Fillettes percutées, leur nounou est-elle coupable?

Drame de la routeL'accident a eu lieu sur un passage pour piétons. Une enfant en a gardé des séquelles. Nounou et conducteur retraité en procès.

La route Antoine Martin et le passage pour piétons où l’accident a eu lieu à Veyrier.

La route Antoine Martin et le passage pour piétons où l’accident a eu lieu à Veyrier. Image: Steeve Iuncker-Gomez

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Il a son permis depuis 49 ans, sans le moindre accident en dehors du heurt d’un candélabre. Pourtant cet honorable dentiste à la retraite s’est retrouvé, jeudi, sur le banc des accusés. Le 31 mai 2016, à Veyrier, sur la route Antoine-Martin, il a percuté trois fillettes de 6 et 7 ans qui traversaient sur un passage pour piétons, accompagnées de leur nounou. Deux d’entre elles ont été grièvement blessées. L’une a failli mourir.

Le prévenu a-t-il contacté les parents après ce drame? demande la juge Catherine Gavin. Oui, mais sa lettre est restée sans réponse. Il faut dire que la petite blessée se trouvait alors dans le coma. «Mais j’avais des nouvelles de son état de santé en continu par la fille de ma voisine qui fréquentait la même école, précise le dentiste. Le jour où l’enfant est sortie de l’hôpital, cette voisine est venue sonner à ma porte, c’est elle qui m’a appris la nouvelle.» L’émotion le submerge. Il en perd le souffle et la voix. «J’étais heureux, j’ai appelé toute ma famille.» Il en parle comme d’une fête.

L’enfant est certes revenue chez elle. Mais en chaise roulante, sans pouvoir ni parler ni marcher. Depuis, de grand progrès ont été accomplis. Avec des appuis scolaires, elle a pu retourner en classe. Tous les six mois, un bilan neuropsychologique mesure son évolution. «Mais notre aide sera-t-elle suffisante pour qu’elle redevienne comme avant? se demande sa mère, angoissée. Pour nous parents, c’est difficile.»

Une seconde de retard

Sa camarade, polytraumatisée sur le même passage pour piétons, conserve quant à elle des cicatrices sur le visage. Le chirurgien espère qu’elles s’atténueront avec l’âge et qu’une nouvelle opération ne sera pas nécessaire. Le choc a été tel que la fillette a eu besoin d’une psychothérapie afin de pouvoir à nouveau traverser sur un passage pour piétons.

Comment l’accident a-t-il pu se produire? «C’est tellement incroyable qu’encore aujourd’hui, je ne comprends pas», répond le prévenu. Roulait-il plus vite que la vitesse autorisée de 50 km/h? Non. Ne connaissait-il pas la route? «Je l’ai prise durant quarante ans pour aller au travail et encore aujourd’hui pour amener mes petits-enfants au tennis.» Le procureur Niki Casonato lui reproche pourtant un manque d’attention. S’il avait réagi une seconde plus tôt, l’accident aurait été évité.

Quatre enfants à surveiller

«J’ai vu cette zone vide et je n’ai pas freiné, admet-il. Une erreur d’estimation. Je n’ai pas pensé que quelqu’un pouvait surgir.» Les enfants et la nounou étaient descendus du bus à l’arrêt Place Verte. Le passage pour piétons se trouvait derrière le bus et ce dernier en masquait une partie. Trois fillettes s’y sont engagées en levant le bras pour signaler qu’elles traversaient. À leur gauche, les automobilistes se sont arrêtés, mais le prévenu arrivant sur leur droite ne les a pas vues.

Pour le procureur, il aurait dû freiner à l’approche de ce passage. Il réclame un an de prison avec sursis pour lésions corporelles graves par négligence.

Ce Genevois de 69 ans n’est pas seul sur le banc des accusés. La nounou péruvienne, juriste de formation, est également jugée pour les mêmes faits. Ce jour-là, elle était en charge de quatre enfants. «Je portais les sacs et les vestes, explique-t-elle. En remontant un des sacs sur l’épaule au moment où nous descendions du bus, j’ai pris un peu de retard.» Elle a empoigné une fillette par la main et dit aux autres de faire bien attention.

Elle ne les a pas protégées

Les trois enfants l’ont devancée sur le passage pour piétons. Lorsqu’elles ont surgi derrière le bus, l’automobiliste les a percutées. Pourquoi la nounou ne marchait-elle pas devant? demande le procureur. Pourquoi a-t-elle laissé filer les filles? Elle n’a pas joué son rôle protecteur, considère le magistrat, qui réclame 180 jours-amendes avec sursis à son encontre. En dehors des lésions corporelles graves par négligence, il la poursuit également pour infraction à la loi sur les étrangers.

Le procès se poursuit.

Créé: 18.01.2018, 21h01

La rédaction sur Twitter

Restez informé et soyez à jour. Suivez-nous sur le site de microblogage

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Maudet s'oppose au budget 2020
Plus...