«Mon fils n’a absolument pas été enlevé»

Affaire «Babis»Malade, le fils cadet du premier ministre tchèque est à Genève. Sa mère contredit ses déclarations.

A Prague, plusieurs milliers de manifestants sont descendus dans la rue, le 17 novembre, pour demander le départ du premier ministre Andrej Babis. L'affaire qui le concerne a rebondi à Genève.

A Prague, plusieurs milliers de manifestants sont descendus dans la rue, le 17 novembre, pour demander le départ du premier ministre Andrej Babis. L'affaire qui le concerne a rebondi à Genève. Image: Keystone

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Pendant deux ans, des journalistes et la justice tchèque ont cherché Andrej Babis Jr, le fils cadet du premier ministre tchèque Andrej Babis. Ils l’ont finalement retrouvé il y a une dizaine de jours dans l’appartement de sa mère, à Genève. Mais l’homme de 35 ans, qui a la citoyenneté suisse et a suivi sa scolarité à Genève, vient de s’évaporer une nouvelle fois. Sa mère, Beatrice Babisova, affirme vouloir protéger son fils: «Dans cette affaire politique qui a pris une ampleur considérable, j’agis en tant que mère. Je cherche à protéger mon fils. Il subit des pressions qui le perturbent alors que son état de santé est fragile. J’ai peur que sa situation empire.»

Hospitalisé à Genève en juin

Beatrice Babisova a accordé un entretien à la «Tribune de Genève» dans le bureau de son avocat genevois, Me Alexandre de Senarclens. «Monsieur Babis Junior subit une pression insupportable», déclare l’avocat, par ailleurs président du PLR genevois. Andrej Babis Junior est au cœur d’un détournement présumé de subvention dans son pays d’origine. Lui, sa sœur et un autre membre de sa famille étaient les propriétaires officiels d’un hôtel-spa tchèque à 50 km de Prague, baptisé Nid de cigognes, lorsque l’établissement a bénéficié d’une subvention européenne de deux millions d’euros destinée aux petites et moyennes entreprises. Or cet hôtel pourrait faire partie de la holding Agrofert, fondée et contrôlée par le premier ministre Andrej Babis et pesant plusieurs milliards d’euros.

Une enquête a été lancée par les autorités européennes de lutte antifraude et la justice tchèque. Il y a sept mois, cette dernière a présenté une demande d’entraide judiciaire au Ministère public de Zurich, qui confirme que les Tchèques demandent la saisie des documents bancaires dans l’affaire Andrej Babis Senior. Les autorités suisses n’ont pas encore traité cette requête.

Il y a une dizaine de jours, deux reporters du site d’information tchèque Seznam Zpravy ont retrouvé le fils de l’actuel chef du gouvernement dans l’appartement de sa mère. Ils ont filmé l’entretien en caméra cachée: Andrej Babis Junior y confie avoir séjourné dans un hôpital psychiatrique à Prague avant d’avoir été emmené sur la péninsule de Crimée, actuellement occupée par les Russes. Ce voyage forcé aurait servi à le soustraire à la police: «Mon père voulait que je disparaisse», a-t-il déclaré.

Aujourd’hui, Beatrice Babisova confirme que son fils «est bien allé en Crimée, mais il n’a absolument pas été enlevé. J’étais en contact avec son psychiatre à Prague et je savais qu’il allait en Crimée. À ce moment-là, la pression des journalistes était si forte qu’il fallait trouver un lieu à l’écart pour qu’il se ressource.» A-t-il l’intention de coopérer avec les autorités tchèques, qui souhaitent l’entendre? «Sa maladie ne lui permet pas à ce stade de répondre clairement aux questions. Il doit être protégé», répond sa mère.

On ignore actuellement quand et combien de temps Andrej Babis Junior est resté en Crimée. Ce qu’on sait, en revanche, c’est que les Hôpitaux universitaires de Genève ont décidé en juin de le placer dans une institution spécialisée. «Aujourd’hui, son état est stable et il est traité en ambulatoire. Il souhaite sincèrement commencer une nouvelle vie normale et travailler paisiblement à Genève», fait savoir sa mère.

Des pressions sur le fils?

À Prague, celui que la presse a baptisé «le Trump tchèque» est attaqué: l’opposition exige son départ et des manifestations sont organisées contre lui. Malgré cela, il a trouvé le temps de se rendre à Genève samedi dernier. Son ex-épouse Beatrice confirme cette visite: «Il est venu uniquement pour réconforter son fils. Ils ont bavardé et joué aux échecs. C’était une visite affective et ils n’ont pas évoqué cette affaire.» Quant à Me Alexandre de Senarclens, il affirme ne pas avoir rencontré le premier ministre à Genève.

En République tchèque, d’aucuns prétendent que le chef du gouvernement exercerait une pression énorme sur son fils pour que ce dernier ne témoigne pas dans l’affaire du Nid de cigognes. «Absolument pas!» réplique Beatrice Babisova. «Ceci est une rumeur de plus lancée par l’opposition et les journalistes qui cherchent à le décrédibiliser. Babis Senior est avant tout un père, il ne ferait jamais cela.»

Collaboration: Luca Di Stefano

Créé: 23.11.2018, 13h26

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