Fin d’une époque: le tribunal se barricade

SécuritéLe pouvoir judiciaire a systématisé les contrôles à l’entrée du Palais de justice. Vigiles et détecteurs de métaux filtrent désormais les entrées d’un lieu autrefois ouvert.

On entre désormais au Palais comme on passe les portiques de l’aéroport.

On entre désormais au Palais comme on passe les portiques de l’aéroport. Image: Steeve Iuncker-Gomez

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C’est un changement radical. La fin d’une époque où le curieux entrait dans le Palais de justice comme dans un magasin, pouvait choisir une salle et écouter la plaidoirie d’un ténor du Barreau ou la défense d’un criminel appelé à la barre.

Aujourd’hui en Vieille-Ville, rien n’empêche formellement l’entrée au Palais. Mais depuis ce printemps, la porte Saint-Antoine, sous les colonnes de la rue des Chaudronniers, est condamnée. Le visiteur est inexorablement dirigé vers une entrée unique, au Bourg-de-Four. Là, il s’agit de passer un portique de détection et un «x-ray» manipulé par un agent de sécurité, avec obligation de présenter une pièce d’identité. À l’image des dispositifs aéroportuaires, on retire ceintures et bijoux, les sacs sont contrôlés et les bouteilles saisies. Si le renforcement métallique des chaussures provoque un bip-bip, il faut se résoudre à passer le SAS en chaussettes.

Réactions d’humeur

Le hasard et un léger retard dans les travaux ont fait coïncider l’inauguration du système de sécurité avec une semaine chargée au Palais de justice: deux procès criminels s’y tenaient simultanément (on en compte généralement entre cinq et dix chaque année). Deux affaires sensibles – l’assassinat de la petite Semhar et celui d’une retraitée à Onex – qui ont attiré un public nombreux et étrenné le dispositif sécuritaire. Résultat: quelques réactions d’humeur, surtout parmi les habitués, avocats et journalistes (qui disposent d’un couloir prioritaire).

Si les nouveaux moyens de contrôle ont pu surprendre, voilà plusieurs années que le procureur général Olivier Jornot œuvre à l’introduction de ces mesures de sécurité. «À Lyon ou au Tribunal fédéral, on passe par un portique de sécurité, y compris lorsqu’on est procureur général de Genève. Au Palais de justice, nous avons un accès très ouvert», disait-il, il y a quatre ans déjà, au moment de l’apparition des premiers portiques de sécurité mobiles pour les audiences considérées à risque.

Depuis, les contrôles se sont intensifiés jusqu’à la systématisation tout juste inaugurée. Pour Patrick Becker, secrétaire général du pouvoir judiciaire, «le niveau de sécurité était considéré comme largement insuffisant faute de filtrage possible des différents publics. Il faut rappeler que les risques d’incidents, de réactions violentes ou d’agressions ne sont de loin pas limités aux affaires pénales ou aux affaires administratives ou civiles avec détenus, poursuit-il. Toutes les autorités judiciaires doivent trancher ou arbitrer des contentieux, dans des domaines parfois très sensibles, touchant évidemment les parties dans leur vie personnelle, souvent de manière durable et avec un impact déterminant.»

Agents de sécurité privés

Il va de soi qu’une telle infrastructure engage des ressources accrues. L’office des bâtiments n’est pas en mesure d’indiquer le montant exact de ces transformations, car elles s’inscrivent dans le projet global de modernisation du Palais de justice en cours. En revanche, au niveau du budget de fonctionnement, les coûts supplémentaires s’élèvent à 350 000 francs par an. Ils s’expliquent notamment par le recours à un plus grand nombre d’agents de sécurité. Postés au portique ou devant l’écran de contrôle, ils sont employés par un mandataire externe, SPS Service Privé de Sécurité SA. C’est à cette société qu’est revenu le mandat renouvelé tous les cinq ans. Un nouvel appel d’offres sera lancé à la fin de cette année.

La justice genevoise a-t-elle vraiment besoin d’un tel niveau de sécurité? Pour les autorités judiciaires, cela ne fait aucun doute. «Des incidents se produisent régulièrement. Sans suite et sans gravité pour la plupart, ils n’en sont pas moins préoccupants et ne doivent pas être acceptés», répond Patrick Becker, renvoyant aux saisies d’objets dangereux dans les locaux du Ministère public et dans tous les autres qui font déjà l’objet d’un filtrage comparable à celui mis récemment en place en Vieille-Ville.

Outre les objets confisqués au quotidien, certains ont en mémoire une tentative d’immolation par le feu dans la cour du Palais de justice ou l’introduction d’un revolver par un individu déterminé à mettre fin à ses jours en cours d’audience.

Vaud s’y mettra aussi

Les temps ont donc changé: on n’entre plus au Palais de justice comme dans un moulin. En sécurisant ses procès, Genève met fin à une certaine insouciance et s’aligne sur les pratiques sécuritaires en vigueur dans les palais de justice des pays qui nous entourent.

Mais à l’échelle nationale, la plupart des tribunaux cantonaux demeurent des lieux ouverts. Dans le canton de Vaud, seuls des huissiers postés à la réception jettent un œil sur les quatre tribunaux d’arrondissement (les portiques de sécurité mobiles et agents de police sont réservés aux procès à risque). Là aussi, le temps des portes ouvertes semble révolu puisque le secrétariat général de l’Ordre judiciaire vaudois «a identifié les mêmes besoins qu’à Genève» et annonce qu’un dispositif de contrôle similaire sera prochainement aménagé.

Compréhension et regrets

À l’avenir, le public et les avocats vaudois devront alors se soumettre aux mêmes contrôles que les Genevois. Ces mêmes filtres qui font grincer des dents aujourd’hui à Genève. Bâtonnier de l’Ordre des avocats, Me Lionel Halpérin a eu connaissance de «quelques accrocs durant la phase de rodage» et espère qu’une «meilleure routine» sera trouvée. En attendant, il a sondé les avocats genevois et attend leurs commentaires. Sur le fond, «on peut comprendre les craintes qui amènent le pouvoir judiciaire à vouloir sécuriser le Palais, affirme le bâtonnier. Mais on peut aussi le regretter.»

Créé: 24.04.2019, 16h20

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