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La fièvre du yodel s’empare des Pâquis

Les cours de yodel font salle comble à Genève, réunissant la laborantine de 28 ans comme le physio de 45 ans

La nuit venue, une petite boutique de seconde main aux Pâquis rallume quelques lumières, réorganise un peu son espace et soudain, d’étranges sonorités font vibrer les murs et fuir les dealers accolés à la vitrine. Installés en demi-cercle, entre une poussette et des guirlandes de chaussettes pour enfants, six chanteurs s’ébrouent, vrombissent des lèvres et, sur un air d’accordéon, se mettent à yodler en cœur. Assise sur un tabouret, la néophyte d’un soir en reste coite: non, le yodel n’est pas qu’une suite de «yololoo» monotone. Le yodel made in Héloïse Heïdi Fracheboud est un concentré de bonne humeur. Cette trentenaire enseigne ce chant traditionnel à Genève depuis deux ans aux Ateliers d’ethnomusicologie et ses cours totalisent près de quarante élèves. Héloïse et une autre chanteuse, Barbara Klossner, sont les seules à enseigner ce chant en Suisse romande. Face à la demande, la soliste genevoise envisage même d’ouvrir de nouveaux cours, voire d’en créer un destiné aux enfants. Un peu violent pour leurs jeunes cordes vocales, non? «C’est comme pour le sport, il faut s’échauffer, explique Héloïse Fracheboud. C’est impressionnant mais pas plus violent que le blues, tout le monde peut s’essayer au yodel!» Etre un dresseur de puce «Tsss-chhhhh, tsss-chhhhh»: ce mercredi, l’échauffement commence par l’exercice de la locomotive à vapeur. La semaine passée, les apprentis yodleurs ont reproduit le «jet d’arrosoir dans les parcs publics». Mimiques pour détendre les joues, puis chacun devient dresseur de puces. Comprenez: on prend la voix grave de l’ouvreur sous un chapiteau; puis c’est au tour de la voix aiguë, qui mime la puce et ses bonds. Ludique. C’est la touche personnelle d’Héloïse, qui met un point d’honneur à mélanger les différents styles de yodel. Plusieurs tendances Car ce chant se décline en plusieurs tendances: il y a l’autrichien, l’allemand mais aussi la variante country américaine et même la pygmée! Et chacune possède ses spécificités. «Le yodel suisse est plus calme, contemplatif, il y a aussi plus de règles, il est plus strict. Il est suisse, quoi!, rigole la professeure. Les yodels autrichiens et allemands sont plus festifs et communicatifs. Chaque état d’âme a son yodel…» Cette diversité a séduit Coralie, laborantine de 28 ans, qui a découvert le yodel grâce à sa mère. «Je me suis dit que ça pourrait être marrant, même si quand ma grand-mère écoutait de la youtze à la TV ça ne me donnait pas trop envie… Mais c’est une toute autre sensation de chanter le yodel que de l’écouter. Ça me met de bonne humeur, je répète même en conduisant mon scooter!» La jeune fille l’a ensuite fait découvrir à sa voisine, Charlotte, 22 ans. «J’ai d’abord trouvé ça spécial… Mais en répétant pour rigoler dans sa cuisine, on s’est éclatées et je me suis inscrite!» Le chant des tripes Quant à Véronique, 39 ans, elle a eu une «révélation» en entendant un concert. Infirmière, elle a pour projet d’utiliser ce chant dans ses sketchs de clown pour les personnes âgées et handicapées. Enfin, Alain, infirmier breton de 45 ans, raconte qu’il connaissait un ostéopathe qui travaillait avec les sons harmoniques, «et j’ai eu envie d’introduire moi aussi les sons dans ma pratique de thérapeute masseur. Le yodel est le chant de ce que l’on a au fond des tripes, il vient de nos racines les plus anciennes. C’est un chant du cœur.» Héloïse Heidi Fracheboud enseigne le yodel à grand renfort de bonne humeur. Ses cours affichent tous complet. OLIVIER VOGELSANG

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