Même sans feu vert officiel, la e-trottinette à louer arrive

MobilitéMalgré l’ukase officiel, une flotte de 120 engins électriques doit être lancée ce jeudi.

À Meyrin, Yazid Hadji veille sur une flotte de 120 trottinettes électriques, prêtes à sillonner Genève.

À Meyrin, Yazid Hadji veille sur une flotte de 120 trottinettes électriques, prêtes à sillonner Genève. Image: Georges Cabrera

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Chassez-la par la porte, elle revient par la fenêtre. Officiellement indésirable à Genève à en croire les déclarations ministérielles diffusées mardi dans divers médias, la trottinette électrique en libre-service se lance au bout du lac, contre vents et marées. Selon nos informations, les titulaires d’une licence du géant américain Bird comptent mettre à la disposition du public ce jeudi matin une flotte de 120 de ces engins, répartis à Genève. Ils espèrent ainsi mener un test sur le marché local.

En début de semaine dernière, le géant Bird a livré 120 trottinettes électriques dans un dépôt de la zone industrielle de Meyrin, dans les locaux de l’entreprise GDMC, dont l’activité usuelle est de louer des voitures, notamment à des chauffeurs Uber. Elle compte se diversifier dans la e-trottinette et a acquis, pour un montant non-révélé, une licence d’utilisation pour la Suisse romande auprès de l’un des géants du secteur, l’américain Bird. Sur place, le responsable des trottinettes s’active pour charger les engins et pour les orner de la marque choisie pour attaquer le marché romand: «föhn», parce que c’est local et que ça peut évoquer le fun.

Main tendue vers l’autorité

«Nous espérons mener un test durant l’été en coopération avec les autorités, explique Yazid Hadji, responsable de la flotte. Nous avons prévu de fournir aux autorités un tableau de bord afin qu’elles puissent suivre l’activité des trottinettes en temps réel. Cela permettrait de mieux réguler ce nouveau moyen de déplacement écologique et de voir dans quelle mesure il peut contribuer à résoudre les engorgements urbains. Les gens n’en peuvent plus de la pollution et des bouchons!»

Et d’évoquer les contacts pris: un entretien déjà effectué avec le magistrat chargé de l’espace urbain de la Ville, Guillaume Barazzone, un rendez-vous à venir à l’Office cantonal des transports. Avec l’espoir encore, même ténu, d’un feu vert.

Il faut dire que le tout survient dans un contexte mondial plutôt sulfureux autour de la trottinette. La mairie de Paris vient tout juste d’annoncer un tour de vis face à la déferlante de sa version électrique en libre-service que subit par milliers d’exemplaires la capitale, l’adjoint au maire déplorant un «bordel généralisé». Depuis 2017, les métropoles américaines vivent aussi la déferlante de ces engins aussi populaires pour leur facilité d’utilisation que détestés pour leur côté invasif dans l’espace public, sans parler de leur impact sur l’accidentologie. D’où le fait que les responsables du projet genevois tiennent à rassurer.

«Éviter l’anarchie»

«On veut éviter l’anarchie que nous avons pu voir dans d’autres villes, poursuit Yazid Hadji. Par exemple, lors de la restitution, l’utilisateur doit prendre sa trottinette en photo avant de s’en séparer, pour prouver qu’elle ne se trouve pas en pleine rue et qu’elle est en bon état. L’utilisateur peut même se voir appliquer une pénalité en cas de non respect des règles.» Et le vandalisme? Les petits bolides sont géolocalisés et dotés d’une alarme sonore qui peut être déclenchée à distance en cas de mouvement suspect. La géolocalisation permet aussi de définir des zones interdites (notamment des espaces piétonniers) et de surveiller la vitesse.

Enfin, les entrepreneurs veulent se distancier de la précarité des emplois souvent liés aux réseaux de trottinettes. Ils constituent une équipe de cinq ou six employés fixes (payés 25 fr. de l’heure, est-il précisé) pour ramasser et recharger les trottinettes en soirée. Leur retrait nocturne se veut aussi préventif face à un usage en état d’ébriété. Les responsables sont dubitatifs quant à leurs chances d’obtenir une autorisation, pourtant incontournable, comme on le sait depuis l’affaire du réseau privé de vélos en libre-service (VLS) Velospot. La Ville lui a interdit d’utiliser son domaine public et le Tribunal fédéral a confirmé l’an dernier qu’un tel usage commercial pouvait être soumis autorisation.

Qu’en dit la Ville? Rémy Pagani nous a livré lundi son credo. «D’entente avec l’État et les communes, on n’accordera aucune concession tant qu’on n’aura pas procédé à l’adjudication du VLS où on se réserve la possibilité de diversifier l’offre de mobilité douce proposée, tranche le magistrat chargé de l’Aménagement. Si quelqu’un s’avisait à déployer des trottinettes, j’enclencherais de suite une procédure comme celle qui a réussi avec Velospot. Sur le fond, je n’ai pas de religion faite sur la trottinette. Mais je me méfie des effets de mode.» Le lendemain, le ministre cantonal Serge Dal Busco livre à la radio et à la presse un message similaire.

Nouveau modèle d'affaires

De quoi faire reculer Föhn? Non. Le lancement reste prévu ce 23 mai, mais avec des précautions que détaille l’avocate des entrepreneurs. «Mes mandants sont actuellement en discussion avec des acteurs privés de la rade afin de baser les trottinettes sur des zones appartenant à des institutions et des particuliers et éviter ainsi tout usage commercial du domaine public, indique Vanja Mégevand. L’idée n’est pas de braver les autorités, mais de réaliser un simple sondage du marché genevois avec un nombre de trottinettes limité. C’est un changement du modèle d’affaires qui restreint certes un peu la marge de manœuvre des usagers, mais qui évitera de contrarier la ville. La consigne leur sera clairement donnée de ne pas laisser traîner les trottinettes sur le domaine public.»

Une consigne tenable? Ce sera à vérifier dès aujourd’hui.

(TDG)

Créé: 23.05.2019, 07h11

Une utilisation facile

Pour louer une trottinette, il faut disposer d’une application Bird sur son téléphone. Par ce biais, on repère les engins disponibles, saisit les données de paiement, débloque une trottinette (en scannant un QR code) puis la restitue dans les endroits permis. Conçu comme un moyen terme entre un ticket TPG et une course avec un véhicule Uber, le prix inclut une taxe fixe (1 fr.) et un tarif à la minute (75 centimes).

On conseille le casque (à fournir soi-même). La trottinette elle-même est simple à utiliser. Le modèle de Föhn dispose de lampes, d’une sonnette et d’un cadran montrant la vitesse, bridée à 20 km/h. De la main gauche, on actionne le frein, de la droite le levier de vitesse. Un support rétractable permet de stationner le véhicule. Pour démarrer, un coup de pied suffit à se donner de l’élan. Ensuite, on pose les deux pieds sur la plateforme et on laisse l’électricité faire le travail. L’effort physique est nul.

Une zone interdite est prévue en Vieille-Ville, trop piétonne, pavée et pentue pour accueillir les trottinettes. À l’approche de ce secteur, un bip avertit que le moteur va se mettre en pause. L’application montre la zone d’utilisation qui couvre la ville et sa proche périphérie, avec une pointe jusqu’au CERN. Rappel: la e-trottinette se conduit sur piste cyclable ou sur route, elle est interdite de trottoir.

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