Fils de diplomate agressé: Zappelli a classé l’affaire

JUSTICEL’agression avait mis en émoi la Genève internationale.Mais il semble que la victime avait pris des libertés en relatant les faits.

Daniel a été agressé à proximité de l'hôtel Mandarin, l'été passé.

Daniel a été agressé à proximité de l'hôtel Mandarin, l'été passé. Image: Christian Bonzon

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Un jeune de 19?ans, mère et beau-père fonctionnaires internationaux, victime d’une agression gratuite en pleine nuit: l’affaire, présentée comme telle par le principal intéressé il y a neuf mois, a terni l’image de la Genève internationale et provoqué des réactions en cascade: note interne de l’ONU incitant le personnel à ne plus sortir seul la nuit; communiqué du Département fédéral des affaires étrangères, préoccupé par les questions de sécurité à Genève; décision du Conseil d’Etat de créer une réserve opérationnelle pour sécuriser la voie publique. Beaucoup de bruit, mais pas grand-chose au final: la Tribune de Genève a appris que Daniel Zappelli a classé l’affaire jeudi dernier, avant de quitter ses fonctions de procureur général.

Contacté, le service de presse du pouvoir judiciaire confirme le classement, «faute d’identification des agresseurs». Selon nos sources, l’enquête montre que les faits ne se sont pas déroulés comme Daniel, la victime, l’a affirmé. Agression gratuite? Pas vraiment. Transaction de drogue qui a mal tourné? Plus sûrement.

«On va te faire la peau» Le 16 juillet 2011, vers 4?h du matin, Daniel rentre chez lui. Accompagné d’un ami. «J’ai fait quelques pas au niveau de l’Hôtel Mandarin, racontera-t-il à L’Illustré . Un type m’a demandé ma nationalité. Je n’ai jamais eu honte d’être Américain. Il est devenu agressif et insultant: «Fils de pute américain, on va te faire la peau, a-t-il crié. J’ai été entouré d’une dizaine de personnes d’origine maghrébine.» Et Daniel d’expliquer avoir été passé à tabac. «J’ai vécu un cauchemar, je n’ai jamais eu aussi peur de ma vie», dira-t-il.

Dans les jours qui suivent, un responsable du service de sécurité de l’ONU adresse un courriel au personnel: «Ne sortez plus seuls la nuit à Genève.» Le 15 août, le Département des affaires étrangères de Micheline Calmy-Rey – «préoccupé par les questions de sécurité à Genève» – annonce avoir écrit à la conseillère d’Etat Isabel Rochat. «La Genève internationale est un pilier important de la politique étrangère de la Suisse. Les conditions-cadres de l’accueil des organisations internationales et des missions permanentes sont une priorité, en particulier toutes les questions liées à la sécurité», indique le DFAE, révélant une rencontre entre Micheline Calmy-Rey et le Conseil d’Etat le 12 septembre.

Le 24 août, en pleine tempête sur l’insécurité – il y a l’agression de Daniel, mais aussi des vols dans plusieurs missions – le Conseil d’Etat demande à Monica Bonfanti, cheffe de la police, de mettre sur pied, au début du mois de septembre, une réserve opérationnelle pour sécuriser la voie publique. Une semaine plus tard, le MCG jette un pavé dans la mare. Il affirme, sans le prouver, que Daniel a été victime d’«un deal qui a mal tourné».

Après la rencontre entre Micheline Calmy-Rey, Isabel Rochat, Mark Muller, David Hiler et Monica Bonfanti, dont quasi rien ne filtre dans la presse, la pression retombe. Mais la police continue d’enquêter. Puis transmet son rapport au procureur général.

«Versions divergentes»

De source policière, l’enquête confirme que Daniel a été agressé, mais par trois personnes et non par une dizaine, comme il l’avait prétendu. «Ses versions divergentes n’ont pas facilité le travail des enquêteurs», confie un informateur. Par ailleurs, le motif de l’agression n’a pas été établi avec précision.

Quid de la thèse du deal de drogue? «Le plaignant a dit qu’il n’excluait pas s’être retrouvé là pour des motifs de drogue, explique une source proche du dossier. Il est possible qu’il se soit acheté quelques joints.»

La thèse de l’agression gratuite, qui a inquiété la communauté internationale, est donc mise à mal. «Mais l’agression a bien eu lieu, précise une source judiciaire. D’où la décision de classement, qui permet de rouvrir le dossier si des faits nouveaux aident à retrouver les auteurs.»

(TDG)

Créé: 05.04.2012, 07h36

Le dossier en six dates clés

16 juillet 2011 Daniel est agressé. Il dira avoir été tabassé par quelque dix personnes en raison de sa nationalité.
Début août 2011 Un responsable de la sécurité de l’ONU écrit un courriel au personnel: «Ne sortez plus seuls à la nuit à Genève.»
15 août 2011 Le Département des affaires étrangères signale à Isabel Rochat «sa préoccupation quant à la détérioration de la situation sécuritaire à Genève».
24 août 2011 Le Conseil d’Etat demande à la cheffe de la police de mettre sur pied une réserve opérationnelle pour sécuriser la voie publique.
12 septembre 2011 Micheline Calmy-Rey rencontre Isabel Rochat, Mark Muller, David Hiler et Monica Bonfanti «pour analyser la situation sécuritaire à Genève».
29 mars 2012 Daniel Zappelli classe l’affaire. F.C.

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