Les femmes genevoises à la conquête de l’espace public

ÉgalitéÀ Genève 93% des personnes ayant donné leur nom à une rue sont des hommes.

Une petite rue des Pâquis porte le nom de la Mère Royaume. Isaac Mercier, autre héros de l’Escalade, a eu droit à une place!

Une petite rue des Pâquis porte le nom de la Mère Royaume. Isaac Mercier, autre héros de l’Escalade, a eu droit à une place! Image: DR

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Qui ne connaît pas la mère Royaume, la populaire héroïne de l’Escalade? Malgré sa célébrité, celle qui coiffa un Savoyard avec une marmite – ce qui est resté un des faits saillants de cette nuit mémorable – n’a donné son nom qu’à une obscure rue des Pâquis.

Héros, lui aussi, de cette bataille historique, Isaac Mercier a eu droit à une place au bas de la rue Voltaire. Deux poids, deux mesures? Catherine Royaume, née Cheynel, peut déjà être heureuse de son sort… car à Genève, seules 7% des personnes ayant donné leur nom à une rue sont des femmes. Ainsi, le Canton recense 548 rues portant des noms d’hommes et 41 des noms de femmes.

Où sont les femmes?

Alors, où sont les femmes? La chanson bien connue de Patrick Juvet a tout son sens quand on observe la nomenclature des rues genevoises. Si les artères saluant des hommes sont légion, il faut scruter la ville pour dénicher des chaussées, souvent des venelles méconnues, rendant hommage à des personnalités féminines.

Les noms de rue sont pourtant choisis selon deux critères a priori non-genrés: il doit s’agir de personnes ayant marqué de manière pérenne l’histoire de Genève, et décédées depuis plus de dix ans. En réalité, un ensemble de phénomènes sociaux et culturels ont fait des femmes les oubliées de l’histoire et des rues genevoises.

Or, le projet «100Elles», lancé par l’association l’Escouade, veut y remédier en rendant visibles 100 femmes emblématiques. Depuis le mois de mars et jusqu’en juillet, autant de rues sont rebaptisées en leur honneur. Cette initiative est soutenue par la Ville de Genève et un groupe d’historiennes de l’Université de Genève qui ont rédigé bénévolement les biographies de ces femmes, remplissant les critères officiels pour obtenir une rue à leur nom. Tous les quinze jours, dix plaques fuchsia sont apposées dans un quartier selon diverses thématiques: militantisme, arts de la scène, Genève internationale, politique, savoirs et sciences, professions libérales, industrie, théologie, art et littérature. «Une manière de s’approprier l’espace public, que se partagent tant les hommes que les femmes et où ces dernières doivent aussi être représentées, estiment les historiennes Myriam Piguet et Caroline Montebello. Et pas que des gagnantes, l’histoire a aujourd’hui une approche sociale.»

«Bien plus de femmes…»

«Au début, on s’est dit que 100, ce serait peut-être beaucoup et finalement on pourrait mettre en lumière bien plus de femmes», constate Laurène Zuber, au nom de l’association de l’Escouade.

En 2006, le Service cantonal pour la promotion de l’égalité avait publié une brochure recensant les rares rues vouées aux femmes et en proposant d’autres pour de futures dénominations. Certaines ont été honorées depuis lors, comme la chroniqueuse du XVIe siècle Jeanne de Jussie, patronne d’une venelle de Lullier, ou la comédienne Germaine Tournier, à qui Vandœuvres a dédié un chemin. La voyageuse Ella Maillart a reçu une école à défaut de rue. Relevons enfin qu’une polémique avait éclaté en 2008 lors de l’attribution de la rue desservant l’Hôpital à l’obstétricienne Gabrielle Perret-Gentil, cette doctoresse ayant été une pionnière de l’avortement en milieu médical.

Plus d’infos: 100elles.ch


Elle fut la première à siéger au Comité du CICR

Née en 1887 à Genève, Renée-Marguerite Cramer commence une carrière d’historienne avant de devenir la première femme déléguée, puis membre du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Fille d’Eugénie Léonie Micheli et de Louis Cramer, elle grandit dans une famille de la bourgeoisie genevoise.

Licenciée de droit à l’Université de Genève en 1910, puis docteure ès lettres, Renée-Marguerite Cramer se spécialise en histoire de la Confédération helvétique et se dirige un temps vers des recherches universitaires. En 1911 et en 1913, elle reçoit à deux reprises le Prix Ador d’histoire pour la qualité de ses travaux consacrés aux relations politiques et diplomatiques de Genève: «Les relations politiques de Genève et des Suisses au XVIIIe siècle» et «Les relations diplomatiques de Genève de 1814 à 1816». En 1914, elle publie son ouvrage le plus célèbre, «Genève et les Suisses», lors du centenaire du rattachement de la ville à la Confédération. Quatre ans plus tard, elle devient professeure suppléante d’histoire nationale à l’Université de Genève.

Au cours de la Première Guerre mondiale, Renée-Marguerite Cramer se rapproche du CICR: elle participe à la création de l’Agence internationale des prisonniers de guerre (AIPG) de Genève et préside, aux côtés de Jacques Chènevière, le service dédié aux prisonniers de l’Entente. En 1918, après un premier semestre d’enseignement à l’université, celle qui était désignée pour remplacer l’historien Charles Borgeaud est la première femme à devenir membre du Comité, l’organe dirigeant du CICR, où l’entrée se fait par cooptation. En 1920, elle se marie avec Edouard Frick, qui est délégué général du CICR pour l’Europe orientale. Au cours de sa fonction, de 1918 à 1946, Renée-Marguerite Cramer (devenue Frick-Cramer) participe à la rédaction de la Convention de 1929 relative au traitement des prisonniers de guerre. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, elle milite en faveur d’une intervention contre les déportations commises par l’Allemagne nazie. Pour cela, elle insiste auprès des présidents du CICR, Max Huber et Carl J. Burckhardt, pour qu’un appel soit lancé par l’institution à ce sujet et qu’un émissaire soit envoyé à Berlin pour discuter du sort des prisonniers politiques. Mais sa proposition est rejetée par une partie importante du comité. En 1946, elle finit par démissionner du CICR, mais elle est nommée membre honoraire jusqu’à la fin de sa vie. Elle s’éteint le 22 octobre 1963 à Genève.

Créé: 03.06.2019, 07h09

Elles ont fait Genève

Épisode 1

Dans le cadre du projet 100Elles, l’association l’Escouade renomme et féminise cent rues genevoises. Découvrez les portraits de dix femmes remarquables réalisés bénévolement par des historiennes de l’Université de Genève.

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