Faut-il exposer les migrants?

DécodageLes démarches artistiques autour de cette population se multiplient. Au risque de lasser?

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En un an, onze projets culturels autour des migrants ont été soutenus par l’Hospice général. Durant le mois de mars, les réfugiés étaient au cœur de la Semaine contre le racisme. Des rencontres avec des personnes migrantes ont également été proposées par le Festival du film et forum international sur les droits humains ainsi que le CSP. En avril et en mai, les Théâtres du Galpon et Saint-Gervais ont organisé des événements autour de cette thématique. Et cette liste n’est pas exhaustive.

«Susciter la réflexion»

La crise migratoire a éveillé les consciences, sa médiatisation a été sans précédent. Certains artistes et institutions travaillant en lien avec cette population ont saisi l’occasion offerte par l’actualité pour «montrer une réalité plus humaine des migrants au grand public, qui en a souvent reçu une image négative, stéréotypée ou misérabiliste», explique Bernard Manguin, porte-parole de l’Hospice général. Au risque de le lasser? Voire de créer des jalousies? Pas forcément.

«La crise migratoire a créé un tel élan de solidarité qu’il nous fallait en faire quelque chose, poursuit le porte-parole de l’institution chargée de l’aide aux migrants. Et peut-être qu’à terme il faudra canaliser les énergies et orienter davantage le débat vers les personnes à l’aide sociale, l’autre partie principale de notre mission. Mais il y a un frein lorsqu’on aborde la question de l’aide sociale qu’il n’y a pas du côté des migrants: la gêne de se montrer», poursuit Anne Nouspikel, responsable communication de l’Hospice général.

Pour le photographe Christian Lutz, dont le travail a parfois questionné la migration, le challenge est «de susciter des réflexions» dans une époque «de régression massive sur le plan de la pensée, de la posture et de l’engagement». Ainsi, selon lui, «si les bons auteurs traitent de la thématique et transmettent un intérêt à entendre la voix des migrants, la mission est accomplie». En revanche, dès lors que ces derniers «ne sont pas à la hauteur et que les canaux de diffusion sont mauvais, relayer ces images s’avère contre-productif». Le photographe invite donc à donner «un temps à l’image» afin de susciter l’imaginaire.

Le petit Aylan mort, le choc

Certaines images ont le pouvoir d’éveiller les consciences. La photo d’Aylan Kurdi, l’enfant kurde mort sur une plage en Turquie, qui a été publiée partout au début de septembre est un bon exemple. «Cela a été un énorme choc pour tout le monde et suscité une émotion bien plus forte que les images d’hommes célibataires traversant la Méditerranée en bateau, se souvient Sophie Malka, journaliste responsable de la revue Vivre ensemble, spécialisée en droit d’asile. Des gens se sont tout à coup décidés à ne plus fermer les yeux, à s’engager dans leur commune ou dans leur quartier.» Le site de l’association Vivre ensemble, asile.ch, dont s’occupe Sophie Malka, a soudain vu sa fréquentation exploser. Le guide solidaire mis en ligne le 25 septembre par l’association a été consulté plus de 2000 fois. «Cela s’explique peut-être aussi parce que des personnalités politiques, comme Angela Merkel, ont donné la possibilité d’un autre discours», commente sa responsable.

Pour Sophie Malka, tout cela a contribué à changer la perception des migrants, mais rien «n’est gagné du tout». Et de citer les événements de Cologne le soir du réveillon ou encore les attentats du 13 novembre à Paris. «Humaniser à travers l’image ou le témoignage a toujours du sens, mais cela reste un travail de longue haleine, poursuit-elle. Pendant quinze ans, nous avons eu un discours dur et dénigrant envers les requérants d’asile. Enfin, nous leur donnons un visage humain, je crois qu’il faut plutôt craindre un retournement de situation que d’en faire trop.»

«Aucune réaction raciste»

Depuis six ans, l’Hospice général a pris le parti d’exposer des images des gens dont il s’occupe «comme ils sont, sans s’apitoyer sur leur sort et sans voyeurisme, afin de faire évoluer l’image» de ses bénéficiaires, explique Bernard Manguin. S’agissant des personnes migrantes, «nous n’avons jamais eu de retour négatif ou raciste, et très peu de déprédations de nos expositions en plein air, constate-t-il. Pour le moment, cela nous donne l’envie de continuer.»

Créé: 19.05.2016, 19h20

Projets à venir

« Temps d’attente, tant de vie : le quotidien des migrants du centre d’hébergement collectif d’Anières» Photographies d’Alison McCauley et textes recueillis par Valentine Sergo. Ouvrage publié en mars 2016 par l’Hospice général.

«Where will we go?» Exposition des photographies de Kadir van Lohuizen réalisées autour de la thématique des réfugiés climatiques dans des régions particulièrement touchées. Jusqu’au 22 mai aux Berges de Vessy.

«Genève bouge pour l’accueil des migrants» Moment de questionnement, d’information et d’échange autour des mouvements de solidarité envers les migrants et de la meilleure manière de les faire perdurer. Vendredi 27 mai dès 18?h à la Haute Ecole de travail social de Genève, en partenariat avec l’Hospice général et le Bureau de l’intégration des étrangers.

«Les réfugiés à Genève durant la Seconde Guerre mondiale» Rencontre avec Claude Torracinta, écrivain et ex-journaliste, et Arnaud Bosch, historien, mercredi 1er juin à l’Ilôt 13.

«Une goutte de notre époque»
En automne, le centre d’accueil de la Roseraie proposera une exposition de portraits originaux de migrants vivant à Genève réalisés par le photographe Kerim Knight. L.G.

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