«Il faut sortir de la dimension vaporeuse du Grand Genève»

Politique transfrontalièreMobilité, tourisme, sécurité et culture, autant de thèmes à penser à l’échelon régional selon Pierre Maudet, président du Conseil d’État.

Pierre Maudet: «Les Genevois verront les coutures transfrontalières se concrétiser très rapidement.»

Pierre Maudet: «Les Genevois verront les coutures transfrontalières se concrétiser très rapidement.» Image: Laurent Guiraud

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Un premier rendez-vous, c’est toujours émouvant. Qui plus est quand il est transfrontalier. Jeudi, à Lausanne, le nouveau président du Conseil d’État, Pierre Maudet, a rencontré l’ensemble des partenaires français et vaudois. L’occasion d’exprimer leur vœu de relancer la coopération transfrontalière. Fraîchement élu à la tête du Grand Genève, Pierre Maudet revient en détail sur cet objectif.

Pierre Maudet, les élections cantonales ont vu la chute du MCG. Est-ce le signe que le Grand Genève n’est plus une maladie honteuse?

Je dirais que l’on s’est bien soigné! Au-delà des résultats des élections cantonales, je constate que la dernière initiative (ndlr: «Frontaliers: stop!») lancée par le MCG a échoué. Pour moi, c’est un signal que nous pouvons aller de l’avant! Tout comme le récent résultat du vote sur le PAV constitue l’expression d’une adhésion majoritaire à une région qui s’assume de plus en plus. Reste maintenant à démontrer que l’on est en train de changer de dimension et qu’il faut tenir compte de cette réalité transfrontalière.

Comment faire adhérer la population?

Mon objectif est de réenchanter le Grand Genève. Il faut sortir de sa dimension vaporeuse! Nous allons capitaliser sur les projets concrets plus que sur les discours. Les Genevois verront les coutures transfrontalières se concrétiser très rapidement. La meilleure expression sera, dans un an et demi, l’inauguration du CEVA et le déploiement du Léman express. L’enjeu, ici, sera de montrer que l’on cherche de nouveaux équilibres. En matière de transports ou encore en termes de répartition logements et emplois de part et d’autre de la frontière.

Les objectifs de construction de logements à Genève sont loin d’être atteints…

Pas tant que cela. À ce jour, 5518 logements sont en construction. Certes, ils ne vont pas tous se réaliser cette année, mais d’ici à cinq ans. Le rythme s’est donc accéléré. Nous devons sortir d’un débat qui repose sur des chiffres d’il y a dix ans. Et convaincre nos citoyens que le changement d’échelle qui s’opère va permettre de résoudre une partie de leurs problèmes quotidiens. Cette législature sera celle de la concrétisation sous l’angle transfrontalier.

Pour concrétiser, il faut financer. Pendant la campagne, vous vous êtes dit favorable à un Fonds d’infrastructures commun. Soutenez-vous cette idée?

Je ne suis pas certain qu’il faut chaque fois réinventer la roue. Au sujet de la Compensation financière genevoise (CFG) – les 280 à 300 millions issus de l’impôt à la source payé par les frontaliers et rétrocédés à la France – on peut considérer que c’est beaucoup ou trop peu. En comparaison avec d’autres régions transfrontalières d’Europe, c’est extraordinaire. On doit surtout se demander comment arriver ensemble à orienter ces fonds de façon à ce que la population de toute la région en ressente la plus-value.

Vous parlez de la CFG, mais quid de la participation financière genevoise et des 600 millions, issus de l’impôt à la source, qui demeurent dans les caisses du Canton?

Des fonds importants vont être injectés par le Canton de Genève, notamment dans les mesures d’accompagnement du CEVA. Le but: faire en sorte que les habitudes de déplacements et la qualité de vie s’améliorent de part et d’autre de la frontière.

Une gouvernance commune est-elle une avancée souhaitable selon vous?

Il y a quinze ans, j’ai participé au projet de fusion des cantons de Vaud et Genève. Cela a échoué. J’en ai tiré une leçon: les évolutions régionales doivent partir d’expériences concrètes. Pour qu’une idée avance, elle doit être utile. Il n’y a pas de gouvernance miracle. On créera la région grâce à une série de projets concrets visant à faire correspondre les cercles des bénéficiaires, des utilisateurs et des décideurs d’une prestation. Et en montrant qu’ils sont au bénéfice de tous.

Reste à persuader Berne, qui s’est montrée très frileuse sur le projet d’agglomération 3. Où en sont les négociations?

Nous devons convaincre Berne que les défis de notre agglomération ne pourront être relevés avec les malheureux 40 petits millions qui nous sont octroyés dans cette tranche-là. Nous prenons le dossier à bras-le-corps avec le ministre des Transports Serge Dal Busco. L’enjeu est de montrer à la Confédération que les projets sont déjà réellement engagés.

Y a-t-il d’autres domaines que la mobilité où l’échelle transfrontalière est pertinente?

Le tourisme. Il y a dans ce domaine un vrai gain à rapprocher les objectifs, les visions et les acteurs. C’est un domaine passionnant, qui nous oblige à nous positionner sur l’image de la destination Genève et donc sur le périmètre de ce que l’on veut promouvoir. Côté financement, on pourrait imaginer un système de pot commun afin de développer des infrastructures et une promotion franco-genevoise.

Y a-t-il d’autres dossiers clés dans cette réflexion régionale?

Nous devons réinvestir le champ de la culture, indispensable pour tisser le lien transfrontalier. N’oublions pas la sécurité, qui reste au cœur de mes intérêts. Plus la région va se développer, plus on aura besoin de réponses à l’échelle régionale au niveau sécuritaire. De superbes collaborations existent. Il s’agit de les intensifier. À l’image de la brigade opérationnelle mixte franco-suisse. Mais aussi de l’importante collaboration que l’on met en place en vue de la mise en service du CEVA. Transporter 50 000 personnes par jour représente en effet un défi énorme sur le plan sécuritaire.

(TDG)

Créé: 28.06.2018, 22h38

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Papyrus: les régularisés gagnent plus et vont mieux que les illégaux
Plus...