Kalevala.

Son engagement lui a valu d’être honorée par la Finlande il y a un mois. Mais Juliette Monnin-Hornung ne compte pas s’arrêter là: «Étant aveugle aujourd’hui, je ne puis plus lire ni écrire, mais je peux encore agir! Ainsi, j’aimerais que l’une des salles de la Faculté de traduction et d’interprétation de l’Université reçoive le nom de Jean-Louis Perret. Je souhaite aussi que des cours de finnois soient proposés, en option, aux étudiants de sciences humaines. Vous savez, le finnois est une langue moderne et tout à fait spéciale, qui n’a ni masculin ni féminin et pratiquement ni passé ni futur. Il est d’ailleurs étonnant que la France et la Finlande, deux pays aux langues si opposées, partagent le même goût pour les décorations», sourit-elle.


Un livre culte

Le Kalevala, dans sa forme définitive, comprend pas moins de 22 795 vers regroupés en 50 chants. Ils sont tirés de la tradition orale populaire, véhiculée notamment par les bardes à travers les âges.

Le personnage principal n’est autre qu’un barde et magicien, Väinämöinen. Mais ce n’est pas pour autant le héros de cette épopée où interviennent beaucoup d’autres figures importantes. Le Kalevala contient aussi des passages non narratifs, tels des articles sur le brassage de la bière ou le travail du fer. X.L. (TDG)

Créé: 11.07.2018, 17h18

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