Femmes tabassées: l’indignation mobilise

AgressionsScandalisées, plus de 200 personnes se sont rassemblées jeudi soir dans les Rues-Basses pour soutenir les cinq victimes agressées la veille à la sortie d’un club.

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«Les rues libres de violence sont faites par les femmes qui les traversent.» Un message, parmi d’autres, transmis par un mouvement féministe italien a été lu devant deux cents personnes réunies jeudi soir, à l’appel de SolidaritéS, pour soutenir les cinq femmes tabassées la veille à la sortie d’une boîte de nuit. Mais aussi pour dénoncer plus largement les violences contre les femmes.

«Ce slogan signifie que nous ne tolérons plus d’être agressées dans les espaces publics, de vivre avec la peur de sortir, seule, la nuit. Et que nous nous organisons pour nous défendre», exprime au micro Stéfanie Prezioso, membre de SolidaritéS.

«Cela aurait pu m’arriver»

Ces attaques commises, semble-t-il gratuitement, par un groupe d’hommes toujours en fuite et faisant l’objet d’un appel à témoins (lire ci-contre) ont choqué de nombreux Genevois. En un jour, l’indignation a suscité la mobilisation de députés, d’organisations comme Amnesty International de l’Université de Lausanne, la Marche mondiale des femmes et Le Deuxième Observatoire, et de simples citoyens. Des femmes et des hommes unis contre la violence.

Vidéo ATS

Pourquoi marquer spécialement sa présence devant la place des Trois-Perdrix, lieu du drame? Beaucoup s’inquiètent pour les victimes, dont l’une était encore dans le coma la veille, et attendent d’en savoir plus sur le déroulement des faits. Mais pas seulement. On s’interroge sur son propre comportement. «Cela aurait pu m’arriver, confie Marie, 30 ans, qui travaille dans le quartier. C’est choquant de voir que cela peut encore se produire ici à Genève en 2018. Cela ne changera pas mon comportement dans la rue, parce que mon éducation fait que j’identifie déjà les potentiels dangers. Par contre, je m’interroge: si j’avais été témoin de la première agression, qu’est-ce que j’aurais fait? Est-ce que j’aurais agi voyant ce qui est arrivé à celles qui ont tenté de secourir la personne?» Le mot héroïsme apparaît dans les discours.

Au-delà du fait divers se posent des questions de société. «Il y a encore un gros boulot à faire dans l’éducation», remarque une Genevoise. «C’est important de sortir de l’histoire individuelle pour en faire un phénomène collectif contre les violences et le sexisme», complète Albane Schlechten, conseillère municipale socialiste en Ville de Genève.

Un rassemblement aurait-il eu lieu si des hommes avaient été victimes? Un point justement au centre des discussions d’un groupe d’amies venues de Lausanne. «Je ne sais pas encore si cette affaire relève précisément d’un conflit genré. J’aimerais en savoir plus. Alors, à ce stade, pourquoi dire stop aux violences faites aux femmes et pas stop aux violences tout court?» s’interroge Lola, 25 ans.

Occuper l’espace public

Plus loin, légèrement en retrait, trois amis genevois sensibilisés aux questions de genre discutent du sexisme ordinaire. «Cette histoire est une manifestation particulièrement éclatante du sexisme qui imprègne toujours la société malgré certaines illusions de progrès. On a l’impression de ne pas avancer», estime Victor, 30 ans. «Cette question de violence dans l’espace public nous touche, exprime José, 30 ans. Les hommes se comportent en soirée comme si les femmes leur appartenaient. Un rassemblement comme celui-là est un premier pas pour occuper l’espace public de manière progressiste. Pourquoi ne pas mener d’autres actions?»

Un rassemblement utile aussi aux yeux de deux amies, de 18 et 21 ans, scandalisées par les faits. «C’est la première fois que je suis informée d’un cas concret de violence contre des femmes dans la rue à Genève. Plus on en parlera, plus on la combattra. On ne peut pas laisser passer ça sans rien faire. Aujourd’hui, tous ces gens présents montrent qu’ils veulent que ça s’arrête.»

Le sujet est d’autant plus d’actualité que les femmes osent davantage prendre la parole, dénoncer des abus en tous genres dont elles font l’objet, depuis le développement du mouvement mondial #MeToo. «Le contexte est particulier à Genève, relève aussi Jean Batou, d’Ensemble à Gauche. De nombreuses organisations féministes préparent la grève des femmes pour le 14 juin 2019, qui touchera notamment la thématique de la violence.» (TDG)

Créé: 10.08.2018, 07h10

Même à terre, les victimes ont été frappées à la tête

Parmi les cinq femmes tabassées mercredi à coups de pied, de poing et avec une béquille par un groupe de jeunes hommes à la sortie d’une boîte de nuit, deux sont toujours dans un état grave. Les trois autres ont pu sortir de l’hôpital, d’après nos informations. Comment en est-on arrivé là?

À l’intérieur du Petit Palace, aucun problème ne semble avoir marqué la soirée. Mais à la fermeture, peu après 5 h, une première femme se fait agresser par un fêtard, quelques mètres en contrebas, dans les escaliers. Il est très vite rejoint par ses amis, tout aussi virulents.

«Elle descendait les marches qui mènent à la place des Trois-Perdrix quand tout à coup les jeunes garçons, qui marchaient derrière elle, lui ont mis un coup», a témoigné une personne dans «20 minutes». Quatre autres femmes précédant la première victime remontent alors les escaliers pour lui prêter secours, selon nos informations. Elles subissent le même sort. Le déchaînement de violence est tel que même à terre, deux d’entre elles prennent encore de violents coups à la tête. Beaucoup de personnes restent tétanisées face à ce petit groupe de jeunes âgés d’une vingtaine d’années, déchaînés. D’après des témoins, un homme au moins a essayé de s’interposer et s’est pris des coups. Finalement, l’intervention de trois hommes aurait mis en fuite les auteurs, avant l’arrivée de la police.

«Je n’ai jamais vu une chose pareille depuis vingt ans que je vis ici. C’était fou! Ce n’était pas deux clans qui s’affrontaient. Il y avait une grande confusion. J’ai entendu des insultes, des cris, témoigne, encore sous le choc, une riveraine. J’ai vu clairement une femme étendue sur la route, à qui plusieurs personnes portaient secours. Son corps était inerte.» Cette insomniaque a pu voir depuis sa fenêtre certaines parties de cette longue scène de violence.

Contacté, le patron du Petit Palace, Antoine Macheda, absent au moment des faits et se trouvant à l’étranger, confirme ce jeudi que l’une des victimes a travaillé dans son établissement. Elle se trouvait encore mercredi soir dans le coma. «C’est une femme qui a fait trois remplacements chez nous. Je suis choqué d’apprendre ce qui lui est arrivé», indique-t-il.

Un appel à témoins a été lancé hier par le Ministère public. «Mercredi 8 août, peu après 5 heures du matin, cinq femmes, nées entre 1985 et 1996, ont été agressées par un groupe d’hommes sur la voie publique, à la place des Trois-Perdrix. Toutes les victimes ont été transportées à l’hôpital. Deux d’entre elles, qui ont reçu de violents coups à la tête, sont toujours dans un état grave», indique le communiqué. Une procédure pénale est en cours, sous la responsabilité du procureur Frédéric Scheidegger. La Brigade criminelle genevoise mène les investigations. Tout renseignement susceptible d’aider l’enquête peut lui être communiqué au 022 427 72 40. «En particulier, les témoins ayant photographié ou filmé les faits sont priés de contacter la Brigade criminelle.» S.R.

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