Un fêtard urine sur un mur et son arrestation dégénère à Genève

Rue de la CorraterieDeux versions s’affrontent. Condamné par une ordonnance pénale, le promeneur enivré contre-attaque.

Albert a uriné à la hauteur du numéro 12 de cette rue. Il a été arrêté au numéro 26.

Albert a uriné à la hauteur du numéro 12 de cette rue. Il a été arrêté au numéro 26. Image: Lucien Fortunati

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Uriner, un petit matin de printemps, sur la façade d’un immeuble historique sous l’œil attentif d’une patrouille de police… Les problèmes d’Albert* auraient pu se terminer avec une simple contravention pour «souillure du domaine public». Il n’en est rien. Le jeune homme se retrouve condamné pour quatre infractions pénales.

Selon nos informations, le contact entre les policiers et Albert a rapidement dégénéré une fois son «forfait» accompli. À en croire l’ordonnance pénale datée d’avril, le prévenu en est venu aux mains avec les agents en les insultant: il écope d’une peine pécuniaire avec sursis pour lésions corporelles simples, injure, violence ou menace contre les autorités et les fonctionnaires ainsi qu’empêchement d’accomplir un acte officiel.

Défendu par la pénaliste Me Valérie Pache Havel, le jeune homme vient de faire opposition à cette sanction en demandant au Ministère public d’investiguer davantage sur les circonstances de cette intervention de police.

«Il refuse de s’identifier»

Les faits, qui remontent au mois d’avril, se sont produits à 5 h 15 devant le numéro 12 de la rue de la Corraterie. D’après la décision du Parquet, basée notamment sur le rapport de police, le prévenu rechigne à se faire contrôler: «Il refuse de donner son identité et se montre très agressif.» Les protagonistes de ce contrôle chaotique se déplacent à la hauteur du numéro 26. Et l’ordonnance de citer les insultes qu’aurait proférées le prévenu: «fils de pute», «flics de merde», «pédés». Il aurait ensuite résisté par la force à son interpellation: «Il a ainsi occasionné des douleurs à la mâchoire, aux dents, à l’auriculaire, à l’oreille et sur le front d’un des agents.»

L’autre policier se plaint, lui, d’un «retournement d’ongle et de douleurs au majeur et à l’annulaire». Autant dire que les fonctionnaires ont déposé une plainte contre le prévenu. Au poste de police, Albert, qui n’avait pas d’avocat, admet partiellement les faits reprochés mais ne se souvient pas exactement des noms d’oiseaux prononcés. Il conteste avoir vociféré sur la voie publique et résisté à son arrestation.

«Condamnation expéditive»

Il affirme en revanche s’être fait «casser la gueule» par des agents une fois menotté. Outre la peine pécuniaire, le prévenu écope d’une amende de 300 francs et doit s’acquitter des frais de procédure, qui s’élèvent à 250 francs. S’il ne paie pas l’amende, il devra purger trois jours de prison. Sa condamnation lui a été remise le jour même en mains propres au poste de police.

«Mon client a été condamné de manière expéditive, sans qu’aucun acte d’enquête n’ait été effectué, sur la seule parole des policiers, déplore Me Pache Havel. Or, les lieux sont truffés de caméras de surveillance et des témoins étaient présents, mais les vidéos n’ont pas été visionnées et les témoins pas entendus. De même, curieusement, les photographies des lésions subies par mon client, prises par le médecin au poste de police le jour des faits, ne figurent pas au dossier pénal. Même s’il a pu avoir des mots quelque peu désagréables à leur encontre, ce qu’il regrette, il a manifestement été victime d’une intervention largement disproportionnée de la part de ces policiers.» La pénaliste demande donc «que des investigations soient entreprises afin que la lumière puisse être faite sur cette affaire».

Aujourd’hui, Albert admet qu’il était éméché, qu’il a uriné contre un mur et prononcé des mots «un peu grossiers» à l’encontre des agents. Mais il soutient avoir accepté de se faire contrôler. Il estime que les policiers s’en sont pris à lui en le frappant à plusieurs reprises et en le traînant par terre. Selon lui, ils ont même appelé des renforts et ce n’est pas moins de cinq voitures de police qui ont été déployées pour son interpellation. Il nie avoir frappé les policiers.

Constats médicaux

À son arrivée au poste, Albert a été ausculté par un médecin. Et la défense de citer les lésions subies dans le cadre de son arrestation: lèvres ouvertes, dermabrasions et ecchymoses au front, aux joues, à l’épaule gauche, à la main, au genou, aux talons, aux coudes et marques rouges sur le dos. Ses vêtements étaient tachetés de sang, ajoute son avocate: «Il reste extrêmement choqué par la manière dont il a été traité.»

Albert* a donc déposé une plainte contre les policiers, le 28 mai, pour lésions corporelles, voies de fait, injures et contrainte. Contactés, la police et le Ministère public n’ont pas souhaité faire de commentaire.

* Prénom d’emprunt

Créé: 10.07.2019, 06h49

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.