Des fidèles exigent le départ du directeur de la grande mosquée

GenèveLa direction du lieu est notamment accusée d’avoir fermé les yeux sur la radicalisation de certains fidèles.

La pétition lancée cette semaine réclame le départ du directeur général de la FCIG et de son adjoint.

La pétition lancée cette semaine réclame le départ du directeur général de la FCIG et de son adjoint. Image: PATRICK GILLIERON LOPRENO

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La rébellion gronde sous le minaret de la plus grande mosquée de Suisse. Une pétition lancée par un groupe de fidèles cette semaine réclame le départ du directeur général de la Fondation culturelle islamique de Genève (FCIG) et de son adjoint. Les responsables de la mosquée du Petit-Saconnex sont accusés d’avoir fermé les yeux sur la radicalisation de certains fidèles et de mal gérer l’institution.

Derrière ce mouvement en gestation depuis des mois se cachent plusieurs musulmans, établis à Genève ou en France voisine; des Suisses, Tunisiens, Algériens, Marocains ou encore des Albanais d’âge mûr, souhaitant préserver leur anonymat, par peur de représailles. Quatre d’entre eux ont accepté une rencontre pour préciser leur démarche.

«Point de non-retour»

«Les choses sont arrivées à un point de non-retour», écrivent en préambule les pétitionnaires dans un texte rédigé en arabe que nous avons fait traduire. Le premier problème évoqué touche à l’affaire révélée par la Tribune de Genève il y a un an. «Des témoins ont informé les imams, qui ont informé le directeur, qu’un groupe de jeunes qui fréquentaient la mosquée se préparait à partir en Syrie rejoindre Daech. […] Il n’a pas bougé, pas informé, n’a pas collaboré avec les autorités, le consulat et l’ambassade d’Arabie saoudite, jusqu’à la triste nouvelle de leur départ.» Selon les pétitionnaires, «les autorités suisses savent que la direction de la mosquée savait que ces jeunes comptaient rejoindre Daech, ce qui a rompu le lien de confiance». Critiqué pour avoir fermé les yeux, le directeur est aussi blâmé pour avoir mal communiqué dans les médias et engendré un dégât d’image.

Les mesures prises ensuite par la direction ne sont pas à la hauteur des attentes. «En fermant la mosquée en dehors des heures de prière, on ne résout pas le problème! J’aurais préféré que la direction organise par exemple des conférences sur la radicalisation avec des spécialistes de l’islam modérée pour combattre les idées par les idées», réagit l’un des signataires rencontrés. Des caméras ont été installées à l’intérieur de la salle de prière. «Les gens qui ne veulent pas être filmés ne viennent plus, mais cela ne fait que repousser le problème! Pourquoi la direction ne met-elle pas en place un vrai plan de lutte contre la radicalisation?» questionne le même interlocuteur.

Autre source de mécontentement: la gestion de l’école de la mosquée. «Beaucoup de musulmans n’envoient plus leur enfant là-bas car ils n’apprennent rien, ni l’arabe ni l’islam modéré.»

La mosquée s’est aussi vue retirer l’an passé l’octroi de visas pour le Hajj par le Ministère du pèlerinage d’Arabie saoudite, et cela en raison de conflits avec des agences de voyages genevoises spécialisées. Enfin, il est fait état de ces tensions: «Le directeur et son adjoint sont en guerre ouverte avec le consulat, comme le savent les fidèles», révèle le document.

«Pas à l’écoute»

Le malaise n’est pas nouveau, alors pourquoi agir maintenant? «Quand le directeur est arrivé en 2012, nous étions contents parce qu’il n’y avait plus de responsable depuis un moment. Par la suite, on s’est rendu compte qu’il n’était pas à l’écoute, résume l’un des membres. Après le départ des deux jeunes pour la Syrie, nous lui avons laissé du temps pour qu’il agisse.»

Las de ne pas être entendus par la direction, des fidèles en colère ont donc choisi de lancer une pétition. Elle sera envoyée au nouveau secrétaire général de la Ligue islamique mondiale (LIM), mandatée par l’Arabie saoudite pour superviser ses centres culturels dans le monde, dont la grande mosquée de Genève. «On aimerait que la LIM nomme des gens compétents dans la gestion d’une mosquée, qui ont vécu en Suisse et connaissent notre mode de vie pour répondre à nos préoccupations», espère le groupe. La pétition tombe à pic, la semaine où le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Nayef, se trouve en Suisse.

Contactée, la direction de la grande mosquée n’a pas répondu à notre demande. Et le consulat ne souhaite pas s’exprimer. (TDG)

Créé: 30.09.2016, 21h20

«Cela ne changera rien»

«C’est la première fois que j’ai connaissance d’une pétition si bien documentée et rendue publique visant la direction de la mosquée du Petit-Saconnex. La démarche a le mérite de s’adresser à l’ensemble de la communauté musulmane et de signifier au grand public que des fidèles sont conscients des problèmes», réagit Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen.

Le chercheur estime cette approche pragmatique et graduelle: «La pétition réclame un changement de direction mais pas une rupture avec son organe de tutelle, la Ligue islamique mondiale (LIM).»

C’est justement ce qui dérange Hafid Ouardiri, directeur de la Fondation pour l’entre-connaissance. Outre le fait qu’il regrette cette action anonyme, il la juge contre-productive et ne la signera pas. «Demander à la LIM de changer la direction pour la remplacer par une autre ne changera rien à la situation puisqu’elle désignera des gens qui continueront à lui faire allégeance, explique-t-il. La LIM doit cesser d’imposer son diktat sur ce lieu, par ailleurs totalement indépendant financièrement, et permettre aux musulmans d’ici de se prendre en charge administrativement et religieusement, selon les valeurs de la société dans laquelle ils vivent.»

Pour avoir revendiqué cette autonomie, Hafid Ouardiri, ancien porte-parole de la mosquée, a été licencié en 2007 par la LIM. Il rappelle l’esprit du lieu: «La mosquée doit être libre pour mener à bien le but pour lequel elle a été créée en 1978 par l’Arabie saoudite, dont je suis reconnaissant, à savoir servir de vitrine à l’islam et répondre aux besoins des musulmans en Suisse.» S.R.

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